Le président de la Confédération a sensiblement réduit ses contacts avec les médias depuis son escapade à Tripoli le 20 août. Alors même qu’il vit une année présidentielle très difficile. Il a reçu Le Temps pour une grande interview à paraître dans son intégralité dans notre édition de demain. Il s’exprime sur l’entraide que la Suisse est désormais obligée d’accorder aux Etats qui le demandent dans le domaine bancaire. Il garantit à ce propos que l’accord signé avec la France, qui a désécurisé la place financière genevoise, ne va pas plus loin que les autres. A la veille de la visite d’Etat du président Dmitri Medvedev, lundi et mardi prochains, il dit également ce qu’il attend de la Russie sur la scène internationale. Extraits.

Le Temps: Quand la Suisse se retrouvera-t-elle sur la liste blanche de l’OCDE?

Hans-Rudolf Merz: Encore cette année. J’ai rencontré le commissaire Laszlo Kovacs et le responsable des questions fiscales à l’OCDE, Jeffrey Owens, la semaine dernière à Lucerne. Jeffrey Owens s’est dit extrêmement satisfait des progrès faits par la Suisse. Dans son esprit, notre pays ne fait déjà plus partie de la liste grise, mais ce n’est pas encore formalisé. Lors d’une récente conférence de l’OCDE au Mexique, la Suisse a aussi exprimé le souhait de participer à la surveillance et à la définition des critères utilisés pour analyser la volonté de coopération des pays membres. Nous ne voulons plus tomber dans un piège comme cela a été le cas cette année.

- L’accord avec la France contient une nuance par rapport aux autres. Il a suscité de nombreuses craintes. Vous n’avez pas souhaité le commenter lorsqu’il a été signé. Pourquoi?

- Je n’ai pas jugé nécessaire de le commenter au moment de la signature, car cet accord s’inscrit tout à fait dans le cadre fixé par le Conseil fédéral. Ni l’accord ni son annexe n’affaiblissent davantage le secret bancaire. Ils n’ouvrent pas la voie à des « pêches aux renseignements». La pratique de l’assistance administrative avec la France ne dérogera donc pas à celle que la Suisse pratiquera avec d’autres pays. Mais je vois les inquiétudes de la place financière genevoise et je les comprends. Les banquiers genevois se sont adressés à moi pour m’en faire part. Je vais leur répondre par écrit et, si nécessaire, par contacts personnels. L’Administration fédérale des contributions n’est pas en mesure de prêter son assistance administrative à une autorité fiscale étrangère si la demande d’assistance ne lui permet pas d’identifier clairement la banque concernée. Je vais leur expliquer cela. C’est aussi important de le faire pour le parlement, car il veut être sûr du contenu d’un tel accord avant de l’approuver.

- Sur le plan international, des banquiers relancent l’idée de l’imposition à la source, que vous aviez déjà évoquée sans grand succès. Qu’en pensez-vous?

J’ai été mandaté par le Conseil fédéral pour approfondir cette question. Plusieurs variantes sont à l’étude. J’ai lancé cette idée car je suis convaincu que cela peut être bonne solution pour maintenir le secret bancaire. Mais cela entraîne un bouleversement de notre système fiscal, ce qui est très difficile en Suisse. C’est peut-être trop ambitieux, mais il vaut la peine d’y réfléchir. Je suis heureux de voir que les banquiers souscrivent à une telle idée. Mais le parlement et les cantons seront-ils du même avis? C’est à voir. Quoi qu’il en soit, je juge plus important, pour les entreprises, de supprimer le droit de timbre, car c’est un véritable frein aux investissements.