«Oui, il y a de quoi être inquiet et interloqué.» Maire de Movelier, village de 400 habitants sur les hauts de Delémont, aux confins du Jura, à la frontière du Laufonnais, Joseph Broquet exprime le sentiment de ses concitoyens. Durant le week-end (LT du 08.08.2005), un «pervers», ainsi désigné par la police jurassienne, a tué et coupé la mamelle d'une chèvre blanche, de la race de Saanen, âgée de 4 ans, dans le pâturage des Vies de Roggenburg, sur la butte qui sépare Movelier d'Ederswiler.

Pas très éloigné des zones habitées et aisément accessible de plusieurs côtés, le pâturage clôturé fleure bon l'anarchie végétale, avec des buissons, des hautes herbes et des ronces, notamment dans sa partie supérieure, dans une côte plutôt raide en bordure de forêt. Le pré appartient à la bourgeoisie de Movelier. Il est loué à l'agriculteur Felix Zeugin, qui exploite une ferme à deux kilomètres de là.

Il y place en estivage des génisses, des moutons, et un troupeau d'une cinquantaine de chèvres que lui ont confiées quatre ressortissants de l'Oberland bernois. Samedi dernier, il découvrait une première chèvre décédée, sans trace apparente de sévices. Felix Zeugin ne s'est pas alarmé et l'a évacuée dans un sac. Elle sera autopsiée.

Lundi, il trouvait une autre chèvre morte. «On voyait de loin l'ablation de la mamelle, une entaille d'au moins 10 centimètres de diamètre, explique l'agriculteur, qui n'a rien remarqué de suspect durant le week-end. C'est une incision propre, ce qui me fait penser que le pervers est quelqu'un qui connaît bien les animaux.» La mamelle sectionnée a été emportée.

Même s'il a laissé ses animaux dans le pâturage, Felix Zeugin est révolté. «J'ai surtout pitié pour la pauvre bête qui a dû souffrir avant de mourir.» Mais il ne sombre pas dans l'hystérie. «Je ne pense pas que le détraqué reviendra. Mais j'augmenterai encore les passages pour surveiller les bêtes.»

«Sans paniquer, les gens de Movelier, et notamment les paysans qui ont des animaux, sont anxieux», reprend le maire, précisant que le trouble n'a en fait été que renforcé par la mutilation de la chèvre ce week-end.

Sur les hauts de Movelier, on n'était pas resté insensible aux tortures sadiques à répétition subies par des vaches, des chevaux, des moutons et des chats dans le nord-ouest alémanique de la Suisse, en particulier dans la région voisine du Laufonnais. Même si la police jurassienne affirme n'avoir encore aucun élément susceptible de désigner l'auteur de l'acte barbare de Movelier, la population – et Felix Zeugin le premier – fait le lien avec celui qui apparaît comme le sadique zoophile, auquel sont désormais attribuées entre trente et cinquante agressions à caractère sexuel d'animaux de ferme, aux abords de petites localités des cantons de Bâle-Campagne, Soleure et Argovie.

La sinistre chronologie débute le 23 mai, près du Jura, à Nenzlingen, avec la mutilation d'un cheval. Suivent seize agressions recensées par les polices bâloise et soleuroise, qui ne fournissent plus d'information depuis la fin de juillet, sinon pour confirmer qu'elles n'ont pas arrêté le ou les pervers. Les témoignages repris par les médias alémaniques ont fait enfler le funeste tableau.

Quotidiennement, ces mêmes médias spéculent sur le profil du zoophile, dont les actes apparaissent liés à des pulsions sexuelles. A l'examen des animaux mutilés, les paysans disent tous que l'agresseur connaît bien le monde animalier des fermes. L'hypothèse du vétérinaire pervers a été avancée.

Ces derniers jours, les regards sont tournés vers l'Allemagne, où un représentant de la police de Lörrach a confié au Blick avoir constaté deux cas de mutilations de vaches comparables à ceux rapportés en Suisse.

En fait, toutes les hypothèses restent ouvertes. «Et rien n'indique que la chèvre de Movelier a été victime du présumé zoophile sadique», explique le chef de la gendarmerie territoriale jurassienne, Hubert Thalmann. Il a établi un rapport qui a été transmis aux enquêteurs bâlois et soleurois.