«Le système de répartition des sièges au gouvernement prévoit, depuis décembre 1959, que les trois plus grands partis comptent chacun deux sièges au Conseil fédéral. Le PLR est clairement le troisième parti du pays avec 17,7% des voix (UDC 28,9%, PS 19,5%, PLR 17,7%, PDC 14,5%). Il est aussi le parti le mieux représenté en Suisse latine comme dans l’ensemble des autorités cantonales de Suisse.» Ces précisions figuraient déjà dans le tout premier communiqué publié vendredi en début de journée par le Parti libéral-radical, ce qui balisait d’emblée le champ de la grande bagarre politique de l’été en jetant une pierre dans le jardin du PDC. Lequel n’a pas déçu en relevant dans la foulée le défi qu’il s’était lui-même lancé de reconquérir un deuxième siège au Conseil fédéral. Engagés dans une sorte de lutte existentielle au centre pour la conquête de la troisième place des partis gouvernementaux, les démocrates-chrétiens pouvaient-ils manquer une occasion qui ne se représentera sans doute plus sous des auspices aussi favorables? La succession de Pascal Couchepin sera donc placée sous le signe d’un affrontement, au centre, entre le PLR et le PDC.

Un peu plus tard, une nouvelle communication du PLR sonnait comme un avertissement aux autres formations politiques en appelant le parlement à respecter les règles du jeu qui prévoient deux sièges pour chacun des trois premiers partis et un pour le quatrième. Une manière de rappeler, à leur attention et surtout à celle des démocrates-chrétiens, qu’une élection au Conseil fédéral s’apparente à une partie de billard à plusieurs bandes, où les calculs exclusivement mathématiques peuvent s’avérer trompeurs. Si l’on s’en tient aux chiffres, le PDC dispose en effet, avec les Verts et les socialistes, de la majorité nécessaire pour faire élire son candidat et récupérer un deuxième siège, au détriment des radicaux. La réalité du terrain est un petit peu plus compliquée, chacun tient plus ou moins chacun par la barbichette et il faut savoir raisonner à moyen terme.

D’abord, la revendication du PDC se base sur des arguments fragiles. Il n’atteint la majorité parlementaire dont il se targue qu’avec ses alliés évangéliques et Verts libéraux, qui demeurent, au contraire des libéraux fusionnés avec les radicaux au sein d’un nouveau parti, une troupe mercenaire. Si le PDC obtenait aujourd’hui un deuxième siège, cela n’aurait rien à voir avec le succès de l’UDC en décembre 2004, qui traduisait à l’exécutif un véritable triomphe obtenu dans les urnes. Une UDC qui justement entend bien faire valoir son exigence de récupérer ce deuxième siège perdu en décembre 2007. Son président Toni Brunner, a d’ores et déjà formulé cette exigence vendredi, sans contester le siège radical.

L’UDC n’a aucun intérêt à affaiblir les radicaux, avec lesquels elle peut faire une majorité au Conseil fédéral de cas en cas, mais à prendre des assurances pour la prochaine échéance, lorsqu’elle sera en position de récupérer le siège détenu par Eveline Widmer-Schlumpf. On verra alors si cette dernière peut compter sur ceux qui l’ont élue au Conseil fédéral, soit les Verts le PS et le PDC, pour y rester. Les radicaux, quant à eux, ne lui doivent rien.

Il est évident que les directions des partis vont avoir de nombreux contacts dans les semaines à venir. Les promesses, dans ce contexte, n’engagent que ceux qui les reçoivent, car aucun chef de parti ou de groupe ne contrôle vraiment ses troupes, sauf à l’UDC, et encore. Mais ces discussions peuvent déboucher sur des orientations stratégiques. Le PS et les Verts ont-ils vraiment intérêt à remplacer au Conseil fédéral un radical par un démocrate-chrétien, alors qu’aucun mouvement électoral ne le justifie?Et si oui, en échange de quoi, et avec quelles certitudes s’agissant d’un partenaire qui change aussi facilement d’options et d’opinions?

Il faut encore se garder de trop engager l’avenir. Qui dit que le PS, qui devra renouveler ses deux représentants au Conseil fédéral après les élections de 2011, n’y perdra pas encore des plumes, à l’instar de la quasi-totalité de la social-démocratie européenne? Qui dit que les Verts libéraux ne progresseront pas suffisamment pour voler de leurs propres ailes, en dehors du groupe démocrate-chrétien? Qui dit que les Verts n’augmenteront pas leur députation au détriment de celle du PS? Toutes ces réflexions et d’autres encore vont orienter le choix à faire à gauche, entre le PDC et le PLR.

Ce choix ne sera pas sans importance sur le profil le plus adéquat pour le candidat libéral-radical, selon qu’il s’agira pour le PLR de caresser plutôt l’UDC ou le PS. A cela s’ajouteront les petits calculs tactiques. Les amis d’Alain Berset au PS auront-ils intérêt à une élection de sa compatriote démocrate-chrétienne Isabelle Chassot? Une candidature du conseiller d’Etat tessinois Luigi Pedrazzini résoudrait ce genre de problème. Tout cela comptera dans les discussions de l’été, avant de se traduire dans le choix de l’Assemblée fédérale.