Vaud 

Harcèlement: une campagne pour aider les apprentis à sortir du silence

Vaud lance une campagne de prévention pour sensibiliser les apprentis au harcèlement sexuel. Entretien avec Olivier Duperrex, responsable cantonal de la prévention en milieu scolaire

«Nom de code respect. Pour toutes et tous»: depuis lundi, ce slogan de prévention au harcèlement sexuel est visible sur les transports publics vaudois et bientôt dans les trains régionaux. Chacun des 16 500 apprentis ainsi que toutes les entreprises formatrices du canton ont reçu un dépliant rappelant que le harcèlement sexuel est un délit grave, comment s’en prémunir et chercher de l’aide. Avec 770 affiches et 30 000 flyers, cette campagne espère capter l’attention d’environ 9 millions de personnes sur ce problème. «Une première en Suisse romande», assurent les conseillères d'Etat Jacqueline de Quattro et Cesla Amarelle, qui portent le projet. 

Lire aussi: Qu’on en soit victime ou témoin: que faire en cas de harcèlement sexuel?

Le Temps: Pourquoi s’adresser en particulier aux jeunes en apprentissage?

Olivier Duperrex: Parce qu’ils sont particulièrement vulnérables. A 15 ans, ces jeunes sont catapultés dans la vie professionnelle – un monde d’adultes et hiérarchique – et souvent n’osent pas parler lorsqu’ils sont victimes de harcèlement par crainte de perdre leur place d’apprentissage. En plus de prévenir les abus, la campagne vise à mieux entourer les apprentis dans ces situations. Même si nous manquons de données en la matière dans le canton de Vaud, des études ont fait état de 18% des femmes et 7% des hommes s’étant sentis harcelés sur leur lieu de travail en Suisse romande. A l’échelle nationale, ces chiffres s’élèvent à une femme sur trois et un homme sur dix confrontés ou témoins de harcèlement sexuel au travail.

Y a-t-il eu un élément déclencheur pour entamer cette campagne?

Cette action n’a pas été lancée à la suite d’un cas particulier, mais plutôt d’un constat général, notamment lors de discussions entre spécialistes du harcèlement. Après avoir renforcé la prévention entre élèves, l’Etat de Vaud a empoigné le problème du harcèlement «vertical», entre apprentis et patrons. C’est un effort parmi d’autres pour valoriser la formation professionnelle, l’un des points forts de la législature 2017-2022. Sans être un déclencheur, un cas qui a récemment défrayé la chronique montre que ce genre d’abus est une réalité au sein de certaines entreprises. Enfin, avec la vague #MeToo, les gens sont de plus en plus réceptifs à la problématique.

Quels sont, concrètement, les outils à disposition des apprentis touchés?

Les apprentis victimes – ou les témoins – de harcèlement sexuel peuvent s’adresser à leur responsable de formation et à l’école où ils suivent des cours. En effet, tous ces professionnels (RH, médiateurs, conseillers, infirmiers, enseignants, doyens) ont été sensibilisés à la problématique. Ils peuvent aussi appeler le 147 s’ils préfèrent en discuter de manière anonyme ou écrire à Jet Service, qui offre des consultations sociales et juridiques pour jeunes. Si les interlocuteurs estiment le cas grave, ils peuvent, avec l’accord des victimes, l’annoncer à la Direction générale de l’enseignement postobligatoire (DGEP).

Et que peut-on attendre des entreprises? Il semble difficile de changer la culture d'une entreprise avec un simple flyer…

Cette campagne de sensibilisation n’a pas la prétention de vouloir régler le problème. C’est une première étape de prise de conscience, que ce soit chez les apprentis, les entreprises formatrices et la société en général. Chaque entreprise formatrice a reçu un courrier à la rentrée d’août lui rappelant qu’elle a des responsabilités à assumer, qu’elle est tenue d’instaurer un climat de respect envers ses employés.

Que risque une entreprise en cas de harcèlement sexuel en son sein?

Etant donné qu’il s’agit d’un délit punissable par la loi, des mesures judiciaires, voire pénales, peuvent être prises. La DGEP, l’autorité de surveillance des entreprises formatrices, peut retirer le droit de former à une société. Cette sanction a déjà été appliquée à une entreprise active dans l’immobilier.

Publicité