Hani Ramadan se dédouane

Djihad Responsabilité niée dans la radicalisation des jeunes

Les deux jeunes Genevois partis faire le djihad en Syrie et qui fréquentaient la mosquée de Genève n’ont été radicalisés par personne ici. C’est en substance ce que prétend Hani Ramadan, président de l’Union des organisations musulmanes de Genève (UOMG), qui s’est fendu jeudi d’un communiqué.

Où l’on apprend ceci: «Les activités et les enseignements des organisations membres de l’UOMG ne comprennent aucun encouragement en faveur de Daech, mais au contraire, éclairent la jeunesse musulmane sur les égarements du prétendu Etat islamique. Elles font un travail continu afin de mettre en avant les valeurs communes et convergentes de l’islam et de la Suisse. Nous essayons de créer une atmosphère de dialogue et d’ouverture.» Mieux: Hani Ramadan renverse le fardeau de la responsabilité sur les médias et la société, coupables selon lui d’amalgames. Sous sa plume: «En outre, les accusations non fondées sur les responsables de la communauté musulmane peuvent éloigner certaines personnes des lieux de culte qui exercent leurs activités dans la transparence.»

Deux des trois imams de la mosquée de Genève sont fichés en France par les services de renseignement. Et des voix s’élèvent, au sein de la communauté musulmane elle-même, pour critiquer la gestion de cette dernière par l’Arabie saoudite. Autant de points d’achoppement sur lesquels Hani Ramadan a refusé de revenir, «n’ayant rien à ajouter au communiqué, très clair».

Ambiguïtés

Comprendre: l’UOMG, mis à part condamner les actes de Daech et compatir au malheur des familles des djihadistes, ne se sent pas concernée par la radicalisation des jeunes. «Les organisations musulmanes devraient lever les ambiguïtés pour ne pas alimenter les extrêmes, estime David Imhof, président de la Ligue musulmane genevoise pour la paix confessionnelle, laquelle a quitté l’UOMG. Malheureusement, certaines interventions de Hani Ramadan, comme celle faite après le drame du Thalys, les ont accentuées. Hani Ramadan transpose la réalité égyptienne sur le terrain suisse, ce qui me paraît dommageable.»

Et ce responsable de regretter que les associations musulmanes, «encore en chantier sur le plan de la coordination, ne mènent pas une réflexion sur la responsabilité du travail associatif pour apporter des repères aux jeunes en rupture». Au vu des positions de Hani Ramadan, les chances paraissent faibles qu’il donne cette impulsion. Et ce sera difficile de compter sur la myriade d’organisations musulmanes qui travaillent dans leurs communautés respectives sans beaucoup de moyens.

Sherif Biljali, de l’association culturelle islamique des albanais Dituria et membre de l’UOMG, confirme par exemple avoir reçu le communiqué de Hani Ramadan, mais ne peut se prononcer sur la mosquée de Genève, ne la fréquentant pas. «Dans notre communauté, personne n’ose dire ce qu’il pense pour éviter d’être pris pour un traître à l’islam, glisse une personne interrogée. Ainsi, il est difficile que la situation change.»

Président de l’Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM), Pascal Gemperli se sent peut-être plus libre de donner son point de vue: «Même si l’impli­cation de l’Arabie saoudite à la mosquée de Genève me dérange, Hani Ramadan a raison de dire que les jeunes se radicalisent sur Internet. Mais je crois aussi que cet argument est un peu court. Si la communauté musulmane ne porte pas de responsabilité dans les causes de la radicalisation, elle a un rôle à jouer pour résoudre le problème.»