Le groupe parlementaire hétérogène composé des démocrates-chrétiens, des Verts libéraux et du Parti évangélique (officiellement abrégé CEg) est-il en train de se distendre? C’est l’impression qui se dégage du «rating» des parlementaires 2010, une évaluation annuelle qui permet de positionner les 200 membres du Conseil national sur la base des votes enregistrés.

Jamais la distance interne entre les élus à sensibilité socio-écologique et ceux qui composent ce qu’on appelle le «groupe PME» du PDC n’a été aussi grande. Comme le notent les auteurs de l’étude, Michael Hermann et Bruno Jeitziner, l’amplitude entre le Tessinois Meinrado Robbiani et les démocrates-chrétiens les plus conservateurs atteint 9,7 points (voir ci-dessous).

Ce groupe a été constitué après les élections fédérales de 2007. Le PDC a alors intégré les trois représentants des Verts libéraux, tous Zurichois, et les deux derniers représentants du Parti évangélique, qui n’étaient pas assez nombreux pour former leur propre groupe. Du coup, la nouvelle entité ainsi créée dépasse d’une unité le groupe libéral-radical fusionné. Et cela a constitué pour Christophe Darbellay et son équipe un argument de vente pour justifier la candidature du chef du groupe, Urs Schwaller, au Conseil fédéral au moment du départ de Pascal Couchepin.

Ce groupe affiche cependant une unité de plus en plus fragile. Depuis le début de la législature, il se situe régulièrement à gauche de la médiane. Mais les conservateurs de Suisse centrale et orientale peinent à s’identifier à cette ligne, confie un observateur avisé de la vie démocrate-chrétienne. Au moins trois représentants de cette sensibilité, Jakob Büchler (SG), Pius Segmüller (LU) et Thomas Müller (SG) ont glissé à droite durant l’année écoulée. Comme le classement sur l’échelle – 10 à +10 prend désormais en compte tous les votes du National, y compris les votes intermédiaires sur les textes législatifs, les motions et les postulats, les divergences deviennent plus visibles. Et la proximité des élections fédérales de 2011 favorise les différences, car il s’agit de coller au plus près à son électorat local. «Notre parti a toujours eu une large palette de profils. Je ne suis pas surpris qu’il y ait un certain mouvement et que certains membres veuillent montrer que nous sommes aussi un parti bourgeois», commente Urs Schwaller.

Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur l’avenir de ce groupe hétérogène. «Nous allons en parler durant l’hiver», annonce Urs Schwaller. Si les Verts libéraux disposent de cinq conseillers nationaux l’an prochain, ils atteindront la limite pour former leur propre groupe et ne s’en priveront pas. Ce n’est pas pour rien que Christophe Darbellay lorgne déjà du côté du Parti bourgeois-démocratique (PBD), dont le profil politique recoupe davantage celui du PDC que les Verts libéraux.

L’autre enseignement de la cartographie politique 2010 est le mouvement à gauche des Verts. Ils passent de – 8,7 à – 9,7, avec un glissement marqué pour quelques élus tels que les Zurichois Marlies Bänziger et Daniel Vischer, l’ex-candidate au Conseil fédéral Brigit Wyss (SO), la chrétienne-sociale Marie-Thérèse Weber-Gobet (FR) et, dans une moindre mesure, Adèle Thorens Goumaz (VD). Observateur attentif des processus politiques, le Genevois Antonio Hodgers pense que la prise en compte de tous les votes joue un rôle, car une motion ou un postulat permet de «mieux se lâcher». Il rappelle que, à l’exception de 2009, «les Verts ont toujours été à gauche du PS». Il demeure cependant convaincu qu’ils ont beaucoup à perdre s’ils sont trop à gauche, car les Verts libéraux en profiteront. Cette question est l’un des enjeux de l’élection, mardi prochain, du successeur de Maya Graf au poste de chef du groupe. Antonio Hodgers est candidat, comme Marlies Bänziger, Yvonne Gilli et Louis Schelbert.