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Hans-Ueli Vogt le 30 mai 2018 à Berne.
© PETER KLAUNZER/KEYSTONE

Initiative

Hans-Ueli Vogt, chantre de la souveraineté

Père de l’initiative affirmant la primauté du droit suisse, le professeur zurichois se bat pour ce peuple «qu’on veut priver de son pouvoir». Mais il est isolé, même au sein de son propre parti, l’UDC

La scène se déroule dans la salle des pas perdus du Conseil national, une heure après le premier débat à propos de l’initiative de l’UDC affirmant la primauté du droit suisse sur le droit européen. Kurt Fluri (PLR/SO) passe devant Hans-Ueli Vogt, le chantre de cette initiative, et l’apostrophe: «Tu t’es calmé?» lui demande-t-il.

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Depuis le 30 mai et jusqu’au 11 juin, le professeur zurichois est le protagoniste d’un débat très houleux, qui suit un scénario désormais connu. Pour augmenter son temps de parole, l’UDC multiplie les questions aux orateurs qui se succèdent à la tribune. A peine Kurt Fluri, le rapporteur de la Commission des institutions politiques (CIP), a-t-il énuméré les raisons de rejeter l’initiative, que Hans-Ueli Vogt passe à l’offensive: «Votre commission s’est-elle vraiment interrogée sur le rapport entre le droit issu de la Constitution et le droit non impératif des traités internationaux?» Une provocation évidemment aux yeux de Kurt Fluri, dont la commission n’a cessé de se poser cette question des heures durant.

Un premier de classe

Pourtant, Hans-Ueli Vogt est une personnalité complexe, loin de correspondre au portrait-robot du parlementaire UDC, comme Christoph Blocher ou Toni Brunner, prompts à haranguer les foules en déclamant des slogans qui claquent au vent, tout en clouant au pilori l’adversaire politique. Il en incarne même l’antithèse. Né dans l’Oberland zurichois, il se révèle vite le meilleur élève de son gymnase et réussit de brillantes études, suivies par des séjours en tant que chercheur à Florence, Londres et Pékin. Il exerce son activité d’avocat durant deux ans à New York, avant d’être nommé professeur assistant à l’Université de Zurich à l’âge de 33 ans seulement.

«Hans-Ueli Vogt est un brillant juriste», reconnaît-on de gauche à droite de l’échiquier politique. En 2012, le surdoué de la classe, devenu député UDC au Grand Conseil zurichois, est choqué par un arrêt du Tribunal fédéral. Les juges de Mon-Repos décrètent à propos de l’initiative pour l’expulsion des étrangers délinquants que la Suisse devra toujours tenir compte des jugements de la Cour européenne des droits de l’homme. Hans-Ueli Vogt contacte Christoph Blocher. L’initiative pour l’autodétermination est née.

Hans-Ueli Vogt est vraiment courageux en allant à l’encontre de la pensée unique des milieux académiques

Peter Keller (UDC/NW)

Six ans plus tard, l’initiative a abouti et achève son parcours parlementaire. Après son refus au Conseil des Etats, nul ne doute qu’elle subira le même sort au Conseil national. Hans-Ueli Vogt le sait et fait même mine de s’en moquer: «Cette étape n’est pas importante, c’est le vote du peuple qui comptera», dit-il dans une posture classique pour l’UDC. Depuis vingt ans désormais, ce parti dénigre les trois pouvoirs – gouvernement, parlement et justice –, accusés de contribuer à la «disparition de la Suisse».

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Sur ce débat, l’UDC est fière de son juriste défiant le Tribunal fédéral. «Il est vraiment courageux en allant à l’encontre de la pensée unique des milieux académiques», déclare son collègue Peter Keller (UDC/NW). Effectivement, l’an dernier, une trentaine de professeurs de droit ont fustigé cette initiative en soulignant ses nombreuses incohérences. Cela n’ébranle pas le professeur Vogt: «Seuls les bons arguments m’ébranlent. Lorsque nos détracteurs prétendent que 600 traités internationaux seraient menacés par notre initiative, mais sont incapables d’en citer un seul concrètement, c’est que leur discours est faible», rétorque-t-il.

«La plume de Blocher»

Pourtant, au sein de l’UDC, Hans-Ueli Vogt n’a plus la cote. Il est trop indépendant d’esprit pour se fondre dans le moule UDC. Cet homosexuel urbain n'a pas toujours suivi la ligne de son parti. Tantôt il s’est fait l’avocat du mariage pour tous, tantôt il a pris position en faveur des secondos lors de la campagne de mise en œuvre de l’initiative pour l’expulsion des délinquants étrangers. Des prises de position qui lui ont valu l’étiquette de «marginal» ou alors de «combattant solitaire» au sein de son groupe, avec lequel il va rarement boire une bière au terme d’une journée harassante. Les «apéros riches» et autres agapes parlementaires, ce n’est pas pour lui. «Il faut se limiter à du small talk», se justifie-t-il. On croirait entendre Georges Brassens: «Sitôt qu’on est plus de quatre, on est une bande de cons.»

Au Conseil national, l’initiative d’autodétermination sera balayée. Hormis l’UDC, tous les partis la rejettent. Roger Nordmann (PS/VD) la qualifie même d’«initiative d’autodestruction sabotant tout ce qui fait la force de la Suisse». «Pour un professeur de droit, Hans-Ueli Vogt a fait un texte d’une extrême confusion. Il a surtout été la plume de Blocher père, dont la primauté du droit suisse est l’obsession personnelle», déclare le socialiste vaudois.

Le professeur zurichois reste zen. Il est sûr de son combat en faveur «du peuple suisse qu’on veut priver de sa souveraineté». Et lui donne rendez-vous en votation, probablement en novembre prochain.

Notre éditorial: «Juges étrangers»: se libérer des mythes

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