Politique

Guy Parmelin, le verbe embrouillé 

La communication officielle du conseiller fédéral vaudois, tant sur Sion 2026 que sur l’achat d’avions de combat, s’est révélée désarçonnante. Elle interroge dans la perspective d’une votation

En politique, il n’est pas besoin d’égaler l’art oratoire de Maître Bonnant ou de disposer de la maîtrise grammaticale et orthographique de Bernard Pivot pour communiquer de manière efficace. «Les règles sont simples. Il faut avoir un langage clair, raconter une histoire qu’un enfant de 12 ans peut comprendre et y ajouter de l’émotion», résume Claudine Esseiva, spécialiste en communication politique au sein de l’agence Furrerhugi, à Berne.

Dans ce domaine, Guy Parmelin garde une marge de progression, comme deux exemples l’ont montré récemment.


En vidéo: notre montage, un brin ironique, à partir de la conférence de presse sur les avions de combat.


Coup sur coup, le ministre de la Défense et des sports a certes convaincu le Conseil fédéral de le suivre dans des aventures d’envergure: les Jeux olympiques d’hiver de Sion 2026 et l’achat de nouveaux avions de combat, deux projets qui pèsent 9 milliards de francs au total.

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Mais il s’agit désormais pour le Vaudois de rallier les élus et la population à ces propositions. Or, lors des deux conférences de presse qui ont suivi les décisions gouvernementales, les explications du ministre UDC ont quelque peu décontenancé son auditoire.

Extrait fidèle de sa présentation sur les avions de combat: «Ce qui est important dans la décision du Conseil fédéral aujourd’hui et que je tiens à relever, c’est que le Conseil fédéral est conscient et veut renouveler la protection de l’espace aérien tel qu’il est proposé et tel qu’on connaît aujourd’hui les lacunes qui sont actuellement reconnues urbi et orbi et le Conseil fédéral veut boucler ce type de lacunes.»

Des «Verpflichtungskredit»

Chantre de la transparence, Guy Parmelin se donne beaucoup de peine pour expliquer les détails de ses dossiers. Mais, sans filet, en réponse aux questions des journalistes, il s’y perd parfois et le fait d’inviter du vocabulaire technique en allemand dans ses propos n’aide pas.

Ainsi sur les besoins de l’armée: «J’ai pu lire qu’on allait avoir trop d’argent. Mesdames et messieurs, je crois qu’il faut bien connaître la mécanique des programmes d’armement: vous votez les années d’avant des crédits d’engagement, des Verpflichtungskredit. Mais à un moment donné, vous devez les payer, vous avez les crédits budgétaires. Et nous devons aussi faire extrêmement attention parce qu’il y a eu ces dernières années de gros crédits de Verpflichtungskredit. Il y a eu aussi la problématique du Gripen. Le but, c’était d’éviter des Restkredit. Maintenant, nous devons être extrêmement prudents. Paradoxalement, nous pourrions nous retrouver à un moment donné si nous n’y prenons pas garde avec un manco!»

Sur la question du calendrier: «Le Zeitplan, je ne l’ai pas aujourd’hui, mais dès que possible, parce que nous avons intérêt à avancer le plus vite possible dans ce secteur.»

Pour sa défense: la fatigue

A la décharge de Guy Parmelin, la conférence de presse sur les avions de combat s’est déroulée en début de soirée, après une longue journée de travail majoritairement en allemand.

Cela dit, lors de sa présentation sur les Jeux olympiques de Sion 2026, en début d’après-midi cette fois-ci, le conseiller fédéral a aussi fait usage d’étonnantes circonlocutions. Pourquoi le Conseil fédéral soutient-il des Jeux olympiques? «La réponse est simple: les Jeux olympiques d’hiver ne sont pas seulement un projet sportif mais c’est aussi éventuellement et même certainement un projet national.»

Ne pas prendre des pommes pour des poires

Questionné plus tard sur une étude qui met en doute les retombées économiques réelles des JO, il répond: «J’ai eu connaissance de l’étude d’Oxford. Il faut savoir de quoi on parle et il ne faut pas comparer les poires et les pommes. L’étude d’Oxford prend des projets olympiques bien avant que la ville hôte ou le pays hôte ait été désigné. Après, elle prend le résultat final des Jeux avec les coûts bouclés. Et le dérapage – cela concerne tout ce qui est budget OCOG et non OCOG – et on sait que c’est dans la partie d’investissements non OCOG qu’il y a eu tous les dérapages ces dernières années.»

Le langage crypté du Vaudois provoque des levées de sourcils dans la salle. On découvrira bien plus tard que l’acronyme OCOG désigne le Comité d’organisation des Jeux olympiques (Organizing Committee of the Olympic Games).

Le verbe embrouillé de Guy Parmelin ne doit pas faire oublier son grand atout. Le conseiller fédéral maîtrise au moins l’une des clés de la communication: il est authentique. «C’est un énorme avantage. Et peu importe son accent, c’est même très charmant», glisse Claudine Esseiva. Mais si les francophones comprennent le sens de ses interventions, pour ses interlocuteurs alémaniques, il est parfois difficile de distinguer clairement le propos. Et cela a pour conséquence de mettre en doute directement les compétences de l’UDC vaudois.

De fausses nouvelles par maladresse

Contrairement à l’usage qui veut que chacun parle sa langue, un confrère bernois a ainsi posé une question à Guy Parmelin en français en conférence de presse, estimant ne pas avoir été compris. Il s’explique: «Il faut être juste avec Guy Parmelin: tous les ministres suisses disent parfois des banalités. En revanche, pour gagner une votation avec son niveau de communication, ce sera difficile.» Il n’est pas le seul à le penser.

C’est d’autant plus gênant lorsque les tournures de phrases peu claires de Guy Parmelin conduisent à une interprétation totalement erronée de ses propos. La mésaventure est arrivée en décembre dernier. Invité à l’émission Rundschau de la SRF, le ministre a répondu de manière équivoque à une question sur son envie d’envoyer les forces aériennes suisses s’entraîner au combat aux côtés des forces de l’OTAN. Peu après l’émission, Blick titrait: «Parmelin veut entraîner les F/A-18 au combat avec l’OTAN», ce qui était faux et même politiquement dangereux pour l’UDC.

L’importance de la communication sur les objets militaires

Entré au Conseil fédéral il y a moins de deux ans, Guy Parmelin a encore un potentiel de progression. Mais il a peu de temps pour en faire usage. «La communication du conseiller fédéral en charge n’est pas déterminante lors d’une votation, mais elle est très importante, surtout sur les affaires militaires, souligne Claudine Esseiva. Parce qu’on parle de grandes sommes et que personne ne s’y connaît vraiment. Le citoyen doit alors pouvoir avoir une confiance totale en la personne qui a pris les décisions.»

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S’il y a une leçon à retenir de l’échec d’Ueli Maurer à convaincre les citoyens d’acheter des avions Gripen en 2014, c’est bien celle-là: s’ils doutent, les Suisses votent non. Et on parlait alors d’un achat trois fois moins coûteux.


VERBATIM

Extraits de la conférence de presse de Guy Parmelin sur le renouvellement de la protection de l’espace aérien, le 8 novembre dernier, à Berne

«Le Conseil fédéral ne s’attend pas à ce que notre pays soit attaqué l’année prochaine. Mais que nous réserve l’avenir ces prochaines années? Les 5, 10, 20 prochaines années? Personne ne le sait.»

«Quelles sont nos options? Il n’y en a quasiment pas d’autres: renoncer à l’achat d’avions de combat et une défense sol-air ou reporter cette acquisition n’est pas une option.»

«Aujourd’hui, par sa décision, le Conseil fédéral a donné le coup d’envoi à cet aspect extrêmement important qui va nous occuper durant de nombreuses années ces prochaines années.»

«Concernant les 1,4% et le mécano de la suite. Vous partez des fameux 5 milliards et vous attribuez ce taux de 1,4% qui se cumule sur la distance et c’est ce qui vous dégage la réserve financière qui vous permet aussi de traiter d’autres aspects. Si on ne le faisait pas, on aurait à ce moment-là un problème: soit on devrait repousser très, très loin des investissements qui seront aussi indispensables des forces terrestres, du système de conduite de l’armée ou alors on n’arriverait pas à remplir les objectifs de défense de l’espace aérien, parce qu’on aurait besoin de certains systèmes terrestres, de les renouveler plus vite. Et ça, ça nous inquiète […]»

«Ça aurait pu devenir un Verteilungskampf à l’intérieur de l’armée. Ça aurait pu, je mets bien le conditionnel. Mais le projet tel qu’il existe est un projet du département, pour l’armée globale, un projet qui est porté par tout le département, en tout cas par tous mes collaborateurs proches. Naturellement, chacun souhaite avoir plus. Chacun voit midi à sa porte.»

Extraits de la conférence de presse de Guy Parmelin sur les Jeux olympiques de Sion 2026, le 18 octobre dernier, à Berne

«Le Conseil fédéral est convaincu que ces Jeux sont synonymes de progrès pour notre pays, pour notre vie commune, pour le tourisme et pour de très nombreuses choses encore.»

«De notre point de vue, il est temps d’organiser des Jeux qui soient actuels, qui collent à la réalité.»

«Pour la garantie, c’est la deuxième étape. Nous allons sécuriser ceci. Cela devra figurer dans le message mais il faut déjà que l’on créé la forme juridique et que l’on certifie.»

«Les experts estiment qu’il fallait prudemment budgéter beaucoup plus bas, parce que la Suisse c’est pas les Etats-Unis, c’est pas un grand pays qui attire j’allais dire comme les mouches sur le miel les sponsors. Il faut du travail pour convaincre les gens.»

«Le Conseil fédéral discute de tout en long, en large et en travers, mais il y a certaines choses qui restent confidentielles naturellement.»

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