Samuel Schmid perd un allié de poids pour son projet de Département fédéral de la sécurité: son collègue des Finances Hans-Rudolf Merz. Celui-ci était resté discret sur ce projet jusqu'à maintenant. Il est sorti de son silence vendredi, à l'occasion du congrès ordinaire du syndicat du personnel de la douane et des gardes-frontière Garanto, qui s'est tenu à Thoune. «Mes réserves à l'égard d'un Département de la sécurité sont importantes», a-t-il déclaré aux congressistes.

L'idée du chef du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS) fait l'objet de discussions entre lui-même, le chef de Justice et Police (DFJP) Christoph Blocher et Hans-Rudolf Merz. Elle vise à regrouper tous les organes fédéraux chargés de la sécurité sous un seul et même toit. Cela concerne bien sûr l'armée, mais aussi la Centrale nationale d'alarme, le Laboratoire de Spiez, le réseau radio national des autorités de sauvetage Polycom, le Corps des gardes-frontière (Cgfr, rattaché aux Finances) et certaines parties de l'Office fédéral de la police comme le Service fédéral de sécurité (actuellement au DFJP). A fin mars, le Conseil fédéral a donné mandat aux trois hommes d'étudier cette idée. Les travaux sont dirigés par Christoph Blocher et non par Samuel Schmid. Au départ, il était prévu qu'une décision tombe avant l'été, mais elle sera sans doute reportée. Il faut dire que les résistances sont fortes. L'enthousiasme paraît très mesuré du côté du DFJP.

Quant à Hans-Rudolf Merz, on sait désormais qu'il n'est pas favorable au transfert de ses gardes-frontière dans un nouveau ministère de la sécurité. Il ne voit «aucune synergie» possible avec le DDPS. «Les principaux partenaires du Cgfr se trouvent plutôt au DFJP et dans les cantons», affirme-t-il. Il estime que les gardes-frontière doivent conserver leur indépendance. Se pose notamment la question de leur armement, de leur formation et de leur sécurité. Celle-ci «doit être assurée par la douane elle-même et pas être achetée à un autre département», argumente le conseiller fédéral. A ses yeux, cette sécurité doit être le fait de professionnels. Il est hors de question de recourir à des soldats de milice pour cela.

Sur la base de ces réflexions, il considère qu'il faut d'abord s'interroger sur la nature de la sécurité que l'on veut offrir avant de se demander s'il est judicieux de tout réunir en une seule entité, comme l'a proposé Samuel Schmid. Il en conclut que, pour l'heure, ce sont les gardes-frontière et eux seuls qui doivent avoir la responsabilité du contrôle des frontières, aussi bien pour les personnes que pour les marchandises.

La nature de ce contrôle risque cependant d'évoluer si la Suisse entre dans l'espace Schengen. Or, la décision d'adhérer ou non à cet accord aura une grande influence sur la manière dont on concevra la surveillance des frontières. Sur cette question, Hans-Rudolf Merz semble pourtant moins sceptique aujourd'hui qu'il ne l'était il y a quelques mois. «Je suis persuadé que Schengen apporte davantage de sécurité à la Suisse que si nous restons en dehors», a-t-il déclaré vendredi. Le principe de base de Schengen consiste à déplacer les contrôles sur les frontières extérieures de l'espace territorial. Hans-Rudolf Merz apporte cependant une nuance: «La Suisse n'a pas constitué d'union douanière avec l'UE. Il restera donc nécessaire d'effectuer des contrôles frontaliers pour les marchandises. Or, si l'on vérifie le contenu d'un coffre de voiture, il va de soi que l'on va aussi chercher à connaître l'identité de la personne qui occupe la voiture. En fin de compte, chaque pays membre de Schengen garde la possibilité de faire des contrôles», assure-t-il.

C'est cependant sur le thème des économies budgétaires que le ministre des Finances était attendu de pied ferme par les membres du syndicat. Evoquant le projet de réduction des effectifs du personnel fédéral, il a annoncé que 450 postes seraient supprimés au Cgfr d'ici à 2008, sur un total de 4800. Il a assuré que son «objectif suprême» était d'atteindre ce but sans licenciements et que la structure des âges du personnel des douanes permettrait sans doute d'y parvenir. Garanto a cependant vivement réagi à ces réductions d'effectifs. Dans un communiqué diffusé au terme de son assemblée, le syndicat a fait savoir qu'il exigeait du Conseil fédéral qu'il renonce à la suppression de 1000 emplois supplémentaires dans l'administration. Il s'est déclaré «indigné» par ce projet et accuse la Confédération de se transformer en «grand destructeur de places de travail».