Guy Parmelin promet d’aller écouter les Suissesses et les Suisses pour comprendre les enjeux de la pandémie sur le terrain.

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Le Temps: Le millésime 2021 sera-t-il meilleur que la mauvaise piquette de 2020?

Guy Parmelin: L’arrivée des vaccins est une première lueur à l’intérieur du tunnel. Elle permet d’espérer d’en voir bientôt le bout. Les six premiers mois de 2021 seront sans doute encore difficiles. J’espère qu’on pourra progressivement lever les restrictions. Les instruments d’aide sont là. Le Conseil fédéral les complétera si nécessaire. Comme ancien vigneron, j’observe que les années impaires sont traditionnellement de bonnes années dans la viticulture. Je suis donc modérément optimiste.

Dans quel état d’esprit abordez-vous cette année présidentielle?

C’est un grand défi. Le président doit s’efforcer de maintenir la cohésion du pays. Celle-ci est parfois mise à mal par des différences de perception. Ce fut le cas cette année avec la crise: les cantons n’ont pas tous pris les mêmes mesures et ne comprenaient pas toujours celles qui étaient décidées par leurs voisins.

Simonetta Sommaruga a été en quelque sorte la mère de la nation, qu’elle a tenté de rassurer dans les moments les plus délicats. Jouerez-vous ce même rôle?

Sans prétendre être le père de la nation, il appartient au président d’expliquer à la population la portée et le pourquoi des décisions parfois sévères prises en temps de crise. Je le ferai lorsque ce sera nécessaire, d’entente avec mes collègues bien évidemment.

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Vous avez annoncé que vous iriez rencontrer toutes les Suissesses et tous les Suisses dans toutes les régions du pays. Concrètement?

Je me rendrai dans la mesure du possible dans les quatre régions linguistiques pour rencontrer la population et les autorités afin de me rendre compte des problèmes pratiques. Nous sommes en train de finaliser la législation sur les «cas de rigueur». Ce sont les cantons qui sont chargés de la mettre en œuvre et nous savons que ce n’est pas simple: certains rencontrent davantage de difficultés que d’autres. Je souhaite en parler avec les gens qui sont sur le terrain.

Qui rencontrerez-vous? Le personnel soignant, des hôteliers, des restaurateurs?

Je suis déjà allé dans le canton du Jura pour m’entretenir avec des dirigeants d’entreprises tournées vers l’exportation. J’ai aussi pu rencontrer des représentants de professions qui sont passées entre les mailles des filets des aides déployées durant l’année. Lorsqu’une coiffeuse ou la patronne d’un restaurant vous explique les conséquences de l’interdiction de travailler, l’émotion est forte. Ces entretiens ont été révélateurs pour moi. Ces personnes ont eu le sentiment qu’on les prenait au sérieux.

Justement, quel message le ministre de l’Economie adresse-t-il à toutes celles et à tous ceux qui n’ont plus pu travailler?

Le Conseil fédéral a annoncé le 18 décembre qu’il examinerait un nouveau paquet d’aides pour renforcer le dispositif. Il ne s’agit pas de créer de nouveaux instruments, mais de s’appuyer sur ceux qui existent et ont fait leurs preuves: le chômage partiel (RHT), l’assurance pour perte de gain (APG), les crédits covid – une deuxième tranche n’est pas prioritaire pour le moment –, les aides pour les «cas de rigueur». Nous devons adapter ces dernières. Au départ, elles étaient destinées aux secteurs qui n’avaient pas profité des premières mesures, comme les forains et la branche du voyage. Elles doivent désormais englober ceux qui, malgré tout ce qui a été entrepris, rencontrent de graves difficultés.

Le mécanisme de distribution de ces aides n’est-il pas trop lent et compliqué?

Dans le cadre des travaux menés avec sept cantons pilotes, nous nous sommes aperçus que le mécanisme était trop complexe dans certains cas. Un canton doit par exemple modifier sa Constitution pour accorder ces aides. Nous avons dû trouver une solution pragmatique. Il appartient aux cantons de faire parvenir l’argent aux destinataires qui en ont besoin et qui y ont droit. Nous voulons flexibiliser certaines règles. Mais il ne faut pas oublier que le Contrôle fédéral des finances et la Délégation parlementaire des finances veillent au grain: ils veulent s’assurer qu’il n’y a pas d’abus avec l’argent des contribuables.

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Comprenez-vous les forains et les restaurateurs, qui n’ont pas pu faire les marchés de Noël ou ont dû fermer leur établissement et jugent le versement de ces soutiens financiers trop lent?

Oui, mais je rappelle que l’ordonnance est entrée en vigueur le 1er décembre. Nous avons dû faire pression sur les cantons pour les convaincre de ne pas attendre davantage. C’est maintenant à eux de jouer. Certains d’entre eux versent d’ailleurs déjà de l’argent.

Certains sont blessés d’être qualifiés de «cas de rigueur» alors qu’ils ne font que défendre leur droit de travailler et de gagner leur vie.

Je peux comprendre ces sentiments. Cette expression est venue du constat que certains secteurs n’étaient pas couverts par les RHT, les APG et les crédits covid. Il fallait trouver des solutions spécifiques pour eux. C’est le résultat qui compte: l’argent doit arriver à destination.

La crise va se prolonger en 2021. La casse économique et sociale sera importante. Quel est votre plan d’action?

Nous devons faire en sorte que les conditions économiques soient favorables au moment de la reprise. L’industrie d’exportation, qui rapporte un franc sur deux à notre économie, ne pourra relever la tête que si les échanges avec les autres pays sont de nouveau possibles. Nous ne sommes donc pas seuls à décider. Par ailleurs, nous investissons 28 milliards en quatre ans dans la formation, la recherche et l’innovation. Nous avons mis sur pied un programme d’impulsion de 130 millions pour les années 2021-2022 qui permettra de réduire en partie les coûts de recherche et développement des PME. D’ici à 2024, 226 millions seront mis à disposition. Nous comptons aussi simplifier les charges administratives.

Il y aura de la casse dans la restauration et l’hôtellerie. Ne faudrait-il pas un plan spécifique pour ce secteur?

Nous devons bien sûr éviter qu’une branche entière ne disparaisse. Le parlement a déjà libéré plus de 40 millions pour le tourisme et il y a des possibilités de soutien via la politique régionale. Une récente étude a démontré qu’il y avait eu nettement moins de faillites en 2020 que les années précédentes. Cela apporte de l’eau au moulin de ceux qui nous reprochent d’avoir libéré trop d’argent et ainsi maintenu des modèles économiques qui auraient de toute façon dû être adaptés. Tout cycle économique implique des transformations sectorielles. La branche de la restauration a fait preuve d’un dynamisme remarquable pour s’adapter à la situation. Pour d’autres, ce sera peut-être plus difficile.

Pensez-vous sincèrement que les restaurateurs et les hôteliers, par exemple dans les villes, où ils dépendent des congrès et des salons, peuvent entendre ce discours?

Il s’agit de définir les infrastructures touristiques adéquates qui doivent être préservées et soutenues. Une réflexion est engagée à ce sujet. Les cantons y sont associés. Pour le cas que vous évoquez, ceux de Genève, de Zurich, de Lucerne et de Berne y travaillent.

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Moins de faillites en 2020, dites-vous. Mais n’y en aura-t-il pas davantage en 2021, après la deuxième vague, qui risque d’être bien plus dévastatrice?

Il est possible que les aides ne suffisent pas à sauver tout le monde dans les secteurs qui étaient déjà affaiblis avant la crise. Mais il y a une très forte hétérogénéité à l’intérieur même des branches économiques. Dans la gastronomie et l’hôtellerie, certains établissements souffrent moins que d’autres.

La Confédération a mis 38 milliards de francs sur la table en 2020 et 2021 pour combattre la crise, crédits covid non compris. Est-ce que cela vous fait mal, à vous qui appartenez à un parti attaché à la rigueur budgétaire?

Rigueur budgétaire ne veut pas dire rigidité budgétaire. Le Conseil fédéral a considéré que l’inaction était plus dommageable que l’action. La situation de la dette est meilleure en Suisse que dans d’autres pays. Elle nous permet d’investir dans l’avenir, pour la formation, la recherche, les nouvelles technologies, la numérisation, les PME. Mais cela ne nous autorise pas à faire n’importe quoi. La dette doit bien être épongée un jour. Et il ne serait pas correct de reporter tout le fardeau sur les générations suivantes.

Quel sera votre programme international en 2021, si vous pouvez en prévoir un?

Il est difficile de faire des prévisions, en tout cas pour le premier semestre. Regardez ce qui m’est arrivé en décembre: j’ai passé moins de quarante-huit heures à Londres pour signer un accord et je me suis retrouvé en quarantaine. J’espère néanmoins me rendre à Vienne comme le veut la tradition, mais la date est incertaine. Et j’aimerais participer au meeting de printemps de la Banque mondiale à Washington et en profiter pour nouer des contacts avec l’administration Biden. Mais je ne sais pas si ce sera possible. J’aimerais aussi reprendre les missions économiques et scientifiques dès que possible. J’envisage un tel voyage en Afrique du Sud.

Il n’y aura pas de WEF en Suisse en 2021. N’est-ce pas dommageable pour la Suisse, qui profite de ce rendez-vous pour renforcer ses relations internationales?

Ces contacts directs vont nous manquer, c’est vrai. Mais le WEF a annoncé que le forum reviendrait à Davos en janvier 2022. Le Conseil fédéral définira en temps voulu sa stratégie pour le WEF 2021, qui aura lieu à Singapour. Ce sera évidemment très différent en raison de la distance.

Quelle est l’importance des accords de libre-échange (ALE) dans le contexte actuel?

Elle est plus grande que jamais. Nous avons assisté à un retour du protectionnisme dans plusieurs grands pays, la situation est bloquée à l’OMC. Il faudra voir comment l’administration Biden se positionnera. Notre stratégie consiste à développer les ALE. Celui avec l’Indonésie est extrêmement important. Ce pays est un partenaire de haut niveau. C’est le premier accord de nouvelle génération, avec un volet contraignant en matière de durabilité et de droit des travailleurs. Il servira de modèle pour d’autres. La votation de mars permettra de dédiaboliser le libre-échange.

Quitte à faire des sacrifices sur l’importation d’huile de palme?

Nous avons été très transparents. La protection des cultures oléagineuses en Suisse a été prise en compte. L’Union suisse des paysans soutient l’accord, tout comme certaines ONG. Et nous avons déjà publié l’ordonnance qui définit les conditions strictes donnant droit à une réduction des taxes douanières pour les produits importés d’Indonésie.

Serez-vous, vous, l’élu de l’UDC, l’homme qui portera l’accord-cadre institutionnel sur les fonts baptismaux?

Je ne suis pas prophète. Les discussions doivent s’engager au niveau des négociateurs. Puis le Conseil fédéral en fera le bilan. Comme président, j’aurai des contacts suivis avec la présidence de la Commission européenne. Je connais déjà Ursula von der Leyen, qui a été, en même temps que moi, ministre de la Défense. Mais l’UE est très occupée par la pandémie et par le Brexit.

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