Hansjörg Walter et Jean-François Rime formeront le ticket UDC pour l’élection au Conseil fédéral mercredi. Suite au retrait de Bruno Zuppiger après des accusations de détournement des fonds, le groupe UDC a désigné jeudi le président du Conseil national, âgé de 60 ans.

Egalement président de l’Union suisse des paysans, il a déjà participé à la course au Conseil fédéral. Lors de l’élection d’Ueli Maurer, il avait manqué l’élection pour une seule voix au 3e tour de scrutin le 10 décembre 2008, mais n’était pas le candidat officiel de son parti.

«La situation n’est pas la même qu’il y a trois ans», a dit M.Walter devant les médias. «Cette fois j’ai le soutien du groupe». Ce dernier le lui a accordé à l’unanimité, a déclaré son chef Caspar Baader.» A situation extraordinaire, décision extraordinaire», a déclaré le Bâlois pour commenter son choix.

L’UDC a contacté les candidats écartés lors de la primaire pour les informer de sa nouvelle stratégie. Selon M.Baader, ils se sont montrés «compréhensifs». Le conseiller aux Etats shaffhousois Hannes Germann n’était plus à disposition. Les autres concernés sont les conseillers d’Etat zougois Heinz Tännler et thurgovien Jakob Stark.

Jean-François Rime s’est dit très heureux du choix du Thurgovien: «je suis soulagé de ne pas devoir porter seul le poids de la campagne électorale jusqu’à mercredi».

Sièges PLR non menacés

Les deux candidats de l’UDC ont assuré qu’ils essaieraient de ravir le fauteuil d’Eveline Widmer-Schlumpf, mais ne s’attaqueraient pas à un siège libéral-radical. «Quand on invoque la concordance, on ne peut pas la briser soi-même», a justifié le Thurgovien, précisant avoir annoncé au groupe qu’il n’était pas à disposition pour un siège libéral-radical.

La date à laquelle il avait été contacté par le parti est restée floue. Hansjörg Walter a parlé de demandes officieuses, puis officielles sur lesquelles Caspar Baader est resté muet.

M.Walter a précisé avoir toujours été tenté par la fonction et avoir anticipé une demande de son parti. Il a évoqué une décision «mûrement réfléchie». Outre sa femme, M.Walter a consulté les conseillers nationaux Peter Spuhler et Markus Hausamann, le conseiller aux Etats Roland Eberle et Jakob Stark.

Brillamment élu

Interrogé sur ses chances pour le Conseil fédéral, le nouveau poulain des démocrates du centre a estimé que ce n’était pas la question et qu’il se battait pour une cause. Si le Thurgovien entre au gouvernement, il devra céder la présidence du National à laquelle il a été brillamment élu lundi, obtenant le meilleur résultat depuis 1959.

En attendant, la séance d’élection du Conseil fédéral sera menée mercredi par le président du Conseil des Etats Hans Altherr (PLR/ AR). Il a accepté la demande de Hansjörg Walter en ce sens.

Les partis réservés

PS et PBD exceptés, les partis soulignent la finesse avec laquelle l’UDC s’est sortie d’une situation difficile avec son nouveau candidat pour le Conseil fédéral. Mais même en misant sur Hansjörg Walter, le parti n’a guère de chance de ravir un second siège.

Le PS considère que la situation n’a pas changé. Si avec son nouveau ticket, l’UDC décide d’attaquer le siège libéral-radical, le parti organisera des auditions, a indiqué Thomas Christen, secrétaire général du PS. On ne se dirige cependant pas vers ce scénario vu que les deux candidats UDC ont assuré devant les médias qu’ils n’attaqueraient pas un siège PLR.

Ce sont la gauche et le centre qui sont maintenant sous pression, a déclaré à l’ats le président du PLR Fulvio Pelli, rappelant qu’il y a trois ans, ces partis avaient apporté leurs voix à M.Walter face à Ueli Maurer. Pour le libéral-radical, l’UDC devrait pouvoir rétablir la concordance avec un candidat comme Hansjörg Walter qu’il apprécie personnellement beaucoup.

«Je pense qu’il a de très bonnes chances d’être élu», a précisé Fulvio Pelli. Et d’ajouter que le groupe libéral-radical va encore auditionner le nouveau candidat.

Les partis du centre sont quant à eux peu loquaces. Ni le PDC, ni le PBD n’ont tenu à commenter la nouvelle donne de l’UDC. Ces deux partis militent toujours pour le statu quo et ont annoncé qu’ils n’auditionneraient pas les candidats UDC. «Tactiquement bien joué»

Le président du PDC Christophe Darbellay a cependant reconnu que l’UDC a «tactiquement bien joué». Cette candidature, qui préserve le siège libéral-radical, va clairement affaiblir Eveline Widmer- Schlumpf, estime-t-il, rappelant que Hansjörg Walter est un homme apprécié au Parlement, modéré et capable de dialoguer avec tous les partis.

Les Verts ont salué eux aussi un très bon coup qui a des chances de succès. Cette nomination est «intelligente et fine», a indiqué Ueli Leuenberger, président des Verts. Le Genevois voit toutefois une autre issue: si Hansjörg Walter se présente contre le libéral- radical Johann Schneider-Ammann, il a de bonnes chances de l’emporter.

Selon Ueli Leuenberger, cette candidature va provoquer de grandes discussions au sein des groupes parlementaires, compte tenu de ce qui s’est passé il y a trois ans. Le Thurgovien avait failli être élu à la place de Ueli Maurer grâce au soutien d’une partie de la gauche et du centre.