Le grand déballage de l’UDC aura duré près de quatre heures, mardi. Objectif: permettre au groupe parlementaire de faire la critique de la série d’échecs au Conseil national, au Conseil des Etats puis la débâcle au Conseil fédéral. Finalement, le premier parti de Suisse ne devrait pas sortir du Conseil fédéral et continuer à participer au gouvernement avec son unique mandat, celui d’Ueli Maurer. Mais sans changer la ligne du parti. C’est du moins la conclusion à laquelle le groupe est parvenu après un «débat critique» et qu’il recommandera à l’assemblée des délégués du 28 janvier.

Cette psychothérapie de groupe a permis à chacun de dire ce qu’il avait sur le cœur, assurent les parlementaires UDC. Plusieurs dizaines d’entre eux ont saisi l’occasion pour exprimer leurs reproches à la direction sur ce qui a mal fonctionné. Depuis une semaine et l’échec de Hansjörg Walter et Jean-François Rime pour reprendre le siège d’Eveline Widmer-Schlumpf, les critiques ne cessent en effet de monter des rangs des parlementaires UDC. De la part des jeunes élus, comme la Zurichoise Natalie Rickli ou le Saint-Gallois Lukas Reimann, qui reprochent à la direction de l’UDC son style peu démocratique. Mais aussi d’élus confirmés, comme le Glaronais This Jenny ou même Oskar Freysinger, qui soulignent des erreurs stratégiques et de communication. A l’exemple de Jean-Pierre Grin, les Vaudois estiment par exemple que l’attaque de l’UDC contre le siège du radical Johann Schneider-Ammann, mercredi dernier, a fait perdre plusieurs milliers de voix à leur candidat au Conseil d’Etat Pierre-Yves Rapaz.

Plus que la stratégie erronée du «triple B», du trio présidentiel Toni Brunner, Caspar Baader et Christoph Blocher, et les erreurs d’appréciation dans le choix de la candidature de Bruno Zuppiger – explosée en plein vol en raison d’une affaire de captage d’héritage –, c’est l’absence d’informations à l’intérieur du groupe que met en cause le vice-président romand, Yvan Perrin. En privé, des critiques ont aussi été émises contre l’attitude jugée peu collégiale d’Ueli Maurer le jour de l’élection, lorsqu’il a publiquement marqué sa distance du reste du Conseil fédéral. Mais, assure le président du groupe, Caspar Baader, cela n’a pas été un sujet de discussion.

Par contre, le groupe est d’avis que malgré son échec à récupérer le deuxième siège UDC, il n’y a pas lieu de retirer Ueli Maurer du Conseil fédéral. Même avec un seul élu, «l’UDC peut davantage faire avancer les choses qu’en restant au dehors», selon Caspar Baader. «Même avec une demi-représentation, nous devons respecter le mandat confié par les électeurs, a estimé Yvan Perrin. Cela veut dire aussi que nous devrons compléter notre action par le biais des instruments de la démocratie directe, durcir notre action par le biais des référendums et des initiatives.» L’UDC entend demeurer un «aiguillon critique» sans abandonner les thèmes qui lui ont valu son succès depuis une vingtaine d’années: la question des migrations et de la population étrangère, l’Europe.

C’est le fonctionnement interne qu’il convient de corriger, pas la ligne du parti, ni son style, a précisé de con côté Caspar Baader. Aux reproches de fonctionnement antidémocratique, il a notamment opposé le fait que cette longue séance d’expression libre, au cours de laquelle les dirigeants ont été mis en cause, a été présidée par son vice-président Hansruedi Wandfluh. Il n’a par contre pas été question de tirer des conséquences ­personnelles. La présidence du groupe sera d’ailleurs soumise à renouvellement le 21 janvier et l’ensemble de la direction lors d’une assemblée des délégués au mois de mai. Le Valaisan Oskar Freysinger, qui se sent appelé à la vice-présidence, a profité de l’occasion pour rappeler qu’il faut rajeunir les cadres du parti. «Après ce large échange, qui offre des chances d’un nouveau départ, le champ d’action va se durcir», a promis Oskar Freysinger.

Par contre, l’avenir du conseiller national Bruno Zuppiger n’a pas été évoqué. Son maintien ou non comme conseiller national dépend de lui-même et de la section zurichoise, selon les parlementaires interrogés.