20 ans du «Temps»

Guillaume Barazzone rappelle aux jeunes que «voter est un privilège» 

Mobilité, abstentionnisme, médias ou encore engagement citoyen: le conseiller administratif et conseiller national genevois a répondu durant plus d’une heure et demie aux questions de cinq apprentis de 16 à 28 ans

Parler politique avec de jeunes adultes, se confronter à leurs points de vue, leurs envies, leurs interrogations: le conseiller administratif et conseiller national genevois Guillaume Barazzone s’est essayé à l’exercice. Mardi soir, l’élu PDC a rencontré cinq apprentis de 16 à 28 ans dans les locaux du Temps.

A l’occasion de ses 20 ans, le journal a décidé de réunir des jeunes et des élus pour sonder le dynamisme de la démocratie suisse. Autour de la table ce jour-là, Aurore Buff et Rania Goumaz, laborantines en chimie, Pétronille Neyroud, assistante médicale, Benjamin Orange, assistant en soins et santé communautaire, et Raphaël Serrano, apprenti réalisateur en publicité.

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Avez-vous encore envie de changer le monde? A cette question existentielle, point de réponse unique. Pour les jeunes apprentis, il importe avant tout de travailler à l’échelle humaine. «J’essaie de réaliser, jour après jour, des petits changements dans mon environnement direct», précise Raphaël. Une approche micro-locale qui peut s’opposer au niveau global de la politique. Faux, rétorque Guillaume Barazzone, qui revendique les deux leviers d’action. «Il y a des décisions très concrètes, un trottoir rehaussé ou un arbre planté, qui peuvent changer la vie des habitants.»

«Petits détails du quotidien»

Mais au fond, où commence la politique, ce domaine souvent jugé opaque ou trop complexe? «Dans les petits détails du quotidien, affirme l’élu. Le tri des déchets, le manque de pistes cyclables, les cafés trop chers. Parfois, on parle de politique sans même le savoir.» Refusant l’image des élites déconnectées des réalités et donc de la population, Guillaume Barazzone revendique une vie «comme M. et Mme Tout-le-Monde».

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Il n’empêche, des citoyens ont dû se rendre aux urnes pour qu’il soit élu. Or, en Suisse, le taux d’abstention reste très important chez les jeunes. Lors des dernières votations fédérales de septembre, seuls 27% des 18-39 ans se sont exprimés. Autour de la table, le malaise est perceptible. Certains avouent ne «pas voter énormément», par paresse, par manque de temps, voire par manque d'intérêt. «Si le sujet touche mon quotidien, je m’y intéresse plus facilement», confie Raphaël. Aurore, elle, ne vote que si le sujet «revient sans arrêt dans les conversations». Seul Benjamin affirme voter systématiquement: «Si le sujet me dépasse, comme pour RIE III, je vote blanc.»

Un brin dépité, Guillaume Barazzone réaffirme avec fougue: «Il y a des pays où la population n’a pas le droit de s’exprimer, rappelle l’élu, il faut prendre conscience du privilège qui nous est donné de pouvoir influencer la politique. Chaque bulletin compte, certaines votations ont été acceptées à 50 voix près.»

«Le temps politique est lent»

Il n’empêche, que répond-il aux jeunes qui votent mais n’ont pas l’impression de voir de résultats? «Le temps politique est lent, rappelle l’élu. Surtout en Suisse, où le pouvoir est morcelé, diffus. Mettre en œuvre une vision politique ne peut pas se faire seul, ce qui explique la lenteur des mécanismes et la potentielle frustration des citoyens.»

Au-delà des partis politiques, comment envisagent-ils l’engagement citoyen? Membre de l’association SOS Méditerranée, Benjamin salue l’initiative de Guillaume Barazzone qui, accompagné d’autres politiciens, a demandé au Conseil fédéral d’offrir un pavillon humanitaire au bateau de sauvetage de migrants Aquarius. «J’avoue avoir été surpris qu’un homme de droite s’engage pour cette cause», confie-t-il.

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Le clivage droite-gauche est-il donc dépassé? «Les deux ont tendance à se rapprocher», estime Aurore. «Pour moi, la gauche est écologiste, la droite plutôt raciste», lance spontanément Pétronille. «Il faudrait plutôt parler de conservateurs et de progressistes, estime Guillaume Barazzone, le spectre politique va de la droite humaniste à la droite xénophobe. Quant à la question environnementale, elle devrait transcender les partis.»

Congé paternité ou AVS?

Politique de la famille, mobilité, nouvelles technologies, les politiciens s’intéressent-ils assez aux préoccupations des jeunes? Autour de la table, tout le monde ou presque a le permis, mais personne ne possède de voiture. Les sourires s’élargissent quand Guillaume Barazzone réaffirme l’importance de développer la mobilité douce au centre-ville de Genève. «Durant longtemps, on a refusé de faire des choix, déplore l’élu. La voie verte, le CEVA auraient dû être réalisés il y a des années.»

La discussion s’anime, les sujets s’enchaînent à bâtons rompus. Entre un congé paternité et un sauvetage de l’AVS, difficile de choisir. «Le congé paternité devrait être instauré parce que la vision de la femme au foyer est clairement dépassée, estime Aurore, en même temps, on voit que la retraite inquiète déjà nos parents, nos proches.»

«Dilemme éthique»

Pour s’informer, les apprentis consultent plus volontiers leur téléphone portable qu’un journal papier. «J’ai deux applications mobiles, BFMTV et le New York Times, confie Aurore, je m’arrête aux articles gratuits.» Pour tous les intervenants, le coût des médias reste un obstacle. «On fait face à un dilemme éthique, reconnaît Benjamin. On voudrait une information à la fois de qualité et gratuite.»

A la sortie du cycle, les profs ne vantaient que le collège. On ne m’a donné aucune information sur les voies alternatives, j’ai dû me renseigner, faire des essais pour trouver le domaine qui m’intéressait vraiment

Rania, apprentie laborantine en chimie

Tantôt encensé, tantôt dévalorisé, l’apprentissage est-il assez promu en Suisse? «Je lutte quotidiennement contre les vieux réflexes élitistes qui considèrent l’apprentissage comme une impasse», déclare Guillaume Barazzone. Pourtant, les places restent limitées dans certains domaines. «J’ai dû attendre un an pour trouver une place d’assistante médicale», témoigne Pétronille. «A la sortie du cycle, les profs ne vantaient que le collège, déplore Rania. On ne m’a donné aucune information sur les voies alternatives, j’ai dû me renseigner, faire des essais pour trouver le domaine qui m’intéressait vraiment.»

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