Christiane Brunner est en train de réussir le parcours parfait. A deux mois du congrès de Lugano, son élection à la présidence du Parti socialiste suisse (PS) est pratiquement assurée et, sauf accident, elle formera un triumvirat présidentiel avec les deux personnalités qu'elle voulait, Christine Goll et Hans-Jürg Fehr (Le Temps du 9 août). Comme la Genevoise s'entend également à merveille avec le chef du groupe parlementaire, Franco Cavalli, le PS semble en bonne voie pour surmonter les conflits internes suicidaires qui avaient marqué l'ère Koch. Une inconnue de taille concerne encore le poste clé de secrétaire général du parti, où Christiane Brunner n'a pas réussi à maintenir comme elle l'aurait souhaité Jean-François Steiert, trop connoté anti-Koch.

Grosse surprise

Si pas grand monde n'avait songé spontanément à Christine Goll pour la vice-présidence après la démission d'Ursula Koch en avril, ce choix paraît logique a posteriori (lire ci-contre). En revanche, le nom de Hans-Jürg Fehr, 52 ans, est une grosse surprise. Hormis à Schaffhouse où il est une personnalité incontournable de la vie publique, cet historien de formation est largement inconnu en Suisse, d'un côté comme de l'autre de la Sarine. Au point d'ailleurs que Le Temps s'était trompé de photo la première fois qu'il avait évoqué son nom dans ses colonnes début juin.

Esprit vif et doté d'une grande capacité d'analyse, Hans-Jürg Fehr est un brillant orateur. «Ce n'est toutefois pas un harangueur de foule. Son propos est toujours très réfléchi, structuré et clair. Certains disent trop théorique et intellectuel, ce qui peut le faire paraître réservé voire froid de prime abord», précise Anita Meier, secrétaire du PS schaffhousois. Il rappellerait un peu à cet égard le président de l'Union syndicale suisse, Paul Rechsteiner.

Lui-même avoue qu'il n'avait pas songé spontanément à se présenter à la vice-présidence du PS jusqu'à ce qu'il soit approché par Christiane Brunner, qu'il ne connaissait pas personnellement. La Genevoise s'est apparemment laissé convaincre de ses mérites par son amie schaffhousoise Ursula Hafner, l'ancienne cheffe du groupe socialiste au parlement fédéral. «J'ai rencontré Christiane Brunner et Christine Goll deux ou trois fois. J'ai pu constater que la chimie personnelle jouait, de même qu'avec Franco Cavalli. En outre, nous sommes politiquement à peu près sur la même longueur d'onde. Enfin, on m'a assuré que les vice-présidents ne seraient pas de simples remplaçants de la présidente mais disposeraient de compétences claires», explique-t-il.

Où situer politiquement Hans-Jürg Fehr? A coup sûr bien à gauche. Auprès de la droite de son canton, il a longtemps passé pour un socialiste «dogmatique». Au fil du temps, il serait toutefois devenu plus «pragmatique», aussi du fait de son expérience de chef d'entreprise (il a dirigé la rédaction de la Schaffhauser AZ et en est toujours le président). Lui-même trouve peu pertinente la distinction interne entre courants «moderniste» et «conservateur» au PS. «Le PS est et doit rester le parti de gauche des réformes. Sur 90% des sujets, nous sommes tous d'accord. Citez-moi un thème à part la conception du service public où nous ayons de grosses divergences», fait-il valoir. A ses yeux, le PS doit réussir à nouveau à occuper le terrain médiatique aussi sur des thèmes où il n'est pas divisé, de l'AVS à la réduction des dépenses militaires en passant par la réforme du financement de l'assurance maladie. Il ne cache pas à cet égard son admiration pour le «génie» que déployait en son temps Peter Bodenmann en la matière. Après la crise interne des dernières années, insiste Hans-Jürg Fehr, il faut recréer une «culture politique au PS où les gens se mettent à nouveau au service du parti et non de leur ego. Le parti ambitionne d'être le parti de la cohésion; il doit l'être aussi au niveau interne».

Français à aiguiser

Hans-Jürg Fehr ne juge pas comme un gros handicap d'être un nouveau venu sous la Coupole (il a été élu au National l'an dernier). «Les thèmes de politique fédérale me sont familiers. En revanche, il faut que j'aiguise mon français», concède-t-il.