Conseil fédéral

Guy Parmelin à l’épreuve de l’huile de palme

Le nouveau ministre de l’Economie favorisera-t-il le libre-échange ou écoutera-t-il plutôt les revendications du monde agricole?

A qui Guy Parmelin, futur ministre de l’Economie, dira-t-il «I feel at home», ou plutôt «Je me sens à la maison»? Lorsqu’il se trouvait en compagnie d’industriels, Johann Schneider-Ammann avait l’habitude de lâcher cette petite phrase, montrant ainsi qu’il était resté l’un des leurs et défendait leurs intérêts.

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Son successeur vient, lui, du milieu agricole et viticole. Et ce monde dont il est issu s’est réjoui lundi de son accession à la tête du Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR). Les organisations paysannes espèrent que le nouveau ministre sera à leur écoute et saura «trouver la voie – étroite – permettant de concilier les intérêts de l’économie d’exportation et ceux tout aussi légitimes de l’agriculture», selon le souhait formulé par Prométerre.

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Importance de l’accès aux marchés

Cette remarque résume le dilemme auquel Guy Parmelin sera confronté: «Il devra choisir entre le libre-échange et le protectionnisme agricole», confirment plusieurs élus. Dans l’industrie, on espère qu’il privilégiera la première approche. Alors que les relations avec l’UE, premier partenaire commercial de la Suisse, sont tendues, l’accès aux marchés étrangers revêt une importance accrue.

Johann Schneider-Ammann a consacré une bonne partie de son temps à ouvrir les marchés internationaux aux entreprises suisses. Ses missions économiques ont été prisées. Elles sont souvent liées à la négociation d’accords de libre-échange: Mercosur, Indonésie, Malaisie, Etats-Unis figurent parmi les priorités.

Producteurs suisses inquiets

Le traité de libre-échange entre l’AELE et l’Indonésie, qui sera signé mardi à Djakarta, sera d’ailleurs un test important à cause de l’huile de palme. Ce produit fait peur aux producteurs suisses d’huiles végétales, notamment de colza. Le parlement a déjà tiré la sonnette d’alarme. Dans un premier temps, le Conseil national a demandé que l’huile de palme soit exclue des accords économiques.

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Le Conseil des Etats a ensuite modéré cette position: il demande que l’on n’accorde «aucune concession pour l’huile de palme qui réduise la production suisse d’oléagineux». Le texte signé la semaine prochaine fait écho à cette revendication: il prévoit une diminution des droits de douane sur ce produit, mais ce rabais doit être «supportable» et «contingenté afin de ne pas compromettre la production indigène d’huiles végétales».

L’UDC mal notée

Une fois signé, l’accord AELE-Indonésie sera soumis aux Chambres fédérales pour approbation et c’est Guy Parmelin qui devra le défendre. «La lutte contre l’huile de palme est une revendication importante du parlement. Cela peut être un problème de pactiser avec l’Indonésie», avertit le conseiller national Dominique de Buman (PDC/FR), membre de la Commission de l’économie.

Guy Parmelin sait qu’il est attendu au contour. En 2015, dernière année de son activité parlementaire, lui et son parti avaient reçu de mauvaises notes de la part du magazine Bilanz, qui avait évalué la sensibilité économique des élus fédéraux. L’UDC était le parti le plus mal noté et Guy Parmelin occupait le 131e rang sur 170 classés.

Cette semaine, la Handelszeitung a repris l’enquête et conclu que la désignation du Vaudois à la tête du DEFR n’était pas «idéale», pointant du doigt son peu d’intérêt pour la digitalisation, son «manque de flair» pour la formation et la recherche, sa trop grande proximité du monde agricole et sa politique étrangère trop restrictive – en 2014, Guy Parmelin avait soutenu l’initiative de l’UDC contre l’immigration de masse, un «virage blochérien» que les milieux économiques n’ont pas oublié.

Motivation peu claire

La méfiance vient aussi de sa motivation peu claire pour la reprise du DEFR. Lundi, s’exprimant sur son transfert, Guy Parmelin, que son parti a incité à changer de ministère et qui a eu l’appui d’Ignazio Cassis, a présenté son bilan à la tête de la Défense, mais il a fallu les questions des journalistes pour qu’il dise ce qui l’attirait à l’Economie. Il a alors évoqué les dossiers agricoles, la formation duale et les contacts qu’il a eus avec les EPF dans le cadre de la cybersécurité. «Il n’a pas une grande expérience dans le domaine de la formation et de la recherche», regrette le chef du groupe socialiste, Roger Nordmann.

«L’économie, ce n’est pas uniquement l’agriculture et l’artisanat. Que fera-t-il pour défendre les intérêts de nos exportateurs à l’étranger? Il n’incarne pas une Suisse dynamique à la pointe de l’innovation», résume un leader de l’économie romande. Vice-président du PLR, Christian Lüscher, qui le connaît bien, lui accorde cependant le bénéfice du doute. «C’est une personne enthousiaste, il a le contact facile avec les gens et sait prendre des décisions. Je n’ai aucune raison de penser qu’il ne va pas nous décevoir en bien, comme on dit dans son canton», relativise le Genevois.

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