Guy-Olivier Segond est décédé jeudi matin aux Hôpitaux universitaires de Genève. Ancien maire de Genève, ancien conseiller d’Etat et conseiller national, le radical a marqué la politique genevoise des années 1980 et 1990. Né en 1945, Guy-Olivier Segond a incarné, à Genève et en Suisse, l’esprit réformiste qui a présidé à la création du Parti radical par James Fazy: l’Etat comme moyen de faire progresser la société et non comme but en soi. Dernier conseiller d’Etat élu sous l’étiquette radicale, François Longchamp est vu par beaucoup comme l’héritier politique de «GOS», selon le surnom donné affectueusement au magistrat. Il a été le secrétaire général de son Département de l’action sociale et un de ses plus proches collaborateurs pendant dix ans. Il a quitté l’action publique en 2018 et se refuse depuis à commenter la vie politique [il est président d’une fondation qui sera propriétaire du Temps au 1er janvier 2021, ndlr]. La disparition de cette figure tutélaire le fait sortir de son silence.

Vivacité intellectuelle

«Guy-Olivier Segond, se rappelle François Longchamp, était un homme d’une vivacité intellectuelle hors du commun. Sa capacité d’analyse, qui a fait des merveilles en politique, est restée intacte jusqu’au bout. Il a commencé sa carrière comme conseiller juridique au Département de l’instruction publique sous André Chavanne. Il était alors lié à Henri Schmitt, conseiller d’Etat et président du Parti radical suisse entre 1968 et 1974, une époque où la formation avait une forte influence sur la politique fédérale. Guy-Olivier Segond a participé à la campagne d’Henri Schmitt en vue de son élection au Conseil fédéral, une expérience très formatrice.

En ville de Genève, il a été élu en 1979 au Conseil administratif, en succédant à Lise Girardin. Il n’avait pas d’expérience en tant que parlementaire, ce qui avait provoqué quelques remous. Il s’est rapidement illustré à la tête du petit département qui lui avait été confié et qui contenait notamment le service des parcs. Il avait eu l’idée d’ouvrir ces parcs aux jeux d’enfants. Ces lieux, qui ressemblaient alors à des musées, où il était interdit de fouler les pelouses, se sont animés et toute une vie y a pris forme. C’est lui qui a lancé un programme ambitieux de création de crèches en ville, avec Marie-France de Tassigny, une de ses proches collaboratrices.

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Guy-Olivier Segond est entré au Conseil d’Etat suite à l’élection de décembre 1989. A la tête du Département de la prévoyance sociale et de la santé publique, il a lancé la première réforme de l’aide sociale, pratiquement depuis Favon. Il est également à l’origine de la réforme hospitalière qui a mené à la création des Hôpitaux universitaires de Genève. Il a gagné, grâce à une campagne acharnée, une votation qui a permis la création des soins à domicile. Il avait compris avant tout le monde que le vieillissement de la population allait surcharger les structures hospitalières et les EMS. Ce vote était très disputé, notamment parce qu’il impliquait une hausse des impôts, la dernière votée par les Genevois.

Il faut également rappeler son action lors de la pandémie du sida, qui avait créé une situation unique sur le plan médical ainsi que sur celui de l’exclusion sociale.

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Guy-Olivier Segond s’était piqué de politique fédérale. Il avait été élu au Conseil national, lorsque les règles permettaient encore d’y siéger comme conseiller d’Etat. Il y était resté à peine deux ans et s’y était profondément ennuyé. Il faut souligner que cela coïncidait avec le début de ses problèmes de santé. Il avait tout sauf des qualités de parlementaire. C’était un homme d’exécutif pur, capable de trancher et de mettre de grandes réformes en route.

Travail acharné

Tout semblait facile à ses côtés. Mais cette facilité apparente était en réalité le résultat d’un travail acharné. Il a dû se battre beaucoup contre son propre état physique. Vivre avec une dialyse, avec une greffe du rein; il a fait preuve d’une volonté et d’une force de travail hors norme. Pour ses proches collaborateurs, la journée commençait à 7 heures et se terminait à 23 heures, six jours sur sept, voire sept jours sur sept, lorsqu’il pleuvait le dimanche. Il n’était pas rare de trouver sur son propre bureau, le lundi matin, une multitude de notes manuscrites, de son écriture serrée et très précise, pour lancer la semaine.

Guy-Olivier Segond avait une vision très précise de l’Etat, qu’il m’a enseignée. Une vision faite d’un certain nombre de symboles, une image de la fonction de magistrat, une idée précise des règles protocolaires: l’Etat comme moyen de porter des politiques marquées par le progrès. Et non pas l’Etat comme but en soi.

Fascination pour les trains

Il avait une fascination pour les chemins de fer. Le projet de créer les CFF, de percer les montagnes pour y faire passer des trains ne cessait de le fasciner. Il a reformulé cette conception du XIXe siècle aux XXe et XXIe, en réfléchissant au développement urbain et aux implications de l’évolution démographique, à l’émergence de nouvelles maladies. Tout cela avec de profondes connaissances du fonctionnement de l’Etat, dont il connaissait par cœur la mécanique.

Il est enfin le premier conseiller d’Etat à s’être réellement préoccupé de la Genève internationale, domaine qu’il aimait, qu’il comprenait et dans lequel il s’est réellement impliqué.»