Genève s'emballe et se mobilise pour donner vie aux quartiers de la Praille et de la Jonction, qui se jouxtent. Alors que le Conseil d'Etat vient de lancer un ambitieux projet de pôle lémanique de recherche en neurosciences et de musée Guggenheim à la pointe de la Jonction (LT du 27.11.2008), le monde politique n'entend pas rester inactif. Et fait valoir ses idées pour le site: une motion soutenue par les deux camps a été déposée pour réclamer 1000 logements d'utilité publique dans le cadre du projet Praille-Acacias-Vernets. De son côté, le PDC veut créer une cité de l'innovation et du savoir dans le périmètre de 230 hectares, avec 2000 logements étudiants et des bâtiments pour l'Université et la Haute Ecole spécialisée. Entretien avec l'élu Guillaume Barazzone, coauteur de deux projets de loi sur le sujet.

Le Temps: Le Conseil d'Etat veut créer un pôle d'excellence scientifique et culturel à la pointe de la Jonction, et le PDC envisage un campus universitaire dans le même périmètre. L'un des deux projets n'est-il pas de trop?

Guillaume Barazzone: Pas du tout. Nous soutenons le projet du Conseil d'Etat, qui constitue un bon début. Mais le nôtre est plus large, puisqu'il ne se limite ni à la seule pointe de la Jonction, ni à la promotion de la recherche sur le cerveau. Nous proposons de créer sur le site Praille-Acacias-Vernets-Jonction une cité de l'innovation et du savoir dans divers domaines, en plus des neurosciences: la finance, la négociation, le droit et l'arbitrage par exemple. Au monde académique de les définir. Par ailleurs, alors que le gouvernement propose 200 logements étudiants, ce qui paraît ridicule, nous en imaginons 2000 pour les étudiants et le personnel enseignant, en plus de ceux qu'a prévus le Conseil d'Etat.

- Comment imaginez-vous cette cité du savoir?

- Elle doit être dédiée à la formation et à l'innovation, et ouverte à la population. On y trouvera des bâtiments de l'Université de Genève et de la HES, actuellement disséminée sur une trentaine de sites, pour créer une véritable collaboration entre les deux institutions, et mettre fin une bonne fois pour toutes à la discrimination vis-à-vis de la HES. J'imagine également des infrastructures sportives, avec des salles de gymnastique et un stade en plein air. Le site doit se muer en incubateur d'entreprises: si tout le monde est sur le même site, cela créera de l'innovation. La mobilité doit par ailleurs être exemplaire, structurée autour de la liaison ferroviaire CEVA. Il faut des espaces verts, de belles places pour que le quartier vive. Evitons d'aménager des barres d'immeubles et de parquer les entreprises dans des enclos. Pour que cela fonctionne, il faut que les gens qui travaillent ou étudient dans le quartier puissent dormir sur place. C'est pourquoi nous militons pour un ratio de un logement pour un emploi.

- Tout cela est ambitieux, mais qui va financer le projet?

- Le PDC propose la création d'une fondation de droit public pour gérer la future cité. Elle serait constituée de représentants de l'Etat, de l'Université, des HES et de l'économie. Elle disposerait d'un droit de superficie, les murs étant sa propriété. Ses donataires bénéficieraient d'exonérations fiscales pour élargir le capital de base fourni par l'Etat. Comme le Conseil d'Etat avec son projet pour la pointe de la Jonction, nous misons sur le partenariat public-privé.

- Depuis la présentation gouvernementale, en mai 2007, du masterplan de la Praille, rien ne semble bouger. Quels sont les ingrédients de la réussite d'un tel projet?

- Jusqu'à présent, on a beaucoup parlé du contenant, et pas du contenu. Pour rassurer la population et l'enthousiasmer, il faut lui démontrer qu'il ne s'agit pas uniquement de couler du béton. Il faut informer les gens, prendre contact avec les communes concernées et commencer à communiquer sur ce que l'on veut mettre dans le quartier. J'espère que les autres partis politiques nous rejoindront sur cette volonté de faire de la formation une priorité, car c'est là que réside l'avenir de Genève. Quand on parle de mixité sociale, il ne s'agit pas seulement de mélanger riches et pauvres, mais aussi entreprises et étudiants.