Le ton n’est pas inhabituel, c’est la cible de l’attaque qui surprend. L’UDC a fustigé jeudi après-midi la décision du Conseil fédéral de prolonger jusqu’en 2020 la mission de la Swisscoy au sein de la KFOR (Kosovo force multinationale) mise en oeuvre par l’OTAN. Or c’est son ministre, Guy Parmelin, qui en a fait la proposition.

Le gouvernement a suivi le projet du Vaudois de maintenir la présence de soldats suisses dans ce petit pays des Balkans, tout en réduisant progressivement le contingent de 235 militaires maximum aujourd’hui à 190 en octobre 2019 et 165 en décembre 2020. Une réduction qui fait écho à celle de la KFOR dans son ensemble et se traduira par la fermeture de certains sites. Le Conseil fédéral estime néanmoins que cet engagement continue à contribuer à l’un de ses objectifs: la promotion de la paix.

Une «profonde erreur»

La réaction n’a pas tardé. Allergique à tout engagement international de l’armée suisse qu’elle juge contraire à la neutralité, l’UDC a envoyé un communiqué de presse assassin contre la décision du Conseil fédéral. Le parti aurait souhaité que son ministre propose à ses collègues de mettre fin à cette mission, au pire qu’il s’assure que cette prolongation pour la Swisscoy soit la dernière. Son attaque est frontale: «La poursuite de cette aventure militaire sans fin et d’une utilité douteuse au Kosovo est une erreur profonde».

Le malaise est d’autant plus grand que, selon le Tages-Anzeiger, le prédécesseur de Guy Parmelin à la tête de la Défense, Ueli Maurer, a combattu son collègue UDC en présentant un co-rapport en séance du Conseil fédéral. Il proposait de désengager progressivement la Swisscoy du Kosovo jusqu’à fin 2019. Exprimée par différents parlementaires lors de l’élection de Guy Parmelin en décembre dernier, la crainte que l’UDC ne lâche peu à peu son conseiller fédéral vaudois, dont la ligne n’est pas calquée à 100% sur celle de son parti, a trouvé une première concrétisation.

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L’UDC n’en restera d’ailleurs pas à l’attaque verbale. Elle indique vouloir intervenir dans les commissions de politique de sécurité des deux chambres et aux plénums contre le prolongement de la mission de la Swisscoy, qui coûte environ 40 millions de francs par année pris sur le budget de la défense. «Les ressources ainsi libérées devront être investies directement dans la sécurité de notre pays et de sa population», écrit-elle.

L’UDC n’est toutefois pas seule à se montrer critique envers la présence de la Swisscoy au Kosovo. Après 17 ans d’activités, ses jours paraissent de toute manière comptés. Le Conseil fédéral a ainsi chargé Guy Parmelin d’établir un rapport sur la possibilité de transformer l’engagement militaire suisse en engagement civil. Il devra s’exécuter jusqu’à la fin 2018.