Faune

Dans la gueule de l’ours Meimo

Un plantigrade albanais, hébergé par le premier refuge pour ours de Suisse, vient de subir une double opération délicate. Protocole médical

Une dentition monstre, c’est à quoi se sont frottés lundi, lors d’une double opération, les vétérinaires d’Arosa Terre des ours. Le plantigrade Meimo a été pris en charge par le centre de protection des ours ouvert en août 2018 par la fondation Quatre Pattes, au profit d’animaux ayant souffert de mauvaises conditions de captivité.

L’ours est originaire d’Albanie, où il était gardé dans une cage inadaptée pour lui. A son arrivée à Arosa Terre des ours, Meimo doit subir un traitement dentaire conséquent, ainsi qu’une castration, passage obligé pour être accueilli dans le refuge grison, qui tient à empêcher la procréation de ses pensionnaires. Ces opérations se sont déroulées samedi, financées par les dons recueillis par la fondation.

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Pas moins de 12 médecins et assistants ont été mobilisés autour de l’ours, dont deux pour la chirurgie dentaire. Première étape: l’anesthésie, que le Dr Wolfgang Zenker, un vétérinaire autrichien, lui administre à l’aide d’un fusil et qui met quinze minutes à agir.

Deuxième étape: le transporter sur la table d’opération. L’animal pèse tout de même 240 kilos. Une fois immobilisé, le diagnostic dentaire tombe, sans appel: deux dents cassées, les nerfs à vif, une dent décolorée… Le dentiste Matthias Seewald raconte que «ce fut une opération extrêmement difficile. Des complications sont survenues au niveau de la dernière molaire. L’extraire de la mâchoire inférieure alors que l’ours se trouvait en position couchée sur le dos était un réel défi.» Mais tout s’est bien passé. «L’objectif était d’éviter que Meimo ne souffre par la suite. Je pense que nous y sommes parvenus.»

Opération extrêmement difficile

Troisième étape: l’opération. Avec une difficulté supplémentaire: c’est pendant que l’équipe de dentistes continuait de travailler sur la dentition de l’ours que les vétérinaires ont procédé à la castration. En effet, l’animal ne pouvait pas être anesthésié plus de deux heures durant. Ses constantes étaient stables, ce qui a permis de procéder à l’intervention sans complications.

«L’état de Meimo est resté stable pendant la première heure, mais ensuite sa respiration est descendue à quatre respirations par minute – peut-être du fait qu’il se trouve toujours en situation d’hibernation en ce moment. Pour cette raison, on a également eu recours à des médicaments. Mais sinon, les valeurs et la circulation sanguine des tissus sont restées toujours bonnes et l’opération s’est terminée sans complications», explique l’anesthésiste Stefan Hoby.

Au tour de l’ourse Amélia

Pour récupérer de ses lourdes opérations, Meimo a ensuite été transféré vers un enclos à l’écart. La fin du traitement lui sera administrée par le biais de sa nourriture. L’ours devra néanmoins se faire opérer une seconde fois, en raison de l’état de sa dentition.

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Dans les prochaines semaines, l’ourse Amélia (une possible sœur de Meimo) sera elle aussi stérilisée à Arosa. Elle vient d’échapper aux conditions de vie déplorables auxquelles elle était exposée. Captive hier encore dans un restaurant en Albanie, où les clients déjeunent en contemplant les ours enfermés dans une cage étriquée, elle pourra désormais gambader dans un hectare de terrain qui lui est dédié.

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