Genève

La hausse inexorable des subsides d’assurance-maladie

L’an prochain, la facture genevoise des subsides d’assurance-maladie pourrait atteindre 16 millions de francs, voir plus. Tout dépendra de la hausse des primes qu’annonceront les compagnies low cost, Assura en tête

Qui dit augmentation des primes d’assurance-maladie dit hausse des subsides étatiques aux gens dans le besoin. Genève en sait quelque chose, qui va verser cette année environ 308 millions de francs, contre 288 millions l’an dernier, aux bénéficiaires de l’aide sociale ou des prestations complémentaires essentiellement. Le montant des subsides à l’assurance maladie dépasse désormais celui de l’aide sociale (285 millions de francs).

Faut-il s’attendre à pareille claque pour 2017? Il est à craindre, à en croire la faîtière des assureurs santésuisse. Elle a annoncé en effet que les primes devraient augmenter en moyenne de 4% à 5% l’an prochain en Suisse. Des prévisions venues confirmer les craintes que Pierre-Yves Maillard, ministre vaudois de la santé, avait confiées au Temps en juin: il supputait un bond de 5% des primes. Les calculs de son homologue genevois Mauro Poggia, eux, sont cependant plus optimistes: 3%. Ce qui représenterait quand même une ardoise supplémentaire pour l’Etat de 9,2 millions de francs. Toute décimale au-delà de 3% se chiffrerait en millions. Jusqu’à 7, ose le ministre, ce qui amènerait la facture à 16 millions le cas échéant.

«Des réserves sur le dos des Genevois?»

Dès lors, comment expliquer cet optimisme malgré les prévisions de santésuisse? «Genève supporte des hausses de primes constantes, et supérieures aux hausses des coûts réels sur le canton, répond Mauro Poggia. C’est la raison pour laquelle la hausse moyenne suisse indiquée ne devrait pas être applicable ici.» Un vœu pieux? «Non pas, répond-il. Les derniers chiffres connus sont ceux d’une augmentation du coût moyen par assuré à Genève en 2015 de 2.2%. Comment justifier davantage pour les années futures, si ce n’est pour constituer des réserves sur le dos des Genevois?», s’indigne le magistrat. Il espère que l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS) demandera aux caisses de puiser dans leurs réserves pour contrecarrer l’augmentation des coûts, ce que permet désormais la nouvelle loi. S’il faut attendre encore quelques semaines pour connaître le chiffre définitif de la hausse, il affectera de toute manière le montant des subsides.

L’augmentation des subsides dépendant d’Assura

D’autant plus qu’un autre nuage vient assombrir l’horizon: les primes d’Assura, la plus grosse compagnie low cost, vont sans doute prendre l’ascenseur à ses primes. Certains parlent d’un pourcentage à deux chiffres. Car selon les nouvelles dispositions légales, les caisses maladie les moins chères vont désormais devoir augmenter leur contribution au titre de la compensation des risques. En clair: les bons risques devront payer pour les mauvais risques. Or, les personnes qui bénéficient d’un subside, partiel ou total, sont dans leur immense majorité affiliées à des caisses bon marché. Assura, qui a bouclé l’année dernière sur une perte colossale de 258 millions, absorbée par les réserves selon sa direction, n’en a pas moins augmenté ses primes en 2015 de 9% en moyenne. Elle l’a motivé par un afflux massif de nouveaux assurés (300 000 en deux ans), dont tous n’avaient pas une santé de fer.

«Assura va-t-elle faire monter le curseur? Indiscutablement»

Même si la nouvelle loi, entrée en vigueur en juillet dernier à Genève, donne la possibilité à l’Etat de verser aux bénéficiaires de subsides le montant d’une prime cantonale de référence – calculée sur la base de la moyenne des dix primes les meilleur marché, tous modèles et toutes franchises compris –, comme c’est déjà le cas dans le canton de Vaud, une hausse des primes Assura alourdirait encore la barque de l’Etat. «Assura va-t-elle faire monter le curseur? Indiscutablement, convient Mauro Poggia. Toute augmentation au-dessus de 3% va aggraver la situation. D’autant plus que davantage de gens risquent de rentrer dans les critères d’attribution d’un subside.» Un gros doute qu’Assura ne viendra pas dissiper. Interrogé, son porte-parole Daniel Herrera répond: «L’Office fédéral de la santé publique nous impose une totale discrétion quant à nos primes à venir, jusqu’à sa propre communication à ce sujet à la fin du mois de septembre. Nous ne pourrons donc pas vous indiquer le niveau de nos primes 2017 à Genève.»

Plus de gens à l’aide sociale

Avec ou sans mauvaise surprise, un autre facteur encore pèse sur le montant des subsides. En effet, la population à l’aide sociale a crû de 7% entre 2014 et 2015, «et ces gens sont plus pauvres qu’avant», complète le magistrat. D’où une augmentation des candidats aux subsides. Aussi le département a-t-il commencé à inciter les bénéficiaires à opter pour des franchises plus élevées, garantes d’une prime plus basse, ce d’autant que les frais médicaux non remboursés sont supportés par l’Etat, ou des modèles d’assurances plus économiques. Par quel moyen de pression? En les informant qu’en toute hypothèse, seule la prime cantonale de référence sera versée. En revanche, comme pour les assurances complémentaires, l’assuré reste libre d’aller où bon lui semble, à charge pour lui d’en supporter le surcoût.

Entre la «fuite en avant d’Assura», comme la qualifie le conseiller d’Etat, et l’inexorable ascension des coûts de l’aide sociale, il va devoir croiser les doigts pour que la facture supplémentaire 2017 n’excède pas 16 millions. Car les discussions politiques autour du budget s’annoncent déjà houleuses.

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