Des groupes islamiques prévoient de manifester à Fribourg

Polémique A la suite de l’interdiction de sa conférence annuelle, le Conseil central islamique riposte

Une organisation de jeunesse vient en renfort

Le bras de fer se poursuit entre le Conseil central islamique de Suisse (CCIS) et les autorités fribourgeoises. A la suite de l’interdiction de leur conférence annuelle, prévue initialement samedi à Fribourg, Nicolas Blancho et ses sympathisants participeront samedi à une manifestation. Organisé officiellement par l’Association suisse de jeunesse islamique (Vereinigung Islamische Jugend Schweiz, qui compte près de 1500 membres), l’événement s’apparente à une conférence sauvage, puisque la plupart des orateurs qui étaient conviés à participer à la réunion annuelle du CCIS seront présents. Plutôt que dans les salles du Forum Fribourg de Granges-Paccot, ils prononceront leurs discours sur la place publique, à l’aide de microphones. «Au final, nous tiendrons notre conférence comme prévu», souligne Qassim Illi, du CCIS.

«Apparemment, les droits constitutionnels de réunion et d’association ne valent pas pour les musulmans. Nous appartenons aussi à cette société. Nous ne nous laisserons pas reléguer dans un coin», s’insurge Albana Azemi, membre de la Jeunesse islamique. Les manifestants se sont donné rendez-vous sur la place Georges-Python à 13 heures. Ils défileront ensuite devant la préfecture, puis gagneront le bâtiment de la justice cantonale. Mais d’ici là, le préfet de la Sarine, Carl-Alex Ridoré, pourrait encore décider d’interdire cette manifestation, ou du moins imposer à ses organisateurs des conditions restrictives. Le préfet devrait se prononcer ce vendredi sur d’éventuelles mesures. Il ne souhaite pas s’exprimer avant.

Le conflit ne date pas d’hier, entre la justice du canton catholique et le CCIS, organisation à la réputation sulfureuse parce qu’elle réunit des tenants d’un islam rigoriste. Premier acte, le 10 novembre, lorsque le préfet de la Sarine refuse d’octroyer une autorisation sollicitée en juin pour la conférence annuelle de l’organisation, annoncée sous le titre «le début d’une révolution». Pour justifier sa décision, le préfet invoquait des «risques probables, sérieux et concrets de troubles à l’ordre et à la sécurité publics». Dans un contexte international tendu, avec les événements en Syrie et en Irak, des contre-manifestations auraient pu se dérouler en réaction à la réunion du CCIS, indiquait le préfet. Evoquant l’absence d’une liste fiable et définitive des orateurs, la préfecture redoutait en outre la présence de figures islamiques qui auraient pu, elles aussi, présenter «un risque».

En réaction, le CCIS dépose un recours auprès du Tribunal administratif cantonal contre cette décision et réclame des mesures superprovisionnelles. Sa demande rejetée, il dépose un nouveau recours le 21 novembre auprès du Tribunal fédéral qui, à son tour, déboute l’organisation. Le CCIS ne compte pas en rester là. Il déposera vendredi une plainte, cette fois, auprès du Tribunal fédéral contre la décision du Tribunal administratif cantonal, annonce-t-il, au motif que ses droits de réunion et d’association ont été niés. Cette démarche devrait conduire l’instance fédérale, qui ne s’est jusqu’ici prononcée que sur les mesures superprovisionnelles, à émettre une décision sur l’interdiction de la manifestation.

Le CCIS annonce qu’il déposera une plainte auprès du Tribunal fédéral pour rétablir son droit de réunion