Afrique de l’ouest

Dans la guerre contre Ebola, il manque davantage de soignants que de soldats

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) salue le possible envoi de militaires suisses en Afrique de l’Ouest pour lutter contre Ebola. Mais les soldats ne seront pas suffisants pour rattraper le retard accumulé contre l’épidémie

Davantage besoin de blouses blanches que de treillis

L’épidémie d’Ebola «est loin devant nous, elle va plus vite que nous et elle est en train de gagner la course», a averti Anthony Banbury, le chef de la mission des Nations unies chargée de coordonner la riposte contre le virus, lors d’une réunion spéciale du Conseil de sécurité mardi à New York. Il faudra davantage que des soldats pour rattraper le retard.

Pour l’instant, les militaires en treillis sont bien plus nombreux que les blouses blanches à être dépêchés en Afrique de l’Ouest. Et ils se tiennent à bonne distance des malades hautement contagieux.

Les Etats-Unis, par exemple, ont été les premiers à annoncer l’envoi mi-septembre de 3000 soldats. Ils seront chargés de construire 19 centres de traitement. S’agissant des soignants, Washington prévoit de former du personnel local, jusqu’à 500 par semaine. Seuls 65 médecins et infirmiers américains seront déployés dans un hôpital de Monrovia.

L’ONU estime qu’il faudra 7000 lits supplémentaires pour isoler et tenter de soigner les nouveaux malades, dont le nombre pourrait exploser ces prochaines semaines. Or seuls 4300 sont assurés et sans le personnel nécessaire.

Mortalité sous-estimée

«Début décembre, on pourrait avoir de 5000 à 10 000 nouveaux cas par semaine» au Liberia, en Sierra Leone et en Guinée contre un millier actuellement, a affirmé mardi le docteur Bruce Aylward, directeur général adjoint de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le dernier bilan de l’épidémie est de 4447 morts pour 8914 cas. Mais le taux de mortalité serait en réalité plus proche de 70%, selon l’OMS, car de nombreux décès ne sont pas recensés.

«J’ignore quel sera le profil et les tâches des soldats suisses, mais toutes les contributions sont précieuses», estime la Dr Isabelle Nuttall, directrice du département Capacités mondiales, alerte et action à l’OMS. «Il faut faire le suivi des personnes qui ont pu avoir un contact avec les malades. Il faut aussi sécuriser les enterrements afin que les gens ne touchent pas le corps du défunt», énumère-t-elle, sans nier le manque cruel de personnel soignant étranger.

«Après un séisme ou un typhon, jusqu’à 270 équipes internationales peuvent être mobilisées dans la semaine. Contre Ebola, nous sommes très loin du compte», regrette Isabelle Nuttall. Cela tient au fait, selon elle, que les soignants sont beaucoup plus exposés. La moindre erreur peut entraîner une contamination. «La constitution d’équipes médicales formées contre Ebola ne se fait pas du jour au lendemain», dit-elle.

L’une des organisations les plus expérimentées contre la maladie, Médecins sans frontières (MSF), dispose de 300 expatriés au Liberia, en Sierre Leone et en Guinée, en plus des 3000 employés engagés sur place. «Il faut constamment trouver des volontaires, car les équipes sont renouvelées toutes les quatre à huit semaines. Ce sont presque exclusivement des gens expérimentés», explique Franck Eloi, directeur des ressources humaines de MSF-Suisse.

Encore des volontaires

«Les professionnels de santé et de l’humanitaire à qui nous proposons ces missions savent où ils mettent les pieds et connaissent les risques. Malgré le fait que plusieurs collègues ont été infectés ces derniers mois, nous avons très peu de refus», continue Franck Eloi.

Les deux contaminations intervenues aux Etats-Unis et celle en Espagne ne vont-elles pas au contraire dissuader les gouvernements d’envoyer leurs ressortissants en Afrique de l’Ouest avec les risques de rapatriement que cela comporte? «Ce serait un très mauvais calcul. La meilleure manière de se prémunir contre l’épidémie est de l’attaquer à la source», répond Isabelle Nuttall.

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