Deux milliards de francs par an, uniquement pour l'armement, c'est trop; un milliard en temps normal, c'est assez, déclare au Temps le conseiller aux Etats Hans-Rudolf Merz (rad./AR). Membre de la commission de la politique de sécurité, prochain président de la commission des finances, l'Appenzellois est un parlementaire respecté. Autrement dit, il a du pouvoir. Ses propos remettent sèchement en cause une planification du Département fédéral de la défense (DDPS). Les vues de Hans-Rudolf Merz s'inscrivent dans une nouvelle appréhension des questions de défense. Les attentats du 11 septembre ont été, chez de nombreux parlementaires de droite, un électrochoc. Les conseillers aux Etats Fritz Schiesser (rad./GL) et Pierre Paupe (PDC/JU), pour ne citer qu'eux, semblent partager le point de vue de Hans-Rudolf Merz. Mais tous, à droite, ne pensent pas ainsi. Le sénateur Bruno Frick (PDC/SZ) estime qu'il faut s'en tenir à la ligne des 2 milliards de francs par an pour l'armement.

Le Temps: Une planification des dépenses d'armement établie par le DDPS prévoit un budget de 30 milliards de francs jusqu'aux environs de 2015, soit 2 milliards par an. Etes-vous d'accord avec ce plan?

Hans-Rudolf Merz: Il faut oublier cette planification. Elle ne tient plus. Quant à la somme proprement dite, 30 milliards de francs, peut-être ne faut-il pas y renoncer. Ce qui compte, c'est d'adapter les achats aux besoins. Il n'en reste pas moins qu'on ne peut plus, désormais, étant donné le niveau de la menace conventionnelle, très bas, dépasser le seuil psychologique d'un milliard par an consacré aux dépenses d'armement. Bien sûr, il pourra y avoir des exceptions, je pense à la modernisation ou au renouvellement de la flotte aérienne, ou encore, à la participation de la Suisse à une défense antimissile. Mais si ces dépenses s'annoncent très élevées, elles seront ponctuelles et sans doute faudra-t-il, à l'avenir, et pour plusieurs types d'armement, songer à coopérer avec des pays partenaires pour limiter les coûts.

– Le DDPS a arrêté pour le début des années 2000 un budget militaire annuel de 4,3 milliards de francs, soit 2 milliards pour les équipements et 2,3 milliards pour le fonctionnement. Si les coûts d'armement ne dépassent pas un milliard par an, cela signifie que le budget militaire s'élèvera à 3,3 milliards environ.

– Encore une fois, la planification des 30 milliards sur quinze ans ne résiste pas à l'analyse de la menace réelle.

– Le Conseil des Etats vient d'adopter un programme d'armement 2001 de 980 millions de francs, critiqué par la gauche et une partie de la droite en raison de son déphasage, paraît-il, avec les menaces actuelles.

– J'ai voté ce programme, qui me semble au contraire répondre aux besoins de l'armée. Prenons l'exemple des munitions dites intelligentes, décriées par certains. Leur achat s'inscrit dans une logique de professionnalisation partielle de l'armée, où il sera nécessaire de pouvoir compter sur des soldats très bien formés pour servir les armes de haute technologie.

– Le programme d'armement 2002 ressemblera-t-il à celui de 2001?

– Non. La commission de la politique de sécurité du Conseil des Etats a demandé à M. Schmid, et elle a été entendue, de faire en sorte que le prochain programme tienne compte davantage des menaces actuelles. En ce sens, nous plaidons pour que l'armée acquière des équipements de type antiémeute. En effet, l'armée est assez souvent mise à contribution pour la garde de bâtiments sensibles, en Suisse même. Sans doute faudra-t-il l'équiper de véhicules et de protections personnelles adaptés à ce genre de mission. Ce n'est là qu'un exemple d'une nouvelle articulation des dépenses. Les attentats du 11 septembre nous ont naturellement fait réfléchir.

– Faudrait-il renoncer à inscrire au programme 2002 une deuxième tranche de chars de grenadiers? L'achat de la première avait coûté près d'un milliard de francs et suscité une intense polémique.

– La première tranche de 186 véhicules suffit à équiper une brigade blindée. La seconde brigade blindée, qui prendra place dans la réforme Armée XXI, pourrait se satisfaire de M-113 modernisés.

– La Suisse a-t-elle besoin d'un avion de transport de troupes?

– Oui, et j'aurais souhaité que cet avion figure déjà au programme 2001. Mais ses buts de missions doivent être mieux définis pour que nous sachions quel modèle acheter: un quadrimoteur seul, un quadrimoteur et un bimoteur, ou un bimoteur seul.

– La Suisse devrait-elle s'intéresser à l'avion de transport de troupes européen, l'Airbus A400M?

– C'est une piste de coopération qui mérite d'être explorée.