Mardi 12 janvier 2021 en fin de journée: le ministre de l’Economie envoie un co-rapport on ne peut plus sévère quant aux mesures de durcissement sanitaire prônées par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Selon ce document vert frappé du sceau confidentiel, «on cède à la panique, les hôpitaux ne sont pas débordés et toute mesure supplémentaire est inutile».

Mercredi 13 janvier à 15h: le président de la Confédération explique le retour à un «semi-confinement light» décidé par le Conseil fédéral et prononce ces mots chargés d’une émotion non feinte: «La souffrance est partout: dans les familles qui ont perdu un être cher, chez les malades, les entrepreneurs, les restaurateurs, les artistes et les indépendants en général qui voient parfois les efforts de toute une vie ruinés par la pandémie.»

Est-ce vraiment le même homme? Guy Parmelin dans toute son ambiguïté, tantôt en conseiller fédéral UDC, tantôt en père de la nation demandant à la population un effort de solidarité collective, en espérant que ce soit le dernier.

Le Conseil fédéral suit Berset

Dans les milieux économiques, on ne cache pas que les décisions du Conseil fédéral ont constitué «une douche froide», même si celles-ci ont pour elles une certaine logique: «En l’occurrence, on ne peut pas reprocher au Conseil fédéral de faire preuve de proactivité au lieu de réactivité», relève la responsable romande d’Economiesuisse Cristina Gaggini.

Il n’empêche. Ce gouvernement, unanime à soutenir Alain Berset à l’exception d’Ueli Maurer, penche clairement à droite avec ses deux membres UDC et ses deux PLR. Comment a-t-il pu ignorer les prises de position de l’Union patronale suisse (UPS) et de l’USAM lui enjoignant de ne pas fermer les magasins non essentiels et de renoncer à vouloir généraliser le télétravail dans les entreprises?

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Pour ce qui est des deux PLR, cela peut encore s’expliquer. Karin Keller-Sutter et le ministre de la Santé Alain Berset forment un binôme solide qui les amène à faire parfois exploser le cadre de leurs convictions partisanes. Quant à Ignazio Cassis, il a été médecin cantonal au Tessin dans une vie antérieure, ce qu’il rappelle volontiers dans les interviews: «J’ai géré trois épidémies en étant au front.»

«Un homme pragmatique, de bonne foi»

Et l’on en revient à Guy Parmelin, qui, lui, s’est souvenu qu’il avait été arbitre de football, puis un politicien de la santé toujours soucieux de compromis constructifs dans son mandat de conseiller national de 2003 à 2015. Durant la séance du 13 janvier, il a surpris plusieurs collègues en endossant le costume du président de la Confédération. Lors de la conférence de presse, il a même complété certaines réponses d’Alain Berset, comme le faisait Simonetta Sommaruga l’an passé.

Sous la Coupole, tous les élus soulignent aujourd’hui sa collégialité, même le vice-président du groupe UDC Michaël Buffat, dont le parti a pourtant fustigé les décisions du Conseil fédéral. «Guy Parmelin fait son boulot au plus près de sa conscience, lui qui doit toujours faire une pesée d’intérêts entre la santé et l’économie. Je l’ai trouvé profondément sincère lorsqu’il a parlé des gens qui souffraient.»

Bien qu’à l’autre bout de l’échiquier politique, la conseillère aux Etats Elisabeth Baume-Schneider (PS/JU) ne peut qu’acquiescer sur ce plan. «C’est un homme pragmatique, de bonne foi, qui tente de trouver des solutions de manière collégiale.»

Un «manque d’esprit d’initiative»

A gauche, tout le monde observe, en ethnologue ou en psy, les débuts à la présidence de la Confédération d’un UDC eurosceptique qui devra entre autres faire aboutir de nouvelles négociations avec l’UE sur l’accord-cadre. De quoi devenir schizophrène! «Il y a un gros décalage entre l’UDC qui prône une ligne très dure et son conseiller fédéral empathique qui montre une envie de bien faire», note encore l’ancienne ministre jurassienne.

Le chef du groupe du PS Roger Nordmann (VD) regrette pour sa part son manque de leadership. «Guy Parmelin est collégial, mais il a peu d’esprit d’initiative. Il n’arrive pas à donner une direction politique à son administration.» Une allusion bien sûr à «cet Etat dans l’Etat» qu’est le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco). «Le Seco a toujours voulu minimiser les aides aux branches touchées par le coronavirus parce qu’il est persuadé que le marché va épurer les canards boiteux qui étaient déjà mal en point avant la crise», déplore Roger Nordmann.

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Loin des discours technocratiques

Quel président Guy Parmelin sera-t-il? Il a fait mentir plusieurs de ses détracteurs ce mercredi. «Par son franc-parler accessible à tous et très loin des discours technocratiques, il rassure la population», constate Cristina Gaggini. Reste à savoir s’il saura s’imposer dans des dossiers chauds comme l’Europe ou l’agriculture face aux défis écologiques.

En Suisse alémanique, les médias qui ont brossé son portrait craignent le pire, le qualifiant de «gentil», pour ne pas dire «insignifiant». Mais Guy Parmelin a toujours su garder une certaine indépendance d’esprit par rapport à son parti. Il l’a prouvé en automne dernier en combattant l’initiative de l’UDC visant à résilier la libre circulation des personnes. Face à la crise du coronavirus, il a dû apprendre à jouer les équilibristes.