La déferlante provoquée par l’enquête du Temps sur la RTS rattrape le Tessin. La RSI a annoncé qu’elle confiera à une instance externe et indépendante l’analyse des 38 signalisations d’abus reçues par la section tessinoise du Syndicat suisse des médias (SSM) depuis le 6 novembre. A la suite des révélations du Temps, le syndicat a ouvert une page internet permettant aux employés de la radio et de la télévision publiques au sud des Alpes de dénoncer les comportements jugés inacceptables de façon anonyme.

La moitié des cas rapportés sont des affaires de harcèlement sexuel, allant du commentaire sexiste aux attouchements, tandis que l’autre moitié consiste en du mobbing et des abus de pouvoir. Les auteurs sont essentiellement des hommes et les victimes surtout des femmes, détaille Rolando Lepori, cosecrétaire de la section tessinoise du SSM. Vendredi, celui-ci a rencontré la direction de la RSI pour demander que soit confiée à une instance externe et indépendante l’analyse des plaintes reçues.

La direction de la RSI condamne tout comportement inapproprié

«Le message est passé, elle a accepté, et maintenant, nous discutons de qui serait en mesure de garantir la transparence et l’indépendance nécessaires.» Il s’agit d’un premier pas important, estime le syndicaliste. «C’est sûr qu’il y a deux mois la RSI ne serait pas entrée en matière. Cette réunion a été rendue possible seulement grâce à l’enquête du Temps sur la RTS.» Si l’affaire n’a pas suscité d’indignation massive au Tessin, Rolando Lepori n’est pas surpris. «Ici, la RSI est un géant, une puissance qui emploie 1000 personnes, les gens sont prudents.»

A lire aussi: A la RTS, la culture d’entreprise en question

Interrogé, le directeur de la RSI, Maurizio Canetta, condamne fermement «tout comportement qui a pu blesser des collègues». «Nous allons faire toute la lumière sur les signalisations recueillies par le SSM, avec lequel nous prenons les mesures qui s’imposent. Si les enquêtes confirment des comportements inappropriés, des sanctions adéquates seront décidées», promet-il. La direction s’engage également à renforcer une culture d’entreprise «moderne». «Nous contrôlerons l’efficacité des canaux pour signaler les abus et mettrons en place de nouveaux moments de formation et de sensibilisation du personnel à tous les niveaux afin d’éviter des comportements indésirables.»

L’instance externe indépendante? Elle doit compter des personnes aux compétences reconnues dans le domaine du droit du travail et pouvoir garantir un maximum d’indépendance et de crédibilité, insiste le patron de la RSI. «Mais, en Suisse italienne, ces profils ne manquent pas, je ne doute pas que nous les trouverons.»

«Tout le monde se connaît»

Le problème, à la RSI, est que tout le monde se connaît, fait valoir un employé (nom connu de la rédaction). «Ils ont étudié ensemble, ils se connaissent depuis vingt ou trente ans, ils ont même des liens de parenté. Du coup, il y a des intouchables, et ce n’est pas facile de parler en cas d’abus. Tous savaient tout sur tout. Mais si vous dénoncez des conduites inadmissibles, vous n’êtes pas soutenu.» Au contraire, les victimes sont déplacées, souvent en voyant leurs conditions de travail se détériorer, alors que les auteurs de comportements déplacés font carrière, avance-t-il. «La direction de la RSI devrait être entre les mains de quelqu’un de Zurich, de Berne ou de Genève.»

A lire également: Un compte Instagram pour dénoncer le sexisme dans les médias suisses

Comme dans toutes les grandes entreprises, il existait à la RSI des mesures et des mécanismes pour gérer les problèmes de cet ordre, mais ils ont failli, observe Alessia Di Dio, membre du collectif féministe tessinois Io l’8 Ogni Giorno, lequel, à l’aube du 25 novembre – Journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes –, a fixé une banderole dénonçant le harcèlement et le sexisme aux deux sièges de la RSI. «Pour nous, c’était important de nous montrer solidaires des employés. Ce qui vient à la lumière aujourd’hui ne nous étonne pas. La première réaction de la direction de la RSI par rapport aux signalisations – «No comment» – nous a choquées», affirme-t-elle, ajoutant que «la pression du bas est indispensable et il est important de rester vigilant».

A relire notre enquête: La RTS, Darius Rochebin et la loi du silence