Cela a tout d’un lancement de campagne. Lundi, le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), l’Union patronale et l’Union syndicale se sont réunis pour défendre la libre circulation des personnes ainsi que les mesures antidumping qui l’accompagnent. Le motif était la présentation du 15e rapport annuel sur la main-d’œuvre en provenance des Etats de l’UE. Mais il y a une autre raison: dans moins d’un an, tous se serreront les coudes pour combattre l’initiative dite de «limitation» lancée par l’UDC.

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Cette mobilisation vise aussi à dissiper tout doute à propos de l’importance que le monde politique et économique accorde à cet instrument d’échange de main-d’œuvre. Celui-ci constitue la colonne vertébrale des relations entre la Suisse et ses voisins et contribue à la prospérité de la Suisse en lui donnant accès de manière peu bureaucratique aux forces de travail dont elle a besoin.

Par son initiative, l’UDC réclame son abandon pur et simple. Et cette même UDC espère peser d’un poids plus grand sur les décisions du gouvernement. Depuis le début de l’année, elle détient, avec Ueli Maurer aux Finances et Guy Parmelin à l’Economie, les clés de deux départements phares. Or, l’envie de faire souffler sur la politique du Ministère de l’économie un peu plus de vent conservateur est désormais perceptible. Elle ne vient pas du Seco. La secrétaire d’Etat, Marie-Gabrielle Ineichen, a été catégorique à ce sujet lundi. Elle provient vraisemblablement de l’entourage immédiat de Guy Parmelin: ses deux conseillers personnels ont tous deux exercé par le passé la fonction de secrétaire général de l’UDC suisse.

Dans les grandes centrales économiques et syndicales, on s’en émeut. On a tendance à faire davantage confiance à Karin Keller-Sutter qu’au Vaudois et l’on redoute que les intérêts de l’agriculture priment dorénavant ceux des secteurs secondaire et tertiaire. Or, il faut rappeler que la libre circulation des personnes profite aussi au secteur primaire. Elle a même dans ce terreau une partie de ses racines. Avant la libre circulation, les exploitants agricoles engageaient des saisonniers, dont le statut, socialement indigne et administrativement lourd, était source d’abus. Y revenir, comme le préconise, l’UDC n’est pas envisageable. Ce message, le chef du Département de l’économie doit le délivrer haut et fort.