Politique fédérale

Harcèlement: la peur a changé de camp au parlement

Le climat de suspicion généralisée suscité par l’affaire Buttet a obligé les hommes à se remettre en question quant à leur comportement envers les femmes

Plus rien ne sera jamais comme avant sous la coupole fédérale depuis l’éclatement de l’affaire Buttet. Bien qu’anonymes, les témoignages d’élues ont ébranlé les consciences masculines. «Oui, c’est vrai, je me sens un peu désécurisé», avoue le président du PBD, Martin Landolt. «Je ne sais plus quelle blague je peux faire avec qui.»

Consulter le dossier: L’affaire Yannick Buttet

Agé de 49 ans, celui-ci est né à Glaris à une époque où, selon le droit du mariage en vigueur, le mari était encore le chef de famille. Il le dit sans ambages: «Cette génération de machos existe encore partout dans la société, donc aussi au parlement fédéral. Parfois, ce sont eux qui ne réalisent pas qu’ils se comportent mal», constate-t-il.

Un dialogue nécessaire

Père de trois filles, Martin Landolt n’a jamais pensé être concerné par le débat qui a rebondi sous la Coupole, dans le sillage de l’affaire Buttet en Valais. Dans un premier temps, il confie avoir été fâché par ce débat. Puis il a reconnu l’impérieuse nécessité d’ouvrir le dialogue avec les femmes au parlement: «Nous devons échanger avec elles, car elles aussi ne veulent pas être mal comprises.» Le Glaronais laisse passer quelques secondes avant d’ajouter: «En fait, nous devrions être capables de nous corriger entre hommes et d’alerter les collègues lorsqu’ils dérapent.» Mais, pour l’instant en tout cas, cela ne se fait pas.

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Jamais les hommes n’auront été aussi soulagés qu’une session parlementaire se termine ce vendredi 15 septembre. L’affaire Buttet, qui a fait penser durant quelques jours que les deux Chambres étaient «un parlement de harceleurs», a créé un climat de suspicion généralisée. A la maison, les interrogations teintées d’inquiétude des épouses ou partenaires. Dans la rue, les sourires moqueurs des connaissances. Sous la Coupole, les questions incessantes des médias. «C’était insupportable. Je vous promets que l’immense majorité de mes collègues se comporte correctement», assure Jean-Luc Addor (UDC/VS).

Un exercice d’introspection

Les élus ont dû se livrer à un exercice d’introspection. Vice-président du groupe PLR, Philippe Nantermod reconnaît avoir sollicité l’avis de collègues féminines pour savoir s’il avait dérapé après avoir bu. «Je suis soulagé de leur réponse, négative.» Durant quelques jours, le Valaisan a craint que l’affaire Buttet n’ouvre une guerre des sexes et n’érige un mur entre les femmes et les hommes. «Je constate que ce n’est pas le cas», relève-t-il, rassuré.

Les gens sont plus attentifs à ce qu’ils font. C’est salutaire

Carlo Sommaruga, conseiller national (PS/GE)

Cette remise est question s’est faite dans tous les partis, y compris dans ceux où les femmes ont atteint la parité, comme au PS. En 2016 – lorsque le candidat à la présidence américaine Donald Trump avait tenu des propos si misogynes qu’il avait libéré la parole des femmes jusqu’en Suisse alémanique –, c’était d’ailleurs un camarade qui siège toujours au Conseil national, l’ex-maire de Berne Alexander Tschäppät, qui avait été le premier accusé de «comportement inapproprié». La Verte Aline Trede avait révélé qu’il lui avait un jour posé la main sur le genou alors qu’ils siégeaient tous deux dans un jury.

«Ne pas devenir parano»

C’est comme si la peur avait changé de camp. «Oui, je ressens un malaise chez les hommes. Nous avons tous dû réévaluer notre comportement», note Carlo Sommaruga (PS/GE). «Toute remarque de type sexiste n’a pas lieu d’être, même entre mecs.» Finalement, ce débat aura du bon: «Les gens sont plus attentifs à ce qu’ils font. C’est salutaire», résume le Genevois.

Pour Jean Christophe Schwaab (PS/VD), ce débat a posé la question de la frontière entre le consentement présumé et celui qui est explicite: «Beaucoup d’hommes ne se rendaient pas compte que certains de leurs gestes déplacés relevaient du harcèlement et qu’ils étaient donc illégaux. Aujourd’hui, ils sont désécurisés car, jusqu’ici, leur comportement était toléré dans une société encore sexiste.»

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Et les femmes, qu’en pensent-elles? «Les hommes se sentent un peu perdus», remarque Isabelle Chevalley. La vert’libérale confirme que quelques hommes l’ont contactée pour qu’elle leur donne un feedback concernant leur comportement. Elle en est agréablement surprise: «Le seul fait qu’ils abordent ce sujet avec nous est rassurant. C’est la preuve que les hommes sont capables de se remettre en question.» La Vaudoise aime l’humour et compte bien maintenir un climat agréable avec les hommes. Elle conclut par une touche de compassion: «C’est à nous les femmes de montrer aux hommes qui se comportent bien qu’ils ne doivent pas devenir paranos.»

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