Hansjörg Walter? Un colosse qui doit accuser un bon quintal sur la balance. Un géant qui «pèse» aussi trente hectares de prairies et de cultures (céréales, colza, betterave sucrière, maïs), 57 arbres fruitiers ainsi que 35 vaches laitières. Cet important producteur exploite un domaine familial situé à 470 mètres d’altitude à Wängi, un petit village de la campagne thurgovienne. Et il préside l’influente Union suisse des paysans (USP) depuis onze ans, fonction qu’il compte de toute façon remettre l’année prochaine.

Au Conseil national, il siégea d’abord à la Commission des finances, puis, dès 2004, à la Commission de l’économie et des redevances (CER). La première est celle qui fixe le budget et notamment le montant des paiements directs. La seconde est celle qui définit la politique agricole.

Il est difficile de trouver homme plus solidement ancré dans la terre que Hansjörg Walter. Mais il est tout aussi difficile d’attribuer à cet important agriculteur d’autres centres d’intérêts que la défense du dossier qui le concerne professionnellement. C’est là à la fois sa force et sa faiblesse à la veille de l’élection de mercredi.

Son enracinement paysan présente un double avantage. Premièrement, le lobby agricole reste fort aux Chambres fédérales. Le groupe parlementaire agricole réunit trente élus UDC, libéraux-radicaux et démocrates-chrétiens ainsi que le chef du groupe parlementaire bourgeois-démocratique, Hansjörg Hassler (GR), et la Verte bâloise Maya Graf. Ce groupe thématique interpartis représente ainsi 12% de tous les élus fédéraux alors que le secteur primaire n’occupe que 4% de la population active.

Lundi, le groupe parlementaire agricole a précisément auditionné les quatre candidats socialistes et UDC à l’élection de mercredi. Hansjörg Walter a joué sur du velours par rapport à Jean-François Rime, Alain Berset et Pierre-Yves Maillard. «C’est pour cela que nous lui avons demandé comment il comptait sortir du dossier purement agricole. Il a déclaré qu’il avait l’intention de s’entourer d’autres personnes afin de prendre des décisions fondées et argumentées. C’est une personne ouverte et consensuelle», témoigne Jacques Bourgeois (PLR/FR), directeur de l’USP dont Hansjörg Walter est le président. Au terme de l’audition, le Thurgovien s’est dit confiant. «Je pourrai sans doute compter sur le soutien de plusieurs paysans démocrates-chrétiens et c’est important», a-t-il commenté.

Au volant de son tracteur

Mais cet ancrage terrien est aussi sa faiblesse, car on peine à lui trouver d’autres centres d’intérêts que ceux du monde dont il vient. Interrogés, des membres de la CER sont incapables de citer d’éventuelles interventions de Hansjörg Walter dans d’autres dossiers que l’agriculture.

Il reste ainsi l’homme d’un seul dossier, ce qui est assez limité pour exercer une fonction telle que celle de conseiller fédéral, glisse un parlementaire d’un autre parti. Tout au plus lui attribue-t-on une curiosité pour les questions militaires, puisque Hansjörg Walter est major et a effectué sa carrière militaire dans les troupes blindées.

Les Latins du parlement s’étonnent également de ses importantes carences linguistiques. Ce handicap devrait le priver de voix romandes. Mais il peut compenser ses défauts par d’autres qualités. A commencer par sa provenance géographique. Hansjörg Walter vient de l’extrémité est de la Suisse. Il pourra compter sur l’appui des élus de cette région, qu’ils soient thurgoviens, saint-gallois ou appenzellois. Et il passe pour une personne très sympathique, conviviale et fiable.

On relève encore que Hansjörg Walter n’est pas un UDC pur et dur. Il sait se démarquer de la ligne officielle lorsque des décisions politiques peuvent avoir des effets concrets sur le secteur primaire ou la Suisse orientale. Il ne remet pas en question le principe de la libre circulation des personnes, mais admet que la Suisse devrait rediscuter la clause de sauvegarde avec l’UE. «Il soutient la libre circulation, mais il se refait une virginité auprès de son parti en s’opposant à l’accord de libre-échange agricole», commente un élu.

Il soutient aussi le développement des crèches et la promotion des énergies renouvelables. Mais il n’est pas téméraire au point de passer outre aux mots d’ordre de l’UDC. Au Conseil national, il est très rare qu’il adopte une position différente de son parti, même sur ces questions-là. C’est ce qui fait dire que, derrière sa carapace et son imposante moustache, il reste un homme fragile et hésitant. Ne disait-il pas à la NZZ, avant son élection à la présidence du Conseil national, qu’il n’envisageait pas de se porter candidat pour le Conseil fédéral, car «il faut connaître ses limites»? Or, jeudi, au moment d’entrer en scène, il changeait d’argument et affirmait qu’il aimait «diriger et conduire», ajoutant que la fonction de conseiller fédéral l’«avait toujours attiré».

A 60 ans, Hansjörg Walter reste ainsi un homme de la terre. Un homme qui a besoin de se ressourcer dans sa Thurgovie natale. Auprès de son épouse Madeleine, qui s’occupe de la gestion administrative du domaine, et de ses trois enfants. Mais aussi au volant de son tracteur. «Le paysage idyllique de Wängi m’offre le délassement et la distance nécessaire par rapport à Berne», confiait-il voici une semaine à l’ATS. Il n’était pas encore le candidat de sauvetage de l’UDC.