Alors que le Grison Heinz Brand réfléchit encore à sa candidature, Guy Parmelin, 56 ans, s'est officiellement lancé vendredi à Montreux. Le Vaudois se présente comme le candidat de l'Arc lémanique et promet de porter «vigoureusement» les idées de l'UDC dans les discussions du Conseil fédéral. «Il faut un débat d'idées parfois rude pour faire avancer les dossiers», dit-il. Il revient sur ses motivations et son évolution politique.

Vous aviez renoncé au Conseil d’État vaudois après le décès de Jean-Claude Mermoud en disant notamment que vous ne vous sentiez pas homme d'exécutif. Puis, en 2011, vous n'êtes pas allé jusqu'au bout d'une possible candidature pour le Conseil fédéral. Vous avez acquis la réputation du cheval qui se cabre devant l'obstacle. Pourquoi vous lancez-vous aujourd'hui?

Lorsque j'ai renoncé au gouvernement vaudois, j'ai expliqué que je privilégiais les dossiers fédéraux et que j'étais plus utile à mon canton à Berne. Il n'était pas dans mon intention de dévaloriser la fonction de conseiller d’État. En 2011, je ne me suis pas cabré devant l'obstacle. C'était une décision démocratique du groupe parlementaire, qui avait préféré la candidature de Jean-François Rime.

Ne craignez-vous pas d'être l'alibi romand dans la campagne à venir?

Non. Je n'ai pas ce sentiment. J'ai montré que je savais travailler dans l'intérêt du pays tout entier. Je juge légitime qu'une région telle que l'Arc lémanique, qui contribue à la solidarité nationale par la péréquation financière, soit représentée au Conseil fédéral. Ce n'est plus le cas depuis le départ de Micheline Calmy-Rey. Mais je suis aussi sensible aux besoins des autres régions. Je soutiens par exemple le deuxième tunnel routier au Gothard. On ne peut pas couper l'oxygène au Tessin pendant trois ans.

La Suisse orientale n'est-elle pas davantage légitimée à revendiquer le siège d'Eveline Widmer-Schlumpf?

J'espère que la Suisse orientale présentera un candidat. En fin de compte, c'est le groupe parlementaire, puis les 246 membres des Chambres fédérales qui décideront.

Oskar Freysinger, qui est aussi candidat, estime avoir deux avantages sur vous: l'expérience d'un Exécutif et celle de l'allemand.

Je n'ai pas siégé dans un Exécutif, mais j'ai présidé une section cantonale. Je peux vous assurer que ce n'est pas une tâche de tout repos. Alain Berset non plus n'avait jamais été membre d'un Exécutif. Pour la langue, je ne peux pas contester qu'Oskar Freysinger maîtrise le dialecte alémanique. Ce n'est pas mon cas. Mais je me fais comprendre lorsque je parle allemand en commission, même par les collègues les plus moins sensibles à ce que disent les Romands.

Le rating des parlementaires montre que, depuis votre arrivée en 2003 et 2015, vous avez glissé à droite, passant de la note 5,8 à la note 7,2 sur l'échelle gauche-droite. Est-ce le contact de Christoph Blocher qui vous a influencé?

C'est vrai que j'ai durci mes positions. C'est davantage le contact de la réalité que celui de Christoph Blocher. Prenons la réforme des retraites: nous n'avons pas les moyens de financer le projet qu'on essaie de nous vendre actuellement. Il va étrangler l'économie et baisser le pouvoir d'achat de nos concitoyens. Il faut être dur face à de tels dérapages.

Que reste-t-il en vous du terrien agrarien qui faisait la spécificité de l'ancienne UDC vaudoise?

J'ai toujours été le défenseur d'une politique agricole de production et je suis sensible aux éléments de protection de l'environnement. Mais la politique agricole des années 2014 à 2017 a franchi pour moi un cap malheureux. On le voit avec ce qui se passe dans les secteurs laitier et céréalier. On incite aujourd'hui des jeunes très bien formés à cesser la production agricole alors que notre tâche première est de nourrir la population.

Si vous êtes élu, quel département aimeriez-vous diriger?

Par ma fonction à la commission de la sécurité sociale et de la santé, j'ai un intérêt tout particulier pour celui de l'Intérieur, occupé actuellement par Alain Berset. Je m'intéresse aussi à l'énergie, aux infrastructures, à la sécurité. La tradition veut que le gouvernement procède à un tour de table et que le petit dernier prenne ce qu'on veut bien lui laisser.