La guerre qui couve derrière les bains

La poule aux œufs d’or est-elle menacée? Le complexe des bains, qui a fait la réputation de Vals, est victime d’un conflit juridique depuis sa vente en 2012. Les bains et l’hôtel, qui appartenaient à la commune, ont été cédés à l’investisseur grison Remo Stoffel pour 1,7 million de francs. «La commune n’avait plus les moyens d’assurer leur développement», explique la municipalité. En contrepartie, Remo Stoffel s’est engagé à investir dans la réfection de l’hôtel – il dit avoir versé près de 50 millions de francs. Il a aussi promis, mais non encore payé, 6 millions de francs pour ériger une salle polyvalente.

Pour plusieurs habitants de Vals, cette vente du joyau communal est entachée d’irrégularités. Au moins trois plaintes ont été déposées par des villageois qui contestent la version officielle, allant même jusqu’à parler d’un cas de «corruption».

«Nous ne croyons pas que les caisses étaient vides, les bains connaissaient un tel succès. En 2012, l’entreprise communale avait déclaré un capital propre de 9,6 millions et un cash-flow de 3 millions», argumente Peter Schmid, ancien président de la construction des thermes et porte-parole des «Habitants de Vals inquiets». Le groupe de 14 villageois a déposé un recours à la suite de l’assemblée communale du 9 mars 2012, qui a élu le projet de Remo Stoffel au détriment de celui de Peter Zumthor.

Cette vente aurait été préparée en secret et violerait donc la loi sur les marchés publics, estiment-ils. Pour preuve: un accord conclu en avril 2011 entre le conseil d’administration des bains et Remo Stoffel. Ce contrat «inclut une «pénalité» de 500 000 francs si Remo Stoffel n’obtient pas le deal, dénoncent-ils. Il n’y avait aucun appel d’offres public, pas d’évaluation réaliste du prix ni des réserves cachées.»

Le groupe soupçonne par ailleurs Remo Stoffel «de ne pas respecter ses engagements lors de la vente et de ne pas investir les sommes promises.»

Leur plainte a été rejetée par le tribunal cantonal et fédéral pour des questions de procédure: le délai de dix jours était écoulé et les plaignants n’avaient pas la capacité d’agir. Mais les juges ne se sont pas prononcés sur la question de fond.

La deuxième action en justice émane de Marcel Meyer, un habitant de Vals qui avait rejoint la commission de surveillance des bains en 2012. L’entrepreneur a porté plainte pour déni du droit d’information. Il estime ne jamais avoir reçu de réponses satisfaisantes quant à l’état financier du complexe au moment de la vente. «Quels étaient les fonds propres véritables et les réserves cachées? […] Que le propriétaire – c’est-à-dire la municipalité de Vals – n’ait pas eu connaissance de la valeur effective de la société est intenable», dénonce-t-il dans une lettre adressée à la commune.

Sa première plainte a été déboutée par le Tribunal cantonal pour une question de délai. Il a fait recours devant le Tribunal fédéral et le verdict est attendu ces prochains mois. Mais l’entrepreneur a déjà réitéré sa demande auprès de la municipalité, pour actionner au besoin la justice dans les délais prescrits.

Une autre plainte, pénale cette fois, a été déposée contre l’ancien conseil d’administration des bains par un habitant qui s’estime lésé par la vente. Le texte de son accusation a été rédigé par l’avocat et ancien procureur tessinois Paolo Bernasconi. Le procès public devrait avoir lieu dans quelques mois.

Une fiancée vouée à la mort

Interrogé par Le Temps, l’investisseur incriminé ne souhaite plus s’exprimer. Ce printemps, il niait toute forme d’irrégularité: «Il n’y avait pas de réserves cachées. Le bâtiment était dans un état déplorable. Les thermes étaient une fiancée désuète, vouée à la mort, que personne ne voulait toucher. […] Je trouvais cela triste. J’ai proposé un projet à la commune. Nous devions traiter les données, ce qui coûtait environ un demi-million de francs. J’ai donc reçu l’assurance que notre projet serait soumis à l’assemblée municipale», a-t-il expliqué au Tages-Anzeiger.

Il accuse ses adversaires de saboter l’avenir de Vals en le prenant pour cible. Et il menace de stopper ses investissements si le village refuse la modification du plan d’aménagement pour construire sa tour de 381 mètres.