Le sort des six communes du val d'Anniviers s'est donc joué à six voix près: les six votants qui ont mis un oui dans l'urne de Chandolin, pour un résultat de 37 à 31 en faveur de la fusion de Vissoie, Grimentz, Ayer, Saint-Jean, Saint-Luc et donc Chandolin. La commune d'Anniviers verra le jour en janvier 2009 et sera, malgré ses quelque 2200 habitants, la troisième la plus vaste de Suisse, en territoire, après Bagnes et Davos.

Le résultat global -981 oui contre 448 non- est qualifié par le président de Saint-Jean, Simon Crettaz, par ailleurs «président des présidents et grand artisan de la fusion», de «surprise même pour nous».

Dans un climat tendu et opaque, un non était en effet redouté à Chandolin -8% de la population- et surtout à Ayer - près de 30% -, où les rancœurs contre les tentations centralisatrices du chef-lieu géographique, Vissoie, sont aussi vives qu'ancestrales.

«Fier d'être Anniviard»

Et où l'on craignait que les investissements touristiques dans la nouvelle commune ne penchent plutôt en faveur de Grimentz, au détriment de la station de Zinal, située sur le territoire d'Ayer.

Pourtant, à 58% même, Ayer a dit oui, et son président, Georges-Alain Zuber, s'affirmait hier soir «fier d'être d'Ayer, fier d'être Anniviard», tout en confessant comprendre les doutes des 42% de votants ayant refusé le mariage: «L'être humain n'aime pas le changement.»

Simon Crettaz, de son côté, expliquait la victoire du oui par le fait que, «dans l'isoloir, les citoyens ont dû faire un vrai examen de conscience. Ils se sont posé la bonne question: «Voulons-nous rester comme nous sommes, ou voulons-nous aller de l'avant?»

A Chandolin, Walti Zuber, le seul des six présidents à s'être ouvertement prononcé contre la fusion, se disait malgré tout «déçu en bien, parce que si Chandolin avait dit non seul, on se serait retrouvé dans une situation difficile. On n'aurait pas pu rester à part.»

Pour autant, Walti Zuber entrevoit déjà quelques nuages à l'horizon de la commune unique: «Fusion signifie toujours concentration et perte d'emplois. A Chandolin, nous sommes à la périphérie de la périphérie, à 12 kilomètres du centre de la vallée, et ici, un seul emploi perdu équivaut, en proportion, à 150 emplois perdus à Sierre.»

Le succès d'Anniviers pourrait donner une nouvelle crédibilité au processus de fusion: «C'est sûr, admet Simon Crettaz, nous étions un peu dans l'œil du cyclone, et Anniviers aura montré qu'une fusion ne peut se décréter sur le papier, qu'il faut de longues fiançailles et faire d'abord la preuve qu'on peut vivre et travailler ensemble.»