Une heure et trente-six minutes de suspense. Jusqu’à la toute fin du discours iconoclaste de Mouammar Kadhafi, mercredi à l’ONU, le Conseil fédéral ne savait pas si le leader libyen appellerait ou non les Nations unies à démembrer la Suisse. Le colonel n’a pas mis sa menace à exécution. Et du coup, la voie était ouverte pour tâcher d’organiser une rencontre bilatérale, en marge de l’Assemblée générale qui se tient actuellement à New York.

La rencontre, dont la perspective avait soulevé des attentes pratiquement sans précédent, a finalement eu lieu mercredi soir à la représentation diplomatique libyenne, et a duré quarante minutes. Elle a été «assez chaleureuse», a expliqué hier le président suisse, Hans-Rudolf Merz, en assurant que le chef de l’Etat libyen s’était exprimé «de manière judicieuse», ne formulant ni menaces, ni accusations, ni reproches d’aucune sorte envers la Suisse.

Le président de la Confédération a exigé «avec insistance» la libération des deux Suisses détenus en Libye, «conformément à ce qui a été promis à la Suisse à plusieurs reprises». L’accord conclu le 20 août dernier entre la Suisse et la Libye stipule que doivent être «réglées toutes les questions affectant les relations entre les deux pays», a répété Hans-Rudolf Merz de nombreuses fois. Il est entendu, a-t-il poursuivi, que la Suisse attend que cette question-là soit prioritaire et soit résolue aussi vite que possible.

Le guide de la révolution libyenne n’aurait «pas encore digéré» l’arrestation de son fils Hannibal à Genève, il y a un peu plus d’un an. Mais il aurait assuré à son interlocuteur qu’il entendait désormais s’engager personnellement dans ce dossier. Hans-Rudolf Merz a concédé qu’il avait essayé à des «dizaines de reprises» d’entrer directement en contact avec le leader libyen, avant que l’Assemblée générale de l’ONU lui en donne l’occasion.

De fait, avant de prononcer son discours à la tribune, jeudi, le président de la Confédération a aussi eu l’occasion de faire une autre rencontre de choix, en s’entretenant brièvement avec Barack Obama et son épouse. Le président américain a loué le rôle de Berne en matière diplomatique et exprimé le vœu de se rendre à l’occasion en Suisse.

Dans son allocution, Hans-Rudolf Merz n’a pas davantage évoqué la Libye que le colonel libyen la Suisse. Il a en revanche eu des mots assez tranchants à l’égard du G20 qui se réunissait hier pour deux jours à Pittsburgh, en Pennsylvanie. Selon le responsable suisse, cette enceinte «manque de légitimité et ne dispose pas de procédures transparentes» pour décider l’imposition de sanctions. Le développement de cette institution, notait-il encore, ne doit pas se faire «au détriment d’autres pays ou institutions globales comme les Nations unies».

Présente également à New York, la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey a expliqué elle aussi que la Suisse avait placé parmi ses objectifs lors de cette Assemblée générale de l’ONU celui de viser à «resserrer les liens» entre le G-20 d’un côté, (une institution dont la Suisse ne fait pas partie) et de l’autre côté les Nations unies ainsi que les organisations de Bretton Woods (FMI et Banque mondiale), dont la Suisse est membre.

Le G-20 a placé la Suisse sur «la liste grise» des paradis fiscaux en se basant sur les critères de l’OCDE. Après que le pays eut conclu douze accords de double imposition, Hans-Rudolf Merz a rappelé qu’elle peut désormais être rayée de cette liste. Le président de la Confédération s’est dit fier que Berne ait pu atteindre ce but avant la réunion de Pittsburgh.

Par ailleurs, Hans-Rudolf Merz a aussi profité de son passage à la tribune pour annoncer officiellement la candidature de Joseph Deiss au poste de président de la prochaine session de l’Assemblée générale. La Suisse aura cependant beaucoup à faire face à une autre candidature devenue elle aussi officielle, celle de l’ancien ministre belge Louis Michel.

Le guide de la révolution libyenne n’aurait «pas encore digéré» l’arrestation de son fils Hannibal