Hans-Rudolf Merz fera son grand retour aux affaires le 3 novembre. Dans une lettre datée de lundi, le ministre, actuellement en convalescence dans son canton, a annoncé au président de la Confédération, Pascal Couchepin, que sa guérison était en bonne voie et qu'il comptait revenir au début du mois prochain. Cette nouvelle fait écho à l'intention, manifestée par l'Appenzellois début octobre, de reprendre la direction du Département des finances (DFF).

Ce retour n'allait pourtant pas de soi. Après son accident cardio-vasculaire, survenu le samedi 20 septembre au soir, beaucoup de doutes entouraient l'état de santé du ministre. La durée de son état d'inconscience et sa lourde intervention chirurgicale - un quintuple pontage coronarien - laissaient perplexe. On craignait notamment des conséquences neurologiques.

Même s'il ne devait pas souffrir de séquelles, médias et politiques s'accordaient pour dire que la charge de son département et celle de la présidence de la Confédération, en 2009 selon le tournus prévu, seraient bien trop lourdes pour un convalescent. Les observateurs n'imaginaient donc pas d'autre issue qu'une démission et l'élection d'un successeur lors de la session d'hiver. Il n'en sera rien.

Après son opération, les spécialistes tablaient sur six semaines de convalescence. Ni une de plus ni une de moins: c'est avec la précision d'un comptable que Hans-Rudolf Merz reviendra six semaines après l'accident. Cette décision a été mûrement réfléchie. Le ministre l'a prise en accord avec ses médecins. Les examens cardiologiques et neurologiques ont tous donné des résultats pleinement satisfaisants, a précisé vendredi le DFF.

Cette annonce a l'avantage de dissiper les doutes qui entouraient l'avenir de la composition du Conseil fédéral. Le chef du Département des finances revient avec la claire intention d'assumer la charge astreignante de son département - d'autant plus avec la crise qui sévit -, mais aussi les contraintes et le stress supplémentaires liés à la présidence. On imaginait mal le conseiller fédéral agir autrement. Reprendre du service dans son département en renonçant à assumer la présidence du gouvernement aurait donné l'image d'un conseiller fédéral diminué.

Dès le 3 novembre, on retrouvera ainsi une situation similaire à celle qui avait précédé l'accident du ministre des Finances. La pression risque à nouveau de s'exercer sur Samuel Schmid. L'absence de Hans-Rudolf Merz et la crise financière avaient détourné l'attention. Le ministre de la Défense voit sa situation se clarifier et a désormais toutes les cartes en main pour prendre sa décision sur son maintien à son poste ou sa démission. Second dans le tournus, il ne prendra pas la présidence à la place de Hans-Rudolf Merz en 2009. Mais le risque de se voir refuser la vice-présidence par le parlement n'est pas écarté.

Sur un autre plan, le Parti radical peut être soulagé. Le fait de devoir remplacer le siège de l'Appenzellois et celui de Pascal Couchepin à quelques mois d'intervalle l'aurait mis dans l'embarras. Il aurait couru le risque de perdre un de ses deux sièges au profit du PDC, voire de l'UDC.

Enfin, le retour du grand argentier relance le scénario initial d'un départ coordonné de Pascal Couchepin avec Samuel Schmid. Cette tactique, un temps défendue par Fulvio Pelli, permettrait de placer un radical, et notamment le sénateur neuchâtelois Didier Burkhalter, au Département de la défense. Quelques voix s'élèvent toutefois au PRD. L'idée de reprendre un département jugé «peu visible et qui fait de son chef un demi-conseiller fédéral», selon les termes d'un élu, ne convainc pas l'ensemble du parti.

Pour l'heure, le PRD souligne que l'intérim aura démontré la solidité des institutions qui ont permis au Conseil fédéral de fonctionner parfaitement malgré l'absence d'un de ses membres. Jusqu'au 3 novembre, la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf continuera de remplacer son collègue.

Le grand argentier est toutefois en contact régulier avec elle. Il compte d'ailleurs reprendre sa tâche en étant à jour avec ses dossiers, précise-t-on au DFF. Dans sa lettre au président de la Confédération, Hans-Rudolf Merz exprime toute sa reconnaissance à sa suppléante pour le travail accompli.