Guy Parmelin est pessimiste quant à la sécurité en Suisse. Le nombre de recrues baisse alors que les menaces sont de plus en plus présentes en Europe. Le conseiller fédéral s’en est inquiété lors d’une conférence tenue au Club de la presse (CSP) devant un public clairsemé d’une dizaine de personnes.

Situation géopolitique critique

«Jusqu’à maintenant, notre pays a été épargné, mais cela ne va peut dire que ça va durer éternellement», s’alarme-t-il. Le ministre voudrait que les Suisses se préoccupent un peu plus de la sécurité nationale. Guy Parmelin est clair: la communauté internationale est en péril et il serait illusoire de penser que l’îlot neutre qu’est la Suisse puisse échapper éternellement aux dangers. La menace n’est plus militaire au sens strict du terme. Elle s’est complexifiée et donne lieu à des risques qu’il qualifie «d’hétérogènes»: dangers naturels, brutales ruptures d’approvisionnement énergétique, pandémies, criminalité aux relents extrémistes, tentatives de déstabilisations numériques… Autant de nouvelles menaces qui pourraient toucher le pays.

DEVA: pour une armée adaptée

C’est ce contexte qui explique l’entrée en vigueur prochaine de DEVA (démarche de développement de l’armée suisse). Cette réforme entrera en vigueur dès le 1er janvier 2018. Elle est censée adapter l’armée aux risques potentiels: «Personne ne peut prédire l’avenir, même pas la défense. D’où DEVA, qui doit intégrer les risques hybrides.» Le conseiller fédéral veut une armée polyvalente et moderne, capable de s’adapter, plutôt qu’une armée traditionnelle qui attendrait et subirait les événements. La démarche s’articule donc sur quatre points centraux: une amélioration notable de la disponibilité, de l’équipement et de la formation des cadres et un ancrage régional renforcé.

Lire aussi:  Guy Parmelin, chef déterminé ou angoissé?

Service de milice obsolète?

Les conditions-cadres de cette réforme s’appuient également sur la complémentarité entre service obligatoire et système de milice, pourtant considéré par certains comme obsolète. Mais Guy Parmelin n’en démord pas; selon lui, le modèle suisse basé sur l’engagement citoyen est parfaitement adapté. Il susciterait l’admiration et la curiosité des nations voisines. Il correspond aux dimensions du pays, au modèle de société helvétique et aux ambitions suisses en matière de sécurité.

Redonner envie

Pour Guy Parmelin, trop de jeunes se soustraient à leurs obligations militaires, n’y voyant là qu’une contrainte. Le département souhaite donc redonner de l’attractivité à ce service en insistant par exemple sur les responsabilités qu’il permet de développer. Stages et cours préparatoires, ou encore renforcement du leadership, tels sont les mots d’ordre du chef de la Défense.

Plus important encore, le conseiller fédéral explique qu’aujourd’hui les universitaires et les étudiants des hautes écoles sont nombreux à éviter l’armée pour terminer leur formation supérieure. Il leur promet que la Défense va s’adapter et leur permettre de concilier les deux.

Responsabilités civiques

Durant la conférence, Guy Parmelin a également rappelé aux jeunes Suisses de prendre leurs responsabilités: «C’est une démonstration de bon sens et de responsabilité civique. Une société qui tolère des facilités à ce niveau-là est une société qui tolère les inégalités, puisque certains sont appelés à assumer des tâches dans l’intérêt général alors que d’autres se défilent sous prétexte qu’elles seraient trop pénibles ou trop dangereuses, voire sans intérêt pour eux.» La réforme DEVA doit donc venir à bout de cette «dérive» pour des questions de crédibilité et de maintien des effectifs. Mais également d’équité: c’est à l’ensemble des jeunes hommes de se mettre au service du pays.