Guy Parmelin tranche la tête d’un vieux serpent de mer hérité de l’ère Samuel Schmid. Il abandonne de manière définitive toute une partie du Système d’information et de conduite des Forces terrestres (FIS FT). L’acquisition de ce système électronique approuvée en 2006 par le Parlement devait permettre aux cadres de l’armée suisse de diriger les troupes depuis un écran d’ordinateur. Il aura au final coûté 700 millions de francs pour ne jamais pouvoir être utilisé entièrement à satisfaction.

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En 2006 déjà, au moment de libérer les crédits nécessaires à ce projet, seule la voix prépondérante de la présidente du Conseil national d’alors, Christine Egerszegi (PLR/AG) fait pencher un Parlement très hésitant. Le malaise ne tarde pas à enfler. En 2009, suite aux problèmes rencontrés pendant les deux premières étapes du projet, le DDPS renonce à mettre en oeuvre la troisième étape de développement du FIS. Commencent alors des travaux de vérification.

Impossible à utiliser en déplacement

En 2012, un rapport du Département fédéral de la défense (DDPS) avoue que l’achat du système ne s’est pas déroulé de manière optimale. Et on ne parle pas d’un problème anodin: le système de communication qui devait être à la pointe de la modernité ne peut «pratiquement pas être utilisé en engagement mobile», concède le département. «Les différents systèmes ne peuvent pas être mis en réseau à ce jour sauf s’ils sont connectés à un réseau de télécommunication fixe depuis un emplacement fixe». En d’autres termes, impossible pour l’armée lors d’engagements mobiles, d’une voiture à un hélicoptère par exemple, d’utiliser ce réseau sécurisé pour communiquer.

Le rapport de 2012 rédigé sous la houlette d’Ueli Maurer, tout en reconnaissant des erreurs, conclut toutefois sur une note d’espoir: après l’acquisition de nouveaux appareils de télécommunication, mais pas avant 2018, l’objectif initial, soit l’engagement mobile, pourrait être atteint.

C’est cet espoir-là que Guy Parmelin douche aujourd’hui. Même les postes de radio militaires les plus récents n’offrent toujours pas une bande passante suffisante pour faire fonctionner le système en engagement mobile, explique aujourd’hui le DDPS. Et aucune solution satisfaisante n’est en vue. Le conseiller fédéral vaudois stoppe les frais. Il en aura coûté 125 millions de francs pour arriver à cette conclusion depuis le rapport de 2012.

Le système FIS FT continuera d’être utilisé pour communiquer d’un emplacement fixe à un autre lors de la sécurisation de grands événements. C’était le cas lors de l’inauguration du tunnel de base du Gothard en juin dernier.

Suites politiques

Au niveau politique, bien qu’attendue, cette nouvelle décision couperet de Guy Parmelin ne va pas arranger la crise de confiance interne à l’armée après la suspension par le ministre du projet d’acquisition de défense sol-air BODLUV. Les antimilitaristes se frottent les mains. Les Verts ont réagi mardi en estimant qu’après cette «nouvelle débâcle», «l’armée doit marquer une pause afin que les problèmes liés à l’acquisition soient analysés et résolus». Dans leur viseur se trouve bien sûr l’achat d’un nouvel avion de combat.