Vaud

La guerre de Lavaux n’est pas finie

Le canton de Vaud dévoile son plan régissant les zones non constructibles du vignoble inscrit au patrimoine de l’Unesco. Les communes concernées et leurs vignerons protestent

Souvenez-vous, en mai 2014 les Vaudois devaient choisir entre deux remèdes pour «Sauver Lavaux». A l’initiative de Franz Weber (la troisième), jugée trop protectrice, les électeurs préféraient à 68,5% le contre-projet du Conseil d’Etat. Ce texte promettait de renforcer la protection du paysage inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, tout en préservant une marge de manœuvre pour l’économie vitivinicole de la région et pour le logement.

Lire à ce sujet l’article du 18 mai 2014: Pas de loi d’exception pour protéger Lavaux

Cinq ans après, la ministre Jacqueline de Quattro a présenté mardi à Lausanne le plan d’affectation cantonal Lavaux, un projet précisant les principes de protection pour les territoires hors des zones à bâtir. Le périmètre concerné s’étend sur les dix communes protégées par l’Unesco, de Lutry à Corsier, soit 1283 hectares. Le travail est présenté comme «le fruit de longs compromis entre des acteurs aux attentes a priori inconciliables». Autre son de cloche auprès des communes et des vignerons: ils disent ne pas avoir été pris en considération.

Un périmètre inconstructible

«Au sein de la mer de béton plus ou moins harmonieuse que constitue l’Arc lémanique se trouve le poumon vert de Lavaux», entame Jacqueline de Quattro. «Des gens y vivent, y travaillent et, nous l’avons compris, ne veulent pas être mis sous cloche.»

Le plan cantonal, mis à l’enquête jusqu’au 26 septembre, garantit aux vignerons leur surface de travail, «mais ils devront travailler dans le respect de ce site particulier». Des zones seront dédiées au tourisme, mais la ministre veut «éviter un déversement de 10 000 Chinois. Nous ne sommes pas à Lucerne, Dieu merci!» Les zones de stationnement des bus touristiques seront situées en dehors du périmètre du plan d’affectation.

Les nouvelles constructions seront interdites, à quelques exceptions près dûment réglementées, comme les capites de vignes ou des installations nécessaires à l’exercice de la viticulture. «C’est contraignant, mais c’est la volonté du peuple vaudois», a rappelé Jacqueline de Quattro. Les nouvelles constructions restent possibles dans les zones urbanisées: les communes ne sont pas amputées de zones à bâtir. «On peut concilier l’activité humaine et le respect de la nature», conclut la ministre avec enthousiasme.

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Les plaintes des communes…

Le syndic de Chardonne, Fabrice Neyroud, également vigneron, avoue se sentir «frustré» à la découverte du plan cantonal. Il y a travaillé, s’est rendu à des séances où il était convié, il a «cru être entendu», il n’a en fait «pas été écouté», déplore-t-il. «Voilà qu’on nous retire 15% de notre terrain communal pour le mettre dans le plan cantonal d’affectation. Ce qui veut dire que ces surfaces vertes qui sont actuellement des prés, sortes d’enclaves au sein de la commune, passeraient aux mains du canton. On va se battre corps et âme pour empêcher cela, jusqu’au Tribunal fédéral s’il le faut.» La Commission intercommunale de Lavaux annonce qu’elle soutiendra Chardonne, comme toute autre commune, dans ses oppositions.

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… et des vignerons

Louis-Philippe Bovard, un vigneron illustre de Bourg-en-Lavaux, désapprouve également le travail fait par le canton. «Les demandes de la délégation officielle des vignerons de Lavaux ont été balayées», soupire-t-il. «Jusqu’en 1980, la culture de la vigne à Lavaux s’est faite dans le sens de la verticalité, explique-t-il. Depuis quarante ans, mais de façon plus intensive depuis l’an 2000, on s’est mis à cultiver la vigne dans son horizontalité. Il est donc nécessaire d’aller vers une modification de la structure même de la vigne, et des aides mécaniques. Nous ne sommes plus des vignerons à la Ramuz, nos jeunes reprennent la vigne et ce sont des entrepreneurs! Lavaux ne doit pas devenir une vitrine figée où il est impossible de vivre, de travailler et de faire du tourisme. Il faut l’envisager de manière dynamique et évolutive.»

A noter que le plan d’affectation cantonal Lavaux prévoit la suppression possible de murs pour permettre l’exploitation viticole, dans des cas bien précis. Des aménagements d’accès aux parcelles – en cas de nécessité avérée – sont également réalisables.

Certains, à l’inverse, estiment que l’Etat n’a pas été assez protecteur. L’association Sauver Lavaux, à l’origine de l’initiative du même nom, regrette que les zones à bâtir communales ne soient pas comprises dans ce plan. Les oppositions à ce nouveau plan d’affectation risquent d’être aussi nombreuses que virulentes, et le combat pour une politique territoriale en Lavaux respectueuse de tous, encore long.

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