Si Rachid Hamdani, l’un des deux hommes d’affaires suisses retenus depuis dix-neuf mois à Tripoli, a quitté le territoire libyen et se trouve en sécurité, le contentieux n’est pour autant réglé ni avec Berne, ni avec l’UE.

Un lexique de ludothèque. Les jeux sont «troubles», écrivait mardi Le Temps, qui filait la métaphore, de la «nouvelle partie de poker» se jouant entre Berne et Tripoli à «cette partie indigne» où l’on échange «un cheval contre un fou». La Liberté de Fribourg qui joue au «Tripoly» à la Une, de même que Les Echos , le magazine français L’Express et RF I ont quant à eux préféré, eux, le «bras de fer». Et la Tribune de Genève / 24 Heures «le jeu du chat et de la souris» auquel s’adonne le régime libyen, «sadique, avec la Suisse depuis un an et demi», car «le clan Kadhafi est connu pour ses coups de sang et ses humeurs imprévisibles». «Comme dans un James Bond», renchérit Le Matin, pour décrire la tension qui régnait lundi autour de l’ambassade suisse à Tripoli. Mais «la partie continue», avec «Calmy-Rey au centre du jeu».

En ce jour de Morgestraich bâlois et de «sinistre carnaval bédouin», «la fête des fous se déroulait en Libye», écrit pour sa part Le Quotidien jurassien: «Ce qui se passe à Tripoli relève encore et toujours de la mascarade. Le clan Kadhafi fait durer le plaisir de sa vengeance […]. Rôtie sur les flammes des représailles, la Suisse ne se sortira des sables maudits libyens que grâce à une intervention diplomatique et politique européenne forte et coordonnée. On a redouté que la comédie ne tourne au drame […]. On a eu l’ultimatum et frisé l’assaut.»

Mais «la tension retombe, pense la RTBF: Berne a pu compter pleinement sur la solidarité des Vingt-Sept lundi lors de la réunion des ministres européens des Affaires étrangères mais certains s’agacent de voir la Suisse entraîner toute l’Union dans un conflit qui n’était que bilatéral». Alors que le Tages-Anzeiger est tenté de dire, lui, que «l’on ne reconnaît ses amis que lorsqu’on se trouve dans la détresse»… Mais pour le quotidien zurichois, il ne faut pas surestimer cette solidarité, car Bruxelles a des intérêts à défendre face à la Libye. Et l’on est de toute manière «encore loin d’une solution», écrit l aRegioneTicino, qui insiste aussi, comme toute la presse transalpine d’ailleurs, sur les critiques maltaises et italiennes – notamment par la voix du ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini – émises face à l’établissement de la fameuse «liste noire» de Libyens dressée par la Suisse dans l’affaire des visas Schengen.

«Gageons que le Gouvernement suisse va enfin cesser de se disperser et que la journée […] annonce un dénouement proche», espère Le Nouvelliste. Qui écrit: «L’otage helvétique Max Göldi sert de simple monnaie d’échange pour la famille Kadhafi soucieuse de se venger de la Suisse» et «tout ce remue-ménage diplomatique permettra peut-être» de faire gracier celui que la Neue Zürcher Zeitung qualifie désormais de «prisonnier politique». Quoique selon Le Figaro, «pour les spécialistes, la «guerre des nerfs» entre la Suisse et la Libye est loin d’être terminée».

Mêmes termes dans La Liberté, pour laquelle «l’affaire n’est pas terminée». Même si l’UE a adopté un front uni, «on a quand même eu le temps d’entendre les dissonances qui ont précédé: Silvio Berlusconi accusant la Suisse de prendre en otage l’UE avec ses petits problèmes, ou Bernard Kouchner ironisant sur ce petit voisin casse-pieds qui soudain appelait à l’aide. Pour un pays qui a déjà quelque peine à anticiper, l’avenir ne se présente pas sous les meilleurs auspices…»

Et France-Soir d’élargir le débat: «Ceux qui invitent les Suisses à s’excuser à nouveau pour «calmer Kadhafi» oublient que, depuis que son pays a été réintroduit dans le concert des nations, le Guide mégalo et irascible n’a jamais demandé pardon, ni pour les attentats terroristes qu’il a commandités dans le passé, ni pour ses rêves d’arabo-islamiser l’Afrique noire, ni pour avoir lancé un missile sur la Sicile dans les années 1980, ni pour son soutien à la dictature mlitaro-islamiste du Soudan, coupable du génocide de 2 millions de Noirs chrétiens (Sud) et du massacre de 300 000 civils (Darfour).»