Vaud

La guerre des sodas en terres vaudoises: les lobbies affrontent Pierre-Yves Maillard

Coca-Cola, Coop et Nestlé commercialisent tous trois des boissons sucrées menacées de ponction pour financer les frais dentaires dans le canton de Vaud. Ils dénoncent un projet arbitraire: pourquoi les sodas et pas les biscuits ou le chocolat?

«Encore une fois, il s’agit d’une stigmatisation des aliments plaisir». Christiane Zwahlen, porte-parole de l’association suisse des producteurs de soft drinks est remontée contre le choix arbitraire de Pierre-Yves Maillard. En février, le ministre vaudois de la santé et de l’action sociale soumettait l’idée de taxer les boissons sucrées pour financer les soins dentaires. «C’est une mise en exergue injustifiée», déclare-t-elle. «Quelles seront les répercussions sur les producteurs? A-t-on pensé au tourisme d’achat que cela impliquerait? L’effet préventif sera inexistant si la taxe est amortie par les distributeurs».

Coca-Cola Suisse, Nestlé, Coop et les autres refusent cette idée de taxe et ont donné leurs voix à l’association. La confrontation entre ces lobbies et Pierre-Yves Maillard n’a pas encore eu lieu, car le ministre ne les a pas entendus dans la préparation de son projet de loi. Bientôt invités en commission du Grand Conseil, ils rendront le débat difficile. Pour l’instant, Pierre-Yves Maillard n’a pas souvent eu l’occasion d’être minorisé devant le Parlement. Coca-Cola réussira-t-il à soulever la droite pour tenir tête au président du Conseil d’Etat?

Moins d’offres à prix bradés

Cette taxe aux boissons sucrées est proposée comme contre-projet à une initiative lancée par la gauche radicale vaudoise réclamant un remboursement total des frais dentaires, aboutie en juillet 2014. «Ce projet de loi propose une solution entre le tout et le rien qui entraîne aujourd’hui entre 5 et 10% de la population à renoncer aux soins», présente Pierre-Yves Maillard. 50% des soins de base ainsi qu’un examen complet tous les deux ans seront ainsi pris en charge pour les mineurs. Le canton distribuera des bons de 200 francs à chaque naissance et, pour les adultes, un remboursement est prévu si les frais excèdent 3% du revenu net.

Lire aussi: Pierre-Yves Maillard veut taxer les sodas pour financer les soins dentaires

Soit, mais pourquoi taxer spécifiquement les sodas? «Il s’agit d’une recommandation soutenue par l’OMS que d’autres villes ou pays dans le monde appliquent déjà», répond Pierre-Yves Maillard. «La spécificité néfaste des boissons sucrées, c’est que l’acidité, alliée au sucre, à terme dégrade les dents. Cela justifie cette mesure: on sollicite les produits à l’origine des problèmes pour une participation aux coûts».

Un débat sensibilisateur

Dans la pratique vaudoise, le prélèvement (de maximum 30 centimes par litres) se fera chez les grossistes qui distribuent ces boissons sur le sol cantonal. La prévention serait donc nulle chez le consommateur? «Le débat aura un effet et les offres à prix bradés seront moins agressives», rétorque le ministre socialiste. Il prend l’exemple d’offres promotionnelles «6 packs de 2 litres» de sodas pour moins de 8 francs, ce qui revient à 65 centimes le litre. Avec la taxe de 30 centimes par litre, ce genre d’actions ne sera plus possible.

Déjà la Coop s’oppose à une telle taxe sur les boissons sucrées. «Une telle décision constituerait une véritable mise sous tutelle. Pour un détaillant opérant partout en Suisse, il importe en plus que les conditions-cadres soient homogènes dans toutes les régions».

Le distributeur annonce avoir pris «volontairement» des dispositions pour diminuer la teneur en sucre de ses produits. «Les mesures de réduction mises en place ou prévues permettent de promouvoir un mode de vie sain, sans qu’elles n’aient des répercussions négatives sur les prix pour les consommateurs», nous répond son porte-parole.

La réduction de la teneur en sucre dans nos aliments et boissons est au cœur de notre engagement.

Chez Nestlé aussi, on pense pouvoir se passer de l’intervention étatique pour gérer la politique sanitaire. «La réduction de la teneur en sucre dans nos aliments et boissons est au cœur de notre engagement. Fin 2016, Nestlé avait réduit la teneur en sucres ajoutés de 8%, soit 39 000 tonnes. Et nous allons continuer dans cette voie avec notre nouvel engagement qui prévoit, d’ici 2020, de réduire de 5% les sucres ajoutés dans nos produits», indique sa porte-parole. «L’introduction d’une taxe cantonale n’est qu’une des nombreuses mesures qui pourraient être envisagées. Pour notre part, nous pensons que ce type de défi de santé publique complexe nécessite une approche holistique impliquant plusieurs parties prenantes».

Une idée de gauche pour répondre à la gauche

Pour l’instant, le débat sur le remboursement des soins dentaires s’est passé à gauche. Pierre-Yves Maillard le sait, devant le Parlement, le débat sera difficile à gagner. Le député PLR Gérard Mojon est le président de la commission qui traite actuellement le dossier. «Ce contre-projet ne me plaît pas du tout, il va beaucoup trop loin», avertit-il. «C’est toujours le consommateur qui finit par casquer. Le projet passera devant le peuple qui devra trancher, mais il me semble qu’on arrive au bout des taxes qu’on peut lui infliger».

Même si la gauche radicale, à l’origine de l’initiative, invite à accepter le contre-projet de Pierre-Yves Maillard, la droite et les lobbies semblent déterminés à lui tenir la dragée haute.

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