Le Temps: Le bas prix de l’électricité est selon vous la source des mauvaises habitudes des citoyens suisses.

Guy Gaudard: Pas seulement des Suisses, partout en Europe. Le prix du kilowattheure est trop bon marché, on a appris à le gaspiller. Les énergies ont trop souvent été méprisées, il était normal d’arriver chez soi, d’allumer toutes les lumières, de chauffer à 23 degrés et de payer tout ce confort à des prix dérisoires. C’est l’utilisation que nous faisons de l’énergie depuis une dizaine d’années. Nous payons 25 centimes 1000 watts pendant une heure. Une ampoule de 40 watts fonctionnant durant une heure coûte environ 0,6 centime. Aujourd’hui, face au risque de pénurie annoncé, nous cherchons des nouvelles sources d’énergie alors que nous en avons en suffisance.

Par quels moyens mettre un terme à cette consommation excessive?

Avec une taxe par exemple: augmentons le prix du kilowatt depuis un seuil de consommation excessif. Posons des limiteurs de courant chez chaque abonné, cela se faisait il y a une trentaine d’années: dès que l’abonné dépasse 20 ampères, le disjoncteur se déclenche, ce qui permet à l’abonné de choisir quel appareil débrancher. On pourrait encore diminuer l’introduction de courant de chaque immeuble de 10%, et surtout, arrêtons de croire que les véhicules électriques et les pompes à chaleur résoudront tous nos problèmes.

Une proposition de taxe, venant d’un PLR, ce n’est pas tous les jours…

Si l’on part du principe qu’un couple avec deux enfants dépense 4000 kw, dès que cette puissance est dépassée, on taxe davantage le prix de l’électricité. Avec cet argent, on renforce le réseau, on change les canalisations ou on vient en aide aux plus démunis. Je crois vraiment qu’il est de notre responsabilité, à nous, politiciens, de rassurer la population en lui donnant des solutions concrètes et non avec des propos inutilement alarmistes. Je n’ai pas l’impression qu’une pénurie guette. Avec de simples gestes citoyens, nous pouvons arriver à compenser.

On a perdu le bon sens?

Oui, on peut retrouver des réflexes qui ne diminuent pas pour autant trop notre confort. Dans la cuisine, on allume en même temps une cuisinière et une machine à café à 16 ampères. Si l’on veut lancer une machine à laver, on permute. Mais où l’on marche surtout sur la tête, c’est dans le tout électrique: dans un locatif, si 30 utilisateurs branchent leur véhicule électrique, on n’aura jamais assez de puissance. Vous imaginez qu’on lance des centrales à mazout pour produire de l’électricité pour alimenter des véhicules électriques la place des véhicules thermiques?

Est-ce que les annonces des différentes institutions politiques sont pertinentes?

La ville de Lausanne a décidé d’alléger les contraintes administratives pour la pose des photovoltaïques, c’est une très bonne chose. L’augmentation du prix du kilowattheure est fixée à 25%, soit 25% de 25 centimes, cela ne représente pas des coûts exorbitants. Au niveau cantonal, je suis certain qu’un huitième conseiller d’Etat chargé de l’Energie, durant une durée limitée de deux ans, aurait sa place dans notre exécutif.