Deux objecteurs de plus ou de moins. Les dirigeants du Réseau Santé Valais (RSV) n’auraient pas, a priori, à s’émouvoir d’une mobilisation citoyenne en faveur de la qualité des soins et de la sécurité des patients, tant ils sont abonnés aux doléances.

Mais l’offensive lancée hier par deux retraités de renom, l’ancien conseiller d’Etat Serge Sierro et le professeur d’histoire et de philosophie des sciences Jean-Claude Pont, dans la périphérie viticole de Sion donne à la vox populi un ton beaucoup plus incisif que de coutume.

«Régime de terreur», «chape de silence digne des pays de l’Est»: aucune comparaison n’est abusive pour dénoncer les dysfonctionnements dont le RSV fait l’objet et «qui sont défavorables au développement d’un système hospitalier tranquille», selon les initiants.

Une semaine après la constitution, par les mêmes personnes, d’une association de défense des patients (ADPVal) qui a été inspirée par l’éviction controversée du docteur Daniel Savioz, apparemment trop critique envers la qualité des soins en chirurgie viscérale et abdominale, les deux compères ferraillent, cette fois, en leur nom propre.

En plus d’alimenter le feuilleton médiatique de la politique sanitaire valaisanne, leurs conclusions pourraient d’emblée susciter des plaintes. A commencer par celle du médecin cantonal, Georges Dupuis, tenu pour un des principaux responsables de la débâcle décrite par les protagonistes avec force exemples.

Cumulant les casquettes, celles de médecin cantonal et de chef du Service de la santé, membre du Conseil de la santé ainsi que de la Commission cantonale pour la sécurité des patients, Georges Dupuis jouerait de «son influence déterminante sur les décisions opérationnelles, nominations et décisions de subventionnement».

Pour Serge Sierro et Jean-Claude Pont, aux élans métaphoriques dopés par leur engagement civique, il est «l’araignée au cœur d’une grande toile» qu’il a lentement tissée et à laquelle ses «soumis» ne peuvent échapper.

L’homme au «machiavélisme raffiné», injoignable hier pour répondre à ces critiques, n’est pas seul en joue. Il doit son omnipotence à un conseil d’administration «inconsistant», présidé par le docteur Raymond Pernet, et une direction du Réseau Santé Valais qui «passe plus de temps à organiser et imposer qu’à se préoccuper des patients».

Demander, à mots à peine couverts, la mise à pied du médecin cantonal et attaquer de manière aussi frontale l’institution nécessite logiquement, de la part de ferrailleurs scrupuleux, d’en avoir dans le magasin, si l’on peut dire. Serge Sierro et Jean-Claude Pont se revendiquent précautionneux.

S’ils n’ont pas mené une contre-enquête au sens scientifique du terme, leurs conclusions (lire ci-dessous), ficelées dans un rapport sur papier glacé de vingt-trois pages envoyé hier après-midi au Conseil d’Etat, ont été rédigées sur la base de plusieurs années de rencontres, de témoignages, de sollicitations, d’apéritifs informels ou de coups de fil intéressés. L’affaire Savioz a simplement donné corps à la démarche.

Les auteurs dénoncent des démissions successives, diagnostiquent une rupture de confiance à tous les étages de l’institution. «Le collège des médecins, lieu d’échanges et de concertation, a été dissous», preuve du caractère unilatéral de certaines décisions. Ils critiquent, enfin, un système désorganisé qui nuirait à la qualité de la prise en charge des Valaisans ainsi qu’une politique de nomination partiale, au profit du CHUV notamment.

La direction du RSV se dit et se montre plutôt sereine. Les lièvres n’en sont pas. Sur le fond, «les cas dénoncés ne sont pas emblématiques de 40 000 patients et 320 000 patients en ambulatoire pris en charge annuellement. Et les nominations se font selon un processus scrupuleusement respecté», répond Dietmar Michlig, qui paraît plus ébranlé par la forme que par le fond de la démarche.

Le Haut-Valaisan déplore de ne pas avoir été contacté par les auteurs. «Leur intervention a pour effet de désécuriser et d’instrumentaliser les patients. Or, nos malades et leur famille, déjà passablement affectés, ont le droit d’être épargnés», commente-t-il.

Les deux justiciers de la santé, eux, justifient leur grand déballage par la liberté d’action dont ils disposent pour le faire. Le premier est avocat-conseil, médiateur très en vue à l’Assemblée interjurassienne. Il préside aussi la Fondation pour les nouvelles technologies chirurgicales de Suisse occidentale, ce qui, estime-t-il, lui confère une certaine légitimité dans ce combat.

Quant au second, qui a été très actif dans l’Amicale de chirurgie qui a lieu à Sierre chaque année, «à près de 70 ans», il aurait autre chose à faire que de se mettre dans un tel pétrin, reconnaît-il – «Vous pouvez imaginer les répercussions probables sur ma famille le jour où un membre devrait être hospitalisé» –, mais n’en pouvait plus d’entendre ces doléances et de demeurer inactif. Ni l’un ni l’autre ne remettent en question le RSV en tant qu’institution réformée. Pas plus ne contestent-ils l’intégrité du conseiller d’Etat Maurice Tornay, qui «a hérité d’une maison hantée» et «a fait d’une de ses principales qualités un défaut en ce sens qu’il fait confiance mais que sa confiance est basée sur des données manipulées».

Lever le secret de fonction et professionnel des médecins le temps d’une enquête de fond permettrait, selon eux, à la crasse restée sous le tapis de bénéficier d’un traitement approprié par le ministre de la Santé. Maurice Tornay est-il prêt à empoigner l’aspirateur? No comment avant la lecture scrupuleuse du dossier, ces jours prochains, par le Conseil d’Etat.

«Une chape de silence digne des pays de l’Est»