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Harcèlement: une cellule d'aide pour les élus

Aux Chambres, après le témoignage de plusieurs élues se plaignant du «comportement inadéquat» des hommes, la délégation administrative du parlement réagit

C’est allé vite, très vite. Moins de deux semaines après l’éclatement de l’affaire Buttet, la délégation administrative du parlement a décidé d’offrir aux élus les services d’une cellule spécialisée et indépendante dans le domaine du harcèlement. Celle-ci proposera des conseils en français et en allemand. Chaque parlementaire pourra y solliciter un entretien en dehors de l’enceinte du Palais fédéral, à Berne ou à Zurich, sur rendez-vous ou par téléphone. L’élu pourra choisir une femme ou un homme comme interlocuteur.

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Ce mercredi 13 décembre, les 246 parlementaires ont trouvé sur leur bureau une circulaire verte peu ordinaire qui a fait sourire certains d’entre eux. Les deux bureaux des Chambres ont jugé utile de rappeler ce qu’était le harcèlement sexuel, «une forme de discrimination fondée sur l’appartenance à un sexe», avant de tracer la frontière entre celui-ci et le flirt.

Entre flirt et harcèlement

«Le flirt est constructif et source de joie. Souhaité par les deux personnes, il renforce l’estime de soi», y lit-on. Et le harcèlement sexuel? «Il est dégradant et blessant, de même que source d’agacement. De plus, il n’est pas souhaité par une personne et mine l’estime de soi.»

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Révélée par Le Temps le 29 novembre dernier, l’affaire Buttet n’a pas laissé indifférente la délégation administrative, dont le hasard veut qu’elle soit composée cette année de quatre femmes et deux hommes: Dominique de Buman (PDC/FR), Marina Carobbio Guscetti (PS/TI) et Isabelle Moret (PLR/VD) pour le Conseil national, de même que Karin Keller-Sutter (PLR/SG), Jean-René Fournier (PDC/VS) et Géraldine Savary (PS/VD) pour le Conseil des Etats. Après le témoignage de Céline Amaudruz, déclarant qu’elle avait subi à plusieurs reprises le «comportement inadéquat» des élus, cet organe a donc pris une mesure concrète qui ne coûte pas cher: 3400 francs pour une première année d’essai. Il a donné un mandat à une institution existant depuis une vingtaine d’années.

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Lisa Mazzone sollicitera la cellule

«Tout parlement moderne doit offrir une réponse institutionnelle à la problématique du harcèlement sexuel», souligne Isabelle Moret. La première à saluer cette mesure a été la benjamine du parlement, Lisa Mazzone (Les Verts/GE). «Sur la base de mon expérience, je pense qu’il était utile de rappeler noir sur blanc la frontière entre la séduction et le harcèlement sexuel. Quant au bureau indépendant, il nous permettra de nous adresser à des professionnels compétents en toute confiance et confidentialité. Je vais y aller», annonce-t-elle déjà.

Dans les partis, tout le monde souligne qu’il incombe d’abord aux chefs de groupe de faire régner une culture de dialogue et de respect entre les genres. Le PS a d’ailleurs nommé deux personnes de référence pour y veiller. Mais la structure extérieure sera désormais un complément bienvenu. «Aucun parti n’est épargné par le sexisme. Nous vivons dans une société qui culpabilise les victimes de harcèlement sexuel, ce qui est insupportable. Cette cellule permettra donc de libérer leur parole», se félicite Mathias Reynard (PS/VS)

Saluée presque unanimement à gauche, la circulaire de la délégation administrative était accueillie plus fraîchement à droite. Ainsi, Doris Fiala (PLR/ZH) s’est montrée sceptique, la qualifiant d’«infantilisante». «C’est à l’école avant tout que nous devons faire de la prévention plutôt qu’au parlement, où j’attends de chaque élu qu’il ait la carrure pour se défendre», a-t-elle estimé. Quant au membre du groupe UDC Raymond Clottu, il a ajouté: «C’est grave qu’il faille une circulaire pour nous rappeler ce qu’est le harcèlement sexuel. Pour moi, tout ce qui y est écrit va de soi.»

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