En posant avec le président du PLR, le socialiste Thomas Burgener commente: «la coalition s’organise». Dans tous les partis, les stratèges avouent «des discussions préliminaires», mais les candidats restent discrets face à la presse. L’UDC Fanz Ruppen «ne dévoile pas sa stratégie», et le libéral radical Pierre-Alain Grichting «ne joue pas les prolongations avant le match». Le résultat des deux hommes au premier tour déterminera le jeu des alliances au second.


«Les gens ne suivent plus les consignes des partis»


Depuis 1848, le Valais a toujours envoyé des sénateurs démocrates chrétiens au Conseil des États. Aujourd’hui, c’est une exception sous la coupole. Un accord qui date de la même époque donne un siège au Haut-valais, et l’autre au bas. Malgré deux candidatures de gauche, Christophe Clivaz et Robert Métrailler, et même si le Blick juge qu’il défend plus ses conseils d’administration que ses électeurs, le gouverneur PDC Jean-René Fournier semble se diriger vers une nouvelle élection facile. D’autant plus que diverses personnalités de tous les partis appellent plus ou moins officiellement à voter pour le conservateur. La gauche comme la droite lui souhaitent une élection au premier tour, pour que son colistier ne profite pas de ses voix au second. Mais malgré un budget qui dépasse à chaque fois les 100 000 francs, Jean-René Fournier a obtenu moins de voix en 2011 qu’en 2007. Les chances que cette manoeuvre fonctionne sont donc assez réduites. «Je comprends la tactique qui consiste à isoler la proie, mais je n’y crois pas, parce que les gens ne suivent plus les consignes des partis», commente le chasseur.


Le candidat que tout le monde cherche à affaiblir, c’est Beat Rieder, le chef de groupe des conservateurs hauts-valaisans, les «noirs du Haut», au parlement. Désigné par le PDC pour succéder au «jaune» René Imoberdorf, le député du Loetschental dit avoir dépensé 120 000 francs pour sa campagne. En se prétendant «candidat des minorités» même s’il appartient au plus grand parti du canton, il veut «défendre le Valais à Berne après avoir défendu le Haut-valais à Sion». Dans le Valais francophone ou se jouera l’élection, il peine à se faire connaître autrement que comme le défenseur des quotas alémaniques dans les institutions politiques. Son destin semble donc suspendu à celui de Jean-René Fournier. Pour la gauche, les libéraux-radicaux et l’UDC, qui rassemblent plus ou moins 20% de l’électorat chacun, et qui présentent des personnalités mieux profilées sur l’ensemble du canton, l’érosion de l’électorat démocrate chrétien ne lui permet plus de prétendre aux deux fauteuils de la chambre haute. Les candidats du PDC répondent que leur parti demeure le plus important, dans le Haut comme dans le Bas-Valais.


Des alliances de droite se dessinent


Trois Hauts-valaisans rêvent de briser le monopole historique du PDC. Pour les candidats des partis minoritaires, les scores du premier tour détermineront les alliances du second. Alors l’UDC Franz Ruppen et le PLR Pierre-Alain Grichting dépensent tous les deux au moins 120 000 francs pour leur campagne. Beaucoup leur attribuent des budgets beaucoup plus importants. Ancien conseiller national et conseiller d’Etat, l’expérimenté socialiste Thomas Burgener parle de 80 000 francs, et il est persuadé qu’il sera «le mieux placé pour concurrencer les démocrates chrétiens le 18 octobre». Il aura aussi beaucoup de difficultés à trouver des soutiens dans les autres partis, parce que 80% des Valaisans votent à droite. Il admet qu’il ne peut trouver d’arrangement qu’avec le PLR. Alors depuis janvier, il lui propose régulièrement de renouveler l’alliance qui avait permis à la gauche de prendre au PDC un siège historique au gouvernement valaisan en 1997. Pour l’instant, les libéraux radicaux déclinent poliment.


«Le PLR et l’UDC peuvent travailler ensemble en Valais»


Le jeu des alliances dépend surtout des résultats très incertains du PLR Pierre-Alain Grichting. C’est la première fois que l’entrepreneur postule à une charge politique, et personne ne sait évaluer si sa candidature peut rassembler une base électorale plus large que celle du parti qu’il vient de rejoindre. Parce qu’il dépense beaucoup d’argent, et qu’il profite du réseau des sociétaires de la coopérative Provins, dont il préside le conseil d’administration, il croit fermement à ses chances. Il semble le mieux placé pour négocier des alliances avec les autres minoritaires, parce qu’ils acceptent tous deux composer avec les libéraux radicaux. Mais lui se reconnaît «dans tous les partis sauf la gauche».


Pour Franz Ruppen, «Le PLR et l’UDC peuvent travailler ensemble en Valais, malgré les vieilles rancunes». En 2013, son leader Oskar Freysinger est entré au gouvernement cantonal en prenant le siège historique des libéraux radicaux à Sion. Depuis, les deux partis se font la guerre en Valais alors qu’ils collaborent à Berne. «Chez nous, les portes ne sont pas fermées», répète le candidat UDC, tout en affirmant qu’un ticket commun n’est pas envisageable. Si le PDC Beat Rieder ne parvient pas à distancer tous ses adversaires au premier tour de scrutin, le mieux placé des candidats de droite aura l’opportunité historique de trouver une alliance qui lui permette de mettre fin à 167 ans de monopole. Pour créer les conditions de ce scénario hypothétique, les budgets de campagne explosent.