Rien ne va plus entre Eric Stauffer et Roger Golay. Le premier, président d’honneur du Mouvement citoyens genevois (MCG) a ouvert les hostilités lundi. Par un communiqué, le député a annoncé briguer la présidence du parti qui se réunira en assemblée générale le 29 avril. Après s’être longuement épanché dans les colonnes du Matin Dimanche pour expliquer son retrait de la vie politique, voilà que l’ancien maire d’Onex une poignée de jours plus tard pour annoncer son retour aux commandes du mouvement qu’il a co-fondé en 2005. Et ce, sans prévenir ni son actuel président, le conseiller national Roger Golay, ni son ami de longue date, le président du Conseil municipal de la Ville de Genève Carlos Medeiros.

A en croire la teneur de ce premier communiqué, c’est bel et bien la direction que prend son mouvement qui le contraint – lui qui s’affiche comme un garant de l’ADN MCG – à revenir sur le devant de la scène. Ses mots sont durs: «Le MCG n'est ni le parti des automobilistes, ni celui des commerçants pas plus qu'il n'est celui des fonctionnaires et encore moins une centrale syndicale. (…) Avons-nous tous mouillé la chemise depuis 11 ans pour disparaître? Ma réponse personnelle à cette question est NON!», écrit Eric Stauffer, la plume trempée dans une fiole d’acide.

Le MCG lave son linge sale en public

Roger Golay réplique le lendemain sur la télévision genevoise Léman Bleu. Ne voulant apparemment pas envenimer une situation déjà tendue, le président du MCG s’offusque timidement de ne pas avoir été prévenu de la démarche, tout en se disant «soulagé» qu’un successeur lui soit trouvé, pour celui qui souhaitait quitter le poste depuis 2015 déjà. Mais l’accalmie ne dure pas. L’ancien président de l’Union syndicale des polices romandes bouillonne et se fend jeudi d’une missive caustique à l’encontre d’Eric Stauffer. «Je ne peux pas tolérer que quelques personnes puissent se permettre de dénigrer ce travail d’équipe en prétendant que nous nous sommes éloignés de nos «fondamentaux». D’autant plus qu’il s’agit des mêmes qui s’en sont eux-mêmes éloignés dans le but d’obtenir des marchandages politiques à tout prix.»

Deuxième force politique du Parlement cantonal avec 19 sièges, le MCG voit son assise électorale se tasser depuis deux ans. Si le mouvement emportait encore des voix aux élections cantonales de 2013, il a essuyé plusieurs revers depuis. D’abord un premier recul aux élections municipales de 2015, symbolisé par la non-réélection d’Eric Stauffer dans la commune d’Onex, son propre fief. Puis, un second six mois plus tard aux élections fédérales. Un état de santé stationnaire, une politique de plus en plus illisible et une absence cruelle de relève politique menacent aujourd’hui le «parti phénomène» de la dernière décennie.

Eric Stauffer et Ana Roch visent la présidence

Eric Stauffer s'assurera-t-il, le 29 avril, le soutien d'une majorité de ses militants? Son collègue et ami Carlos Medeiros en est convaincu. Mais dans les rangs de la députation, certains commencent à montrer des signes d'agacement, pour ne pas dire de rancune profonde. D'abord, l'attitude hégémonique du leader historique dérange, surtout lorsque ce dernier décide de mettre son nez dans des projets de loi que ses collègues ont longuement concoctés. D'autre part, les derniers échecs de l'intéressé – à l'exécutif d'Onex, au Conseil d'Etat et aux Chambres fédérales – ou encore sa très décriée campagne politique «Onex ville de progrès, commune zéro frontaliers» ont sérieusement entamé la crédibilité d'Eric Stauffer aux yeux de ses collègues. 

Orateur capable autant de galvaniser des foules que de susciter des huées, Eric Stauffer aura à convaincre qu'il est l'homme providentiel d'un parti à l'orée des élections cantonales 2018 et à la croisée des destins: celui de dépérir ou d'exister. Face à lui, la conseillère municipale verniolane Ana Roch a d'ores et déjà annoncé qu'elle lui fera face. L'assemblée générale du parti résonne déjà comme un examen pour l'intéressé: celui de savoir s'il recevra des votes de confiance. Ou de défiance.


Pour aller plus loin: 

  1. Dans les rouages de la machine MCG
  2. «Zéro frontaliers», le label qui fait fureur