Valais

La guerre des socialistes bouleverse la campagne au gouvernement valaisan

Le retour de Stéphane Rossini ouvre le champ des possibles dans une campagne qui semblait verrouillée. Les libéraux radicaux pourraient arbitrer l’élection au gouvernement valaisan

En juin, tout semblait déjà écrit. Mise sous pression par les siens, Esther Waeber-Kalbermatten annonçait sa candidature à un troisième mandat. Première et seule femme à avoir jamais siégé au gouvernement valaisan, la haut-valaisanne pouvait espérer réunir encore une fois les voix de trois minorités. Sur fond de tensions entre socialistes du Haut et du Bas-Valais, l’ancien président du Conseil national Stéphane Rossini abandonnait ses ambitions gouvernementales avec fracas. Amer, il critiquait vivement le bilan de la ministre.

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Samedi dernier, la campagne a basculé. Réunis en congrès extraordinaire, les membres du parti socialiste du Valais romand plébiscitaient la candidature de Stéphane Rossini à 79% des votants. Contre l’avis de la conseillère d’Etat, favorable à une primaire, ils se prononçaient pour une liste ouverte réunissant les deux noms. Pour l’ancien conseiller national, la formule permet de récolter des voix dans l’ensemble du canton. Pour Esther Waeber-Kalbermatten et les socialistes haut-valaisans, la manœuvre ressemble plutôt à une attaque coordonnée. La mine des mauvais jours, la ministre annonçait qu’elle réétudiera sa candidature.

Le Haut-Valais comme enjeu

Les cadres de l’UDC ne cachent pas leur bonheur. Selon eux, les socialistes ont commis l’erreur fatale de mettre en danger l’un des deux sièges alémaniques au gouvernement. En constante progression dans un Haut-Valais très sensible aux intérêts régionalistes, prêts à dégainer, ils ont immédiatement déclaré qu’une candidature haut-valaisanne accompagnerait Oskar Freysinger sur la liste des démocrates du centre en mars prochain. Dans la presse haut-valaisanne, le ministre avance déjà les noms du parlementaire Michael Graber ou de la conseillère communale de Brigue Sigrid Fischer-Willa.

La brèche pourrait aussi aiguiser les appétits des conservateurs démocrates chrétiens du Haut-Valais, toujours prompts à défendre leur minorité linguistique. Mais les «noirs» semblent pris de court par les rebondissements qui agitent le parti socialiste. Ils ont déjà choisi de soutenir le chrétien social Roberto Schmidt, et il leur sera désormais presque impossible de convaincre le PDC d’ajouter un quatrième nom à sa liste. Elle compte déjà le ministre sortant Jacques Melly et le favori Christophe Darbellay. L’ancien président du PDC suisse se montre très discret depuis qu’il a avoué un enfant adultérin. Ses adversaires travaillent à l’affaiblir.

Les libéraux radicaux en arbitres

Au jeu du poker menteur, les libéraux radicaux ont peut-être parlé trop tôt. Meilleur atout d’une formation presque inexistante dans le Haut-Valais, l’entrepreneur Pierre-Alain Grichting a déjà annoncé qu’il ne se briguerait pas une place au gouvernement. Tout indique que le Haut-Valaisan ne reviendra pas sur sa décision. Pour retrouver une place au Conseil d’Etat, le parti a donc validé les candidatures de deux presque inconnus, le chef du Service de la formation professionnelle Claude Pottier, et le responsable des ressources humaines d’une grande enseigne, Frédéric Favre. Même chez les libéraux radicaux, beaucoup considèrent que cette liste est la plus faible de l’histoire.

Aujourd’hui, tout le monde attend le verdict du congrès unitaire que devront organiser dans quelques semaines les socialistes du Haut et du Bas-Valais. Après les vifs échanges du mois de juin, personne ne semble croire qu’Esther Waeber-Kalbermatten pourrait consentir à figurer sur les mêmes affiches que Stéphane Rossini. En acceptant de se mettre à disposition de son parti, la ministre lui permettrait de court-circuiter les appétits des autres formations dans le Haut-Valais, mais elle s’exposerait au risque d’une cruelle défaite parmi les siens. Très majoritairement romand, l’électorat socialiste pourrait lui préférer l’ancien conseiller national.

Le calcul de Stéphane Rossini

Calculateur, Stéphane Rossini sait qu’il partira en campagne avec un vrai désavantage dans le Haut-Valais, mais il est convaincu qu’il réunira de nombreuses voix hors de son parti. Après avoir soutenu leur candidat au conseil des Etats lors des dernières élections fédérales, il peut espérer obtenir des suffrages chez les libéraux radicaux. Il a sans doute aussi compris que ces derniers sont favorables au transfert d’un siège alémanique dans le Valais romand, et qu’ils craignent de vivre avec un gouvernement exclusivement conservateur, composé de trois démocrates chrétiens et de deux démocrates du centre. Depuis samedi, il martèle: «Je veux être conseiller d’Etat».

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