Hausse des demandes d’asile de 45% depuis juillet

Migration Les cantons vont devoir rouvrir de nouveaux foyers d’urgence

On s’y attendait, mais le chiffre impressionne. Entre juillet et septembre, les demandes d’asile ont augmenté de 45%, pour passer de 5384 à 7825 requêtes. L’Office fédéral des migrations (ODM), qui il y a peu tablait encore sur 24 000 demandes déposées d’ici à la fin de l’année, va devoir rapidement revoir ses projections à la hausse. Cette augmentation massive résulte des importantes arrivées en Italie. Entre janvier et fin septembre, plus de 140 000 migrants ont atteint le sud de l’Italie après une traversée chaotique de la Méditerranée. La plupart poursuivent ensuite leur route vers le nord. Le chiffre n’était que 43 000 en 2013.

L’ODM cite trois facteurs essentiels pour expliquer la hausse: la perte de contrôle des autorités libyennes sur de grandes parties de leur zone côtière, qui permet aux organisations de passeurs d’opérer pratiquement sans entraves; l’opération humanitaire Mare Nostrum qui vient au secours des naufragés et, bien sûr, les conflits persistants dans des régions comme la Syrie ou l’Erythrée. Près de la moitié des requérants du troisième trimestre (3531) sont des Erythréens, 1853 de plus que le trimestre précédent. Les Syriens sont eux un peu moins nombreux à être arrivés en Suisse.

L’ODM n’est pas dupe: en raison de la pression migratoire sur l’Italie, le nombre de demandes d’asile déposées en Suisse devrait rester supérieur à la moyenne ces prochains mois. Avec les problèmes d’hébergement et les tensions qui en découlent. Le patron de l’ODM, Mario Gattiker, a rendu les cantons attentifs à ce risque il y a plusieurs mois déjà. Plusieurs cantons ont dû ouvrir dans de brefs délais des foyers d’urgence, et certains envisagent de réquisitionner de nouveaux abris PC.

Dysfonctionnement de Dublin

Cette augmentation a été jusqu’à pousser la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga à critiquer l’attitude de l’Italie, dans une lettre envoyée à Bruxelles à la mi-septembre. Car le pays, débordé, enregistre moins scrupuleusement les migrants arrivant sur son sol, pour éviter de devoir les réaccueillir comme le veut l’Accord de Dublin. Selon Dublin, c’est en effet le premier pays dans lequel un requérant a été enregistré qui doit ensuite mener sa procédure d’asile. Or les chiffres sont parlants. De juillet à septembre, 2040 requérants ont quitté la Suisse de manière volontaire ou forcée, soit environ 12% de moins que durant la période précédente. 500 étaient des «cas Dublin». Les renvois vers l’Italie sont plus difficiles.

La ministre de Justice et police s’est aussi dit prête à étudier une nouvelle clé de répartition des migrants, consciente que le poids qui pèse sur l’Italie est trop important. En 2013, 21 465 requérants sont arrivés en Suisse. Ils étaient 28 631 en 2012.