Santé

La guerre larvée des hôpitaux de l’Arc jurassien

L’abaissement du tarif versé par Neuchâtel pour les hospitalisations hors canton fait bondir l’hôpital du Jura bernois

Un sac de nœuds dont il est difficile de saisir le vrai du faux, les luttes d’influence, les coups de communication et les provocations. A mi-février, Laurent Kurth et le Conseil d’Etat neuchâtelois ont lancé un pavé dans la mare, en abaissant de 9650 à 9050 francs le tarif hospitalier de référence extra-cantonal. Se basant sur le «baserate» de la clinique La Providence (qui appartient au groupe Swiss Medical Network Genolier), Neuchâtel ne paie désormais plus que 9050 francs pour un de ses ressortissants hospitalisé hors du canton.

Laurent Kurth espère ainsi faire des économies et récupérer des patients dans son hôpital cantonal. Car la différence entre le tarif pratiqué par l’hôpital extra-cantonal fréquenté par un Neuchâtelois et le tarif de référence sera à la charge du patient.

630 francs d’écart tarifaire

La réaction est venue de l’hôpital voisin du Jura bernois, dont le site de Saint-Imier accueille des Neuchâtelois, notamment du Haut, qui préfèrent sa maternité à celle de Pourtalès. Combien de Neuchâtelois fréquentent-ils l’hôpital du Jura bernois? «Nous ne divulguons pas ce chiffre», coupe court le directeur de l’HJB, Dominique Sartori, seul avec son adjoint devant les médias, le président du conseil d’administration, Pierre-Alain Schnegg, candidat UDC au gouvernement bernois, n’étant pas présent.

Mais l’HJB donne d’autres chiffres: le tarif bernois est fixé à 9680 francs. Cela signifie qu’un Neuchâtelois hospitalisé dans le Jura bernois devrait payer 630 francs de sa poche, différence de tarifs oblige.Or, l’hôpital du Jura bernois a décidé de ne pas répercuter sur le patient l’écart tarifaire. Ni avec Neuchâtel, ni avec le Jura d’ailleurs, dont le «baserate» est également plus bas, mais dans une moindre mesure (30 à 40 francs).

L’HJB, qui applique avec zèle les principes de concurrence et de libre circulation des patients conformément à la LAMal, qui ne touche pas un franc du canton de Berne pour des prestations d’intérêt général (PIG), sinon 300 000 francs pour la formation de médecins assistants, a décidé de faire le poing au fond de son porte-monnaie et de se «contenter» du tarif de référence décrété par Neuchâtel et le Jura.

Quel manque à gagner? Là encore, l’HBJ ne donne pas de chiffre, se limitant à affirmer qu’il est inférieur au bénéfice de l’exercice 2015, bénéfice non encore dévoilé.
Selon certaines sources, par année, quelque 200 Neuchâtelois sont hospitalisés à l’hôpital du Jura bernois. Le manque à gagner, avec le nouvel écart tarifaire, se monterait ainsi à 126 000 francs. En 2014, l’HJB a produit un bénéfice de 200 000 francs.

Critiques et collaboration

Tout en assénant que l’hôpital du Jura bernois s’en sort mieux que ses voisins, taux de satisfaction des patients et résultats financiers à l’appui, Dominique Sartori condamne fermement la stratégie neuchâteloise et menace de déposer un recours en justice. Tout en déclarant vouloir davantage collaborer.

Objet politique (la question de l’hôpital de Moutier interfère par ailleurs dans le processus de choix cantonal de la ville en 2017), l’hôpital fait donc l’objet d’une guerre larvée entre les cantons de l’Arc jurassien, entretenue par des luttes de clocher, des capacités surdimensionnées et des stratégies protectionnistes de communication.

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