Plus de deux milliards et demi de dollars. C'est la coquette somme de dommages et intérêts qui sera réclamée dans quelques mois à New York, lors d'un procès que les plaignants considèrent comme la démonstration des agissements de la mafia russe pour contrôler le commerce d'aluminium. La Suisse est indirectement touchée par cette affaire, révélée par la presse économique internationale en décembre 2000, et reprise par deux journaux romands mardi sur la base d'informations récemment traduites par une société de relations publiques française.

Le volet helvétique de l'affaire concerne la société Base Metal Trading SA, domiciliée depuis 1998 à Fribourg où elle possède des bureaux. Dirigée par le Slovène Peter Folvarsky, cette société compte parmi ses administrateurs le Fribourgeois Gaston Baudet, à la tête de la fiduciaire Fidutrust et président, pour la cinquième année consécutive, du Hockey club Fribourg-Gottéron. Le premier étant «en voyage d'affaires» et le second se déclarant «lié par le secret de fonction», il est difficile de connaître les tenants et les aboutissants de liens commerciaux complexes entre les trois plaignants, Base Metal Trading SA à Fribourg, Base Metal Trading Ltd, installée dans un paradis fiscal des îles Anglo-normandes, et Alucoal Ltd à Chypre. Ces trois sociétés, qualifées d'obscures par le très sérieux Wall street journal, ont notamment pour but de revendre sur le marché mondial une partie de l'aluminium produit en Russie. Selon un connaisseur de l'affaire, Base Metal Trading SA a réalisé en 1999, un chiffre d'affaires de 280 millions de dollars (environ 330 millions de francs suisses).

«Il n'y a absolument aucun lien entre ce procès new-yorkais contre la mafia russe et les enquêtes policières à Fribourg sur ce thème», insiste l'avocat de l'administrateur fribourgeois qui précise que son client n'a pas signé la plainte pendante à New York. Rappelons qu'un ancien président du Hockey club Gottéron avait été incarcéré en 1997 dans le cadre de la plus grosse affaire de blanchiment d'argent instruite à Fribourg et impliquant des fonds russes.

Le deuxième volet suisse de l'affaire est le gel, par la justice genevoise, sur demande de Base Metal Trading, d'un compte de la société Bauxal détenu auprès de la United European Bank. La somme bloquée en janvier, un mois après la requête, s'élève à 846 000 dollars (1,3 million de francs suisses). Plusieurs journaux russes ont considéré cette mesure comme de l'intimidation avant le procès sur sol américain.

Le litige que tranchera la justice américaine a pour théâtre l'usine d'aluminium NKAZ, à Kemerovo, en Sibérie occidentale. En étroite relation d'affaires avec Base Metal Trading, cette usine a soudain été acculée à la faillite en janvier 2000, puis rachetée et englobée dans le consortium Russian Aluminum qui contrôle 75% de la production russe. Base Metal Trading, qui a perdu des contrats pour des centaines de millions de dollars, affirme détenir les preuves que l'opération est liée à la mafia qui utiliserait la vente mondiale d'aluminium pour blanchir de l'argent, notamment sur sol américain.