Election

Guy Parmelin, l’anomalie romande au Conseil fédéral

Les parlementaires romands ont fait bloc pour faire élire l’UDC vaudois. Mais son profil n’est pas celui qui reflète le mieux les aspirations des Romands. Cela devient un élément de la campagne pour la succession de Didier Burkhalter

Avant Guy Parmelin, tous les conseillers fédéraux vaudois étaient issus du Parti radical-démocratique, devenu Parti libéral-radical en 2009. Ils ont été 14, et il convient de rappeler que le socialiste Pierre Graber, qui fut syndic de Lausanne, fut élu sous la bannière de son canton d’origine, Neuchâtel. Aujourd’hui, les libéraux-radicaux vaudois rêvent de faire leur retour au sein de l’exécutif fédéral, dont ils sont absents depuis le départ de Jean-Pascal Delamuraz en 1998. Isabelle Moret est officiellement candidate. Et l’on saura d’ici à jeudi si Jacqueline de Quattro, dont les intentions restent confuses, l’accompagnera dans cette aventure électorale.

Seulement voilà: il y a déjà un Vaudois dans la maison fédérale. C’est un ancien agriculteur-viticulteur et il est membre de l’UDC, qui n’est un parti gouvernemental dans aucun canton romand et dont le seul conseiller d’Etat francophone est le représentant du Jura bernois au Conseil exécutif de Berne, Pierre-Alain Schnegg.

De nombreux Romands se reconnaissent davantage dans le profil d’une Isabelle Moret ou d’un Pierre Maudet que dans celui de Guy Parmelin, dont l’estime repose essentiellement sur la sympathie qu’il inspire à tout le monde. Les cantons romands ont d’ailleurs toujours été représentés au Conseil fédéral par des élus de leurs trois principaux partis, le PLR, le PDC et le PS. «Il serait en effet plus logique que le PLR occupe un siège romand au Conseil fédéral plutôt que l’UDC», observe l’historien Olivier Meuwly. «L’UDC n’est pas un parti gouvernemental dans notre canton», enchaîne un membre du PLR vaudois.

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«Une élection légitime»

Cette situation est due en bonne partie aux élus fédéraux romands eux-mêmes. En 2015, ils avaient fait bloc pour torpiller la stratégie de Christoph Blocher, qui consistait à faire illusion avec deux candidatures d’accompagnement – celles du léguiste tessinois Norman Gobbi et de Guy Parmelin – pour obtenir l’élection de son poulain zougois Thomas Aeschi. Avec succès: Guy Parmelin s’est retrouvé conseiller fédéral. Les Romands ont alors applaudi.

Nourrissent-ils aujourd’hui des regrets d’avoir propulsé un UDC au risque de compromettre les chances d’un PLR de la Métropole lémanique? «L’élection de Guy Parmelin est totalement légitime», répond le conseiller national Olivier Feller (PLR/VD). «De fait, il bloque toutefois les candidats de la Métropole lémanique aux yeux des Alémaniques, qui auront de la peine à admettre la présence d’un second représentant de cette région. Isabelle Moret tout comme Pierre Maudet devront redoubler d’efforts pour atteindre leur but», reprend-il cependant.

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Formellement, il n’y a pas d’obstacle. La présence de deux conseillers fédéraux du même canton est devenue possible avec la révision constitutionnelle de 1999. Les deux plus grands, Zurich et Berne, en ont déjà profité, le premier d’abord avec Moritz Leuenberger et Christoph Blocher (2003-2007) puis avec Moritz Leuenberger et Ueli Maurer (2008-2010), le second avec Simonetta Sommaruga et Johann Schneider-Ammann, tous deux élus en 2010.

Juridiquement, rien n’empêcherait donc Isabelle Moret de côtoyer Guy Parmelin au Conseil fédéral. «Par son poids démographique, Vaud est le troisième canton derrière Berne et Zurich, qui ont déjà eu deux élus simultanément», rappelle Olivier Feller.

«Il me déçoit en bien»

Dans les faits, c’est plus compliqué. Guy Parmelin risque effectivement de constituer un obstacle sur la route d’Isabelle Moret, voire de Pierre Maudet. Seul canton italophone (hormis une petite partie des Grisons), le Tessin revendique le droit d’occuper le siège libéré par Didier Burkhalter, puisqu’il y a déjà deux autres Romands au gouvernement.

Avec Ignazio Cassis, il présente un candidat expérimenté. Ce dernier pourra compter sur les voix de tous ceux qui refuseront d’accorder un second siège au canton de Vaud, voire à la Métropole lémanique. Sans que ce soit un élément majeur, Olivier Meuwly admet que la présence de Guy Parmelin est peut-être devenue un «élément» de la campagne.

La vert’libérale Isabelle Chevalley n’y voit pas de problème. «Guy Parmelin me déçoit en bien, comme disent les Vaudois. Il est plus dynamique qu’Ueli Maurer à la tête de la Défense. Il ose des choses qui bousculent l’establishment. La présence de deux Vaudois n’est plus un sujet de discussion. Je peux donc très bien imaginer qu’Isabelle Moret soit élue en plus de Guy Parmelin. C’est une grande bosseuse, elle a de bons atouts, l’effet femme jouera en sa faveur. Pierre Maudet est plus désavantagé qu’elle», analyse-t-elle. Le parlement tranchera le 20 septembre.

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