Soleure

Guerre de langues dans une cour d'école

Elus et enseignants s'insurgent contre les nouvelles règles décrétées par les autorités d’Egerkingen, qui imposent l’allemand aux élèves en récréation

La petite commune d’Egerkingen à Soleure se trouve au centre de l’attention depuis que sa présidente Johanna Bartholdi a annoncé sa volonté de rendre obligatoire l’allemand à l’école, pas seulement en classe, mais jusque dans les couloirs et la cour de récréation.

D’après un nouveau règlement scolaire adopté par la Municipalité d’Egerkingen, un élève qui ne parle pas allemand dans l’enceinte scolaire recevra un avertissement. A la troisième infraction, il sera forcé de prendre dix cours de langue à hauteur de 550 francs, facturés aux parents. La mesure, expliquent les autorités, doit permettre d’éviter que des élèves suisses ne se sentent «exclus» par leurs camarades non-germanophones toujours plus nombreux.

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Le désarroi du directeur

Le directeur de l’école primaire d’Egerkingen Hanspeter Stöckli ne cache pas son désarroi. A ses yeux, cette nouvelle règle est inutile et inapplicable. Son établissement fréquenté par 285 écoliers compte 35% d’étrangers et 45% d’élèves parlant une langue maternelle autre que l’allemand.

«Tout est parti d’un malentendu. Nous rencontrons des difficultés dans une classe de 24 élèves turbulents, dont 16 issus de l’immigration», explique-t-il. Des parents se seraient plaints, pointant du doigt l’origine étrangère des jeunes concernés. Or, affirme le directeur, «la langue n’est pas en cause, le problème concerne aussi des élèves suisses. C’est avant tout une question de discipline».

Hanspeter Stöckli a donc tenté de convaincre les autorités de faire marche arrière lors d’une rencontre lundi soir. Il a peut-être obtenu gain de cause: la commune compte réexaminer le nouveau règlement scolaire lors d’une assemblée le 10 février. La présidente d’Egerkingen laisse entendre qu’elle pourrait renoncer à imposer des cours obligatoires d’allemand. «Nous prendrons des mesures seulement si des élèves utilisent une autre langue que celles qui sont enseignées dans le but exclure des camarades», explique Johanna Bartholdi.

Une mesure «catastrophique pour le climat à l’école»

Entre-temps, les réactions pleuvent. La députée au grand conseil et présidente du parti socialiste de Soleure, Franziska Roth s’insurge contre une mesure «catastrophique pour le climat à l’école», qui favoriserait la culture de la «délation» entre élèves. L’élue compte saisir la voie juridique et dénoncer cette décision communale auprès du Conseil d’Etat soleurois.

De son côté, Walter Wobmann, député UDC au Conseil national, applaudit. Lui souhaiterait rendre la langue officielle obligatoire dans toutes les cours d’école de Suisse et songe à déposer une interpellation dans ce sens au parlement fédéral.

Or l’interdiction faite à des élèves de parler leur langue maternelle dans l’enceinte scolaire soulève un problème juridique. Le professeur de droit Markus Schefer, dans la NZZ, y voit une «restriction grave de la liberté de langue», garantie par la Constitution fédérale.

«Les autorités politiques ne peuvent s’immiscer de cette façon dans les affaires de l’école et exiger des maîtres de jouer la police», souligne de son côté Dagmar Rösler, présidente de l’association des enseignants de Soleure.

Quelle que soit la décision d’Egerkingen, les autorités cantonales auront le dernier mot. Le Département cantonal chargé de l’éducation et de la culture examinera le nouveau règlement scolaire communal. Andreas Walter, chef de l’office de l’enseignement obligatoire à Soleure, précise: «l’école peut édicter des directives concernant les langues. Mais ce qui est problématique du point de vue pénal, c’est l’obligation de participer à des frais pour des cours obligatoires. Cela ne repose sur aucune base légale».

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