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Guillaume Barazzone, maire de Genève et seul représentant de droite au Conseil administratif de la Ville.
© Salvatore di Nolfi / Keystone

Fiscalité

Guillaume Barazzone: «Les opposants à RIE III jouent à la roulette russe avec l’emploi»

Le maire de Genève fustige la posture de la gauche face à la 3e réforme de l’imposition des entreprises. Selon lui, l'échéance électorale cantonale de 2018 est notamment la cause des atermoiements du Parti socialiste genevois

Alors que de nombreuses villes et communes de Suisse, craignant pour leurs finances, se sont annoncées contre la 3e réforme de l’imposition des entreprises (RIE III), le maire de Genève Guillaume Barazzone monte au créneau pour défendre l’aggiornamento fiscal en cours et sur lequel le peuple est appelé à voter le 12 février prochain à l’échelon fédéral. L’élu PDC déplore notamment la position des Verts et du Parti Socialiste (PS) genevois, lequel était à deux doigts de rejeter lundi soir la convention censée être ratifiée par tous les partis gouvernementaux afin de cadrer le volet cantonal de la réforme. Entretien.

Lire aussi:  34 milliards de francs perdus en cas de «non» à RIE III?

Le Temps: En tant que conseiller national, membre de la Commission de l’économie, comment voyez-vous la situation évoluer ces prochaines semaines?

Guillaume Barazzone: Sur le plan fédéral, et j’exprime ici mon point de vue de minoritaire au sein du conseil administratif de la ville de Genève, le référendum de la gauche met directement en danger quelque 194 000 emplois en Suisse et la capacité d’innover du pays. La loi fédérale qui est attaquée vise à offrir une boîte à outils fiscale aux cantons. Libre ensuite à eux de décider quel instrument utiliser et de fixer leur taux d’imposition en fonction de la typologie des entreprises actives sur leur sol. La facture finale, qui n’est pas fixée encore, dépendra de ce que décident cantons. Il ne faut donc pas peindre diable sur la muraille, RIE III coûtera moins cher que ce que prétendent les opposants. Par ailleurs, la Confédération s’est engagée à compenser les cantons rétrocédant ainsi 21,2% de l’impôt fédéral direct – au lieu de 17,5% actuellement –, somme devant être ensuite redistribuée aux communes. Si cette réforme, équilibrée, est rejetée, Genève perdra 112 millions de francs par année.

- Vous êtes aussi l’un des rares maires de Suisse à défendre RIE III. Est-ce cette posture «dissidente» qui vous pousse aujourd’hui à vous exprimer?

- S’agissant du volet genevois de RIE III et du taux d’imposition proposé par Conseil d’Etat, le conseil administratif de la Ville, à l’exception de Rémy Pagani, s’est montré en faveur de cette réforme, mais à certaines conditions. Il s’agit là d’une position de principe raisonnable et responsable. En revanche, je déplore la tournure qu’a prise récemment le débat au sein de la gauche cantonale.

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- C’est-à-dire?

- Habituellement, lorsque l’on débute des négociations, on s’attend à une certaine rigidité des fronts. Puis, les différentes parties aux négociations s’efforcent d’adoucir leurs points de vue, afin d’aboutir à un accord. Ce qui me frappe en l’état, c’est que l’on observe le processus inverse alors que le compromis trouvé est équilibré.

- Comment expliquez-vous cette dynamique inversée?

- Je ne peux pas exclure le fait que l’échéance électorale cantonale de 2018 joue un rôle dans ce revirement. Des magistrats de gauche ont pris position en faveur du volet cantonal de RIE III, mais ils ne sont aujourd’hui plus suivis par leur base. Si le canton de Vaud a accepté le projet de réforme, c’est parce que tout le PS cantonal, emmené par Pierre-Yves Maillard, a compris que cette réforme était une opportunité et qu’il a accepté un compromis.

- Certes, mais le canton de Vaud n’affiche pas le même déficit public que celui de Genève.

- C’est vrai. Toutefois, si les partis politiques s’enferment dans des postures, nous n’arriverons pas à sauver l’emploi à Genève.

- En résumé, vous craignez un échec de la «solution à la vaudoise» en terres genevoises.

- Je fais confiance au peuple et suis certain qu’il sera responsable.

- Estimez-vous que le coût de cet aggiornamento fiscal est acceptable?

- L’opération implique certes au départ de se priver d’une certaine substance fiscale, mais sans cela des entreprises iraient s’installer à l’extérieur du canton, ce qui coûterait trois fois plus cher. Les opposants jouent à la roulette russe avec l’emploi. A Genève, 20 000 postes de travail directs et 60 000 indirects sont concernés. Par ailleurs, il y aura des compensations. A Genève, les patrons ont consenti à une nouvelle cotisation sociale de 0,22% sur les salaires qui permettra 60 millions de rentrées supplémentaires destinées à la création de places de crèches, aux transports publics et à la formation. Veut-on se priver de cela?

- N’êtes-vous pas en train de peindre le diable sur la muraille?

- Non, car il n’existe pas de plan «B». Aucun élu censé assurer des prestations à la population ne s’amuse à réduire les taux d’imposition par pur plaisir. L’enjeu est de supprimer les statuts spéciaux pour respecter des standards fiscaux internationaux tout en maintenant nos emplois. A Genève, les multinationales paieront 20% d’impôts en plus qu’avec le statut spécial actuellement en vigueur. Ce sont principalement les PME faisant du bénéfice qui profiteront de la réforme.


Lire aussi: Tiraillé, le PS genevois préfère attendre le résultat fédéral de la RIE III

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